Mercredi 9 janvier 2008
Fiche techniqueFilm britannique, allemand, yougoslave
Date de sortie : 18 janvier 1978
Titre original : Cross of iron
Genre : guerre et honneurs
Durée : 2h15
Scénario : Julius J. Epstein, James Hamilton et Walter Kelley, d’après l’œuvre de Willi Heinrich
Directeur de la photographie : John Coquillon
Compositeur : Ernest Gold
Avec James Coburn (Sergent Steiner), Maximilian Schell (Capitaine Stransky), James Mason (Colonel Brandt), David Warner (Capitaine Kiesel), Klaus Löwitsch (Kruger), Vadim Glowna (Kern)…
Synopsis : Sur le front russe, un aristocrate allemand est prêt a tout pour obtenir la croix de fer. Tout sauf y laisser la vie. Cette conception du métier de soldat se heurte a celle d'un vieux baroudeur place sous ses ordres. (allocine)
Mon avis : La guerre comme si vous y étiez
C’est dans la difficulté qu’après Tueur d’élite, film de commande aux genres composites, Sam Peckinpah s’atèle à une de ses œuvres les plus denses, à savoir Croix de fer. La frilosité des producteurs ainsi que la fameuse exigence artistique (qui confine parfois à l’obsession) du réalisateur de Chiens de paille vont faire que le tournage en Yougoslavie de Croix de fer sera loin d’une sinécure. D’un état de santé instable, Peckinpah insiste sur le réalisme des scène n’hésitant pas à utiliser de véritables chars soviétiques ou d’authentiques armes portatives. Il reprend ici un de ses acteurs fétiches, James Coburn dans cette adaptation d’une nouvelle de Willi Hinrich.
Sur le front russe, en pleine retraite allemande, le capitaine Stransky, aristocrate allemand, est nommé pour prendre la tête d’une unité. Peu enclin aux exercices sur le terrain, il admet volontiers qu’il n’est là que pour une chose et une seule : obtenir la croix de fer, récompense suprême des armées qui lui permettra de rentrer parmi les siens avec les honneurs. C’est sans compter sur le sergent Steiner, un homme singulier qui n’apprécie guère les ronds de jambes et autres mystifications qui accompagnent la hiérarchie militaire. Manquant uniquement du témoignage de celui-ci pour obtenir sa croix de fer, Stransky saura lui rendre coup pour coup.
On le sait, l’univers de Peckinpah est loin d’être celui de Candy au pays des Bisounours. N’empêche qu’avec Croix de fer le réalisateur nous livre une de ses œuvres les plus violentes et les plus dures. Les scènes de combat son d’un réalisme incroyable et renverraient la scène d’ouverture de Il faut sauver le soldat Ryan à une gentille mise en bouche. La mise en scène nerveuse, souvent caméra à l’épaule, met le spectateur en plein cœur de l’action et apporte un style quasi-documentaire dont Kubrick s’inspirera peut-être pour son Full Metal Jacket. Le spectateur n’est d’ailleurs pas épargné par des scènes de torture, tant physiques que morales.
Sur le fond, Peckinpah a la sublime idée de se placer d’emblée sur un territoire assez inconnu, d’autant plus pour un auteur britannique : celui de l’ennemi. Nous sommes en présence de soldats allemands, de surcroît sur le front russe et en pleine déroute, ce qui augmente l’intensité qui existe entre les protagonistes. La rivalité est donc au plus fort entre Stransky et Steiner, nous sommes une fois de plus chez Sam Peckinpah en présence de deux personnages que tout oppose, avec en particulier le « héros » classique cher au réalisateur, ici incarné par James Coburn, un anti-héros finalement, fatigué, en décalage avec son environnement. La confrontation est habile tant elle permet une dénonciation du système militaire de l’intérieur, par le biais de ses petites intrigues.
Car Peckinpah ne se contente pas de dire que la guerre c’est pas bien et que la violence non plus d’ailleurs. Au contraire même il utilise celle-ci comme une arme qui, telle une grenade trop vite dégoupillé, explose la figure de son utilisateur. Le discours est glaçant mais percutant, en particulier les images et le son qui accompagnent les génériques de début et de fin de film sont impressionnant (restez bien jusqu’à la fin pour voir la citation finale, énorme). Croix de fer est donc un film riche, dense (trop dense ?) qui marque les esprits comme nombre des films de son réalisateur.
Ma note : 7,5/10









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