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O fantasma (2000) João Pedro Rodrigues

par Neil 19 Décembre 2014, 06:34

Fiche technique
Film portugais
Date de sortie : 21 mars 2001
Durée : 1h30
Genre : errances fantasmagoriques
Scénario : João Pedro Rodrigues
Image : Rui Poças
Avec Ricardo Meneses (Sergio), Beatriz Torcado (Fatima), André Barbosa (Joao), Eurico Vieira (Virgilio), Joaquim Oliveira (Mario), Florindo Lourenço (Matos)...

Résumé : Sergio, un jeune éboueur gay aussi séduisant que taciturne, vit dans une chambre d'hôtel minable de Lisbonne et se contente de rencontres furtives. Un jour, alors qu'il enlève des encombrants, il est captivé par la beauté d'un motard. Sa fascination se transforme bientôt en sombre obsession. Guidé par ses fantasmes, Sergio multiplie les étreintes anonymes souvent empreintes de violence...

Mon avis : rêves de cuir

Présenté au Festival de Venise en 2000, O fantasma a mis en lumière, pour son premier film, le talent d'un réalisateur portugais qui refera parler de lui. Car cinq années plus tard João Pedro Rodrigues signera Odete, sélectionne à la Quinzaine des réalisateurs. Puis en 2009 c'est Mourir comme un homme qui sera présenté à Un certain regard, tandis que sort en 2012 La dernière fois que j'ai vu Macao, qu'il a coréalisé avec Joao Rui Guerra da Mata. Son cinéma composé de diverses figures LGBT – gays, transgenres... - est hanté par les fantômes et les amours contrariées. Il a réussi, au bout de quatre films et une dizaine d'années de carrière, a imposé non seulement un nom, portugais de surcroît, mais également un style au cinéphiles avides de nouvelles têtes. Il fait aujourd'hui partie des cinéastes qui comptent, et cela sans démériter.

Un jeune homme, Sergio, nourrit un chien errant dans la rue. Fatima le rejoint et lui met les mains sur les yeux. Intrigué, il ne la reconnaît pas tout de suite. Puis il promène son chien et tombe sur une voiture abandonnée. À l'intérieur se trouve un policier ligoté et bâillonne. Sergio le caresse, met la main dans son pantalon et dans son slip. Il le masturbe et le suce, l'amenant progressivement à la jouissance. Regardant sa montre, il se rend alors compte qu'il est en retard pour le boulot. Il rejoint ses collègues éboueurs et reçoit ses instructions de son chef. Ils montent ensemble sur leur camion et commencent leur journée de travail. Dans un garage ils rencontrent Joao, qui devient avec sa moto un objet de fantasmes pour Sergio. Mais sa journée n'est pas terminée pour autant.


Le sentiment qui qualifie le plus justement O fantasma est sans aucun doute le désir. Le film est traversé par des fulgurances d’appétits charnels, mais pas seulement. Car le fétichisme traverse le long-métrage, par l'intermédiaire de son personnage principal. Celui-ci est obsédé non seulement par le corps des hommes, mais également par de multiples objets et autres matières. Ses besoins sexuels semblent inextinguibles et la caméra ne rate aucun de ses regards obliques destinés à attirer l'attention afin d'assouvir toutes ses pulsions. Le metteur en scène ne triche alors pas pour nous montrer les scènes de sexe explicite, quelquefois même en plan rapproché. Mais le garçon se tourne aussi, dans la traque de l'objet de ses fantasmes, vers un slip qu'il renifle aisément ou une combinaison en latex qui lui sied assurément.

Si O fantasma est devenu, dès sa sortie, et cela s'est amplifié avec le temps, un film culte pour certains, c'est qu'il cristallise en quelque sorte une culture. En l'occurrence, le film possède nombre des attributs de la culture queer. Premièrement son acteur principal est jeune et sexy. Il est d'ailleurs étonnant que l'on ait plus entendu parler de Ricardo Meneses, qui, 18 ans à l'époque, crève l'écran dans ce rôle pourtant ardu. Ensuite l'histoire évoque sans ambages à la fois les désirs bruts mais aussi les amours contrariées d'un adolescent. Mais il ne faudrait pas non plus le cantonner à cette étiquette : l'esthétique de João Pedro Rodrigues, très étudiée, prouve qu'il existe un créneau pour les films aux thématiques gays et aux prétentions artistiques. Son ambiance morbide et ô combien fascinante finira de convaincre les plus sceptiques.

Ma note : ****

O fantasma (2000) João Pedro Rodrigues

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