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Pages grecques (1993) Michel Déon

par Neil 12 Janvier 2015, 06:54 Bouquins

Fiche technique
Roman français
Date de parution : 13 mai 1993

Genre : voyages helléniques
552 pages
Édité chez Gallimard

4e de couverture : de Spetsai à Patmos, en passant par Rhodes, Corfou, Mytilène, Skyros, Paros, Antiparos, Naxos, Chypre, Hydra, Kalymnos et Leros, Michel Déon a, sur une trentaine d'années, réuni une gerbe d'histoires, de caractères, de souvenirs qui évoquent le parfum de ces îles et leur séduction comme aussi leur tristesse, leur solitude et leur déchéance.

Mon avis : heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Au début des années 1990, l’académicien Michel Déon décide de regrouper sous ces Pages grecques trois nouvelles qu’il a respectivement écrites en 1960 (Le balcon de Spetsai), 1965 (Le rendez-vous de Patmos) et 1988 (Spetsai revisité). Grand voyageur, il partage sa vie dès la fin de la seconde guerre mondiale entre l’Irlande, qui lui inspirera Un taxi mauve, adapté par Yves Boisset en 1977 avec pour interprètes principaux Philippe Noiret et Charlotte Rampling, et la Grèce qui imprime le cadre géographique de ces nouvelles. Le vice-doyen de l’Académie française, à la fois en terme d’âge, où il n’est devancé que par René de Obaldia et d’année d’élection, où seul Jean d’Ormesson le précède, est une personnalité atypique : ancien anar de droite, il a été durant un temps secrétaire de rédaction à l’Action française auprès de Charles Maurras. Autant dire que l’homme n’a pas toujours fait consensus.

Arrivé dans l’île de Spetsai il y a quinze jours, Michel se délecte du climat doux et de l’ambiance agréable qu’il ressent. Il rencontre tous les jours de nouveaux habitants, qui l’accueillent souvent chaleureusement. Il faut dire que c’est le début de l’année et chacun présente ses vœux. Ainsi Spiro, qui a dû autrefois très bien parler le français, aime beaucoup raconter des histoires. Toujours en quête d’un petit boulot pour gagner des sous, cet homme hâbleur de soixante-dix ans possède une fierté dans le regard et conserve à tout instant une petite pointe de malice. Grand seigneur, il tient à payer au café du coin même s’il n’a plus d’argent, et considère Michel comme son « cher ami » français. Connaissant tout le monde au village, il a ainsi contribué à l’intégration de l’écrivain dans la communauté de cette île grecque aux habitants dont les mœurs peuvent paraître si pittoresques à un couple de français y débarquant.


Les descriptions de ces Pages grecques sont d'une vivacité rare, tant au niveau des paysages que des situations vécues. Au travers des mots de Michel Déon, le lecteur parvient tout à fait à s'imager les rivages de la Méditerranée, à ressentir l'atmosphère bouillonnante de la vie athénienne, pratiquement à sentir le parfum des herbes aromatiques. On en vient à éprouver de la compassion pour ce vieux grec désœuvré qui veut à tout prix retrouver son honneur perdue, on rie de bon cœur en pensant à ce groupe de lesbiennes excentriques qui traînent dans cet hôtel décadent. L'auteur transmet parfaitement l'amour que lui inspire ce pays riche de son histoire, mais qui à son grand désarroi perd petit à petit de sa splendeur, tout du moins à ses yeux. L'épilogue incarné par Spetsai revisité est à cet égard représentatif de la tristesse qu'il éprouve devant les dérives de cette modernité qu'il désapprouve.

La richesse de la langue déployée dans les Pages grecques est à la hauteur de l'érudition que montre son auteur tout au long de son récit. On se délecte des tranches d'histoire qu'il nous raconte, on revisite avec plaisir cette mythologie grecque passionnante, judicieusement replacée dans son contexte géographique. Le passage où son ami Jacques Chardonne vient lui rendre visite est d'un humour savoureux, mais Michel Déon parvient tout aussi bien à nous captiver avec l'existence de ce couple de vieilles retranchées dans leur couvent dans cette île au nom fictionnel de Miroulos. Est-ce dû à l'atmosphère indolente du pays, le lecteur ressent une certaine langueur dans les mots qu'utilise l'auteur, dans ses tournures de phrase un peu désuètes mais pourtant percutantes. Pour qui est allé au moins une fois en Grèce, les nouvelles rassemblées dans le recueil rappelleront des souvenirs, et donneront envie, une fois de plus, de retourner dans ces contrées autrefois bénies des dieux.

Ma note : ****

Pages grecques (1993) Michel Déon

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