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Zigzags dans les orangers (1999) Ersi Sotiropoulos

par Neil 8 Février 2015, 06:31 Bouquins

Fiche technique
Roman grec
Titre original : Ζιγκ ζαγκ στις νεραντζιές
Date de parution : 26 mars 2003
Genre : solitudes emmêlées
182 pages
Édité chez Maurice Nadeau

4e de couverture : un été en Grèce de nos jours. Deux lieux : Athènes, un village en bord de mer. Cinq personnages principaux : une femme gravement malade à l'hôpital ; son frère, un jeune oisif ; un infirmier mal dans sa peau ; une très jeune fille révoltée ; un oiseau qui parle. L'action les rapproche peu à peu, passant de l'un à l'autre en zigzag, toute en détours imprévus, changements de rythme et contre-pieds.

Mon avis : allons voir chez les grecs

Écrit en 1999, Zigzags dans les orangers fut le premier roman publié en France par l'écrivaine grecque Ersi Sotiropoulos. Née dans la ville de Patras, elle étudia les sciences sociales et l'anthropologie à Florence et à Rome, ville dans laquelle elle habite avant de s'installer à Athènes. Elle a notamment depuis les années 1980 plusieurs poésies, des nouvelles et cinq romans, dont celui-ci. Il reçut le prix d'État grec de littérature ainsi que le prix du roman de la revue Diavazo. Elle a depuis publié Dompter la bête et Eva, deux romans qui, se déroulant à Athènes en plein durant la crise, auscultent la société hellénique prise dans un tumulte contemporain. Zigzags dans les orangers se déroule également dans la capitale, mais également dans un petit village situé près de la mer, et mélange la destinée de plusieurs jeunes personnages un peu perdus.

Désœuvré, Sid passe la plupart de son temps à la maison et s'énerve à cause de la chaleur estivale et d'un chinois au téléphone qui l'appelle sans cesse pour rien. Son seul compagnon est une mainate qui crie « Salut Maria ! » à tout bout de champ tandis qu'il regarde la télévision. Sa sœur Lia, hospitalisée, est bercée durant la pluie nocturne par ses souvenirs confus. Un infirmier s'occupe d'elle mais son côté « meilleur élève de la classe » l'énerve au plus haut point. Et comme la dernière fois qu'il lui a fait une prise de sang elle a eu un bleu, aujourd'hui elle se méfie et court se réfugier dans la salle de bains. Le professeur Calmos, comme elle appelle le médecin chef du service, toque bientôt à la porte pour la raisonner. Nous sommes à l'aube de l'an 2000 et il y a dans l'air comme de l'effervescence : les esprits sont survoltés.

L'écriture de Zigzags dans les orangers a de quoi déboussoler un lecteur inattentif. Le roman prend son temps pour installer ses personnages, et, à l'image de son titre, navigue entre eux de façon désordonnée. Petit à petit nous découvrons de façon plus précise celui qui apparaît comme le héros principal, Sid. Il partage sa vie entre son studio désordonné et les visites à l'hôpital où il va voir sa sœur Lia. Celle-ci se réfugie régulièrement dans son imaginaire pour fuir un quotidien trop pénible, tout en jetant son dévolu sur son bouc émissaire, l'infirmier Sotiris. Lui, il est clairement mal dans sa peau et esseulé, jusqu'à ce qu'il rencontre le mystérieux Thanassis, un ancien camarade de classe dont il ne se souvient pas et qui débarque soudainement dans sa vie, prenant la place vacante de son meilleur ami.

Tout ce beau monde dresse la narration décousue de Zigzags dans les orangers, sans compter le personnage de Nina, une jeune fille qui s'ennuie en vacances, et dont le récit et le plus faible du roman. Mais qu'importe, le lecteur est ballotté plus ou moins tranquillement entre Athènes et ce petit village grec, découvrant au fur et à mesure les pensées parfois noires des protagonistes. Car que l'on ne s'y trompe pas : le tragique n'est pas loin, et même s'il pointe le bout de son nez de façon comique, les situations qui en découlent ne s'en trouvent pas moins tristes. C'est tout le talent de l'auteur, que de ne pas s’appesantir sur le malheur tout en nous faisant clairement comprendre combien l'existence de ses cinq personnes (car on n'oublie pas la mainate, qui elle aussi aura son heure de gloire) leur pèse. Mais la vie continue : « the show must go on », comme on dit.

 

Ma note : ****

Zigzags dans les orangers (1999) Ersi Sotiropoulos

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