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L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (2013) Romain Puértolas

par Neil 10 Mars 2015, 06:16 Bouquins

Fiche technique
Roman français
Date de parution : 21 août 2013

Genre : périple involontaire
253 pages
Édité chez Le dilettante

4e de couverture : il était une fois Ajatashatru Lavash Patel, un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu. Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi : Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous.

Mon avis : vingt mille lieues dans les airs

Comme de bien entendu, il faut croire au mot près la notice biographique de l'auteur de L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea. Ainsi Romain Puértolas est né au milieu des années 1970, dans le sud de la France. Ballotté un peu partout durant sa jeunesse, il effectue divers métiers plus ou moins recommandable, comme traducteur, steward et découpeur de femmes dans un cirque autrichien. Puis il est atteint d'une frénésie de l'écriture qui le pousse à devenir auteur, avant que des extraterrestres ne lui volent la plupart de ses romans, aujourd'hui perdus. Au-delà de cette biographie croquignolesque, il a été un des coups de cœur de la rentrée littéraire en septembre 2013, plébiscité au Masque et la plume par le vénérable Michel Crépu puis par Jérôme Garcin himself.

Débarquant à Roissy – Charles de Gaulle, le fakir hindou Ajatashatru Lavash Patel se retrouve dans un taxi appartenant à un gitan, à qui il demande d'aller à Ikea. Le conducteur, qui voit apparaître cet homme en costume sans bagage, en profite pour lui faire faire un détour, l'emmenant dans le magasin le plus loin de l’aéroport. Ajatashatru s'en fiche, car l'unique but de son voyage, payé par ses concitoyens qui le considèrent comme un magicien, consiste à acheter un lit à clous dans l'enseigne de meubles suédois. Pour qu'il paraisse plus sérieux, son cousin lui a prêté son plus beau costume, de sorte que lorsqu'il tend son unique billet de 100 euros au conducteur de taxi, celui-ci ne se rend pas compte qu'il est faux. Il tombe même dans le piège tendu par le fakir, qui le distraie quelques secondes afin de récupérer le billet.

L'humour qui se dégage de L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea est très rafraîchissant. Chaque page du roman apporte son lot de jeux de mots plus ou moins faciles, mais qui ravissent l'esprit du lecteur. D'autant plus qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde au travers de toutes les mésaventures dont est victime le personnage principal, lui-même haut en couleurs. Il faut dire que le roman picaresque n'est plus tellement en vogue dans l'époque contemporaine : mis à part les récits détaillés et autobiographiques d'aventures personnelles aux quatre coins du globe, les auteurs actuels ne racontent plus beaucoup d'histoires échevelées et d'aventures fantastiques à la manière d'un Jules Verne. C'est peut-être une des raisons du succès inattendu de ce premier roman.

Et pourtant, à lire au premier degré, L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea pourrait effrayer. Romain Puértolas y accumule un nombre impressionnant de poncifs, sur les gitans conducteurs de taxis, sur la réussite soudaine d'un écrivain soudainement devenu à la mode, sur une histoire à l'eau de rose à partir d'une rencontre fortuite. C'est justement là que l'auteur se montre malin : il ne faut pas être grand clerc pour deviner que l'ensemble de ces platitudes sont à prendre au second degré, voire au énième. C'est un peu facile, mais il réussit tout de même à unifier cet ensemble foutraque, le rendant cohérent et y accolant deux ou trois réflexions sur la destinée des migrants dans le monde contemporain. Reste au final une petite pépite littéraire que l'on dévore avec un grand plaisir.

Ma note : ***

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (2013) Romain Puértolas

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