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Le phallus et le néant (2018) Sophie Robert

par Neil 18 Novembre 2018, 10:14 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 16 janvier 2019
Genre : discours à charge
Durée : 2h00
Scénario : Sophie Robert
Graphisme et animation : Maxime Gridelet
Musique : Robin Sebe
Avec les voix de : Louise de Fleury, Mathilde Wambergue, Mathieu Demars, Catherine
Arondel, Joel Dupre Latour

Synopsis : Si des psychanalystes s’allongeaient sur notre divan pour nous parler en sincérité de leur vision de la sexualité et des rapports hommes femmes, que nous diraient-ils ? Sophie Robert a rencontré dix-huit psychanalystes freudiens et lacaniens orthodoxes pour décortiquer avec eux la théorie sexuelle, en leur demandant d’assumer la dimension politiquement très incorrecte de leurs théories. Ils se sont prêtés au jeu avec une gourmandise visible.

Mon avis : Bowling for psychoanalysis

La genèse du Phallus et le néant mérite notre attention. La réalisatrice Sophie Robert inscrit son œuvre dans une trilogie débutée par Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme. Sorti en salles en 2011 ce documentaire donnait la parole à dix psychanalystes et un pédiatre sur le sujet de l’autisme. Trois de ces protagonistes, membre de l’École de la Cause Freudienne, ont intenté un procès à la réalisatrice à la sortie du documentaire, arguant que leurs propos avaient été dénaturés par le montage. Résultat un retrait des extraits des entretiens contestés, puis une décision en appel qui invalida les peines auxquelles la réalisatrice était condamnée, mais non le fond de l'affaire. Cette bataille judiciaire a accaparé l’énergie de Sophie Robert, qui a mis quatre ans à réunir les fonds afin de réaliser ce deuxième opus.

Après une brève introduction de la réalisatrice, plusieurs psychanalystes se succèdent à l’écran, pour répondre à une question : comment peut-on expliquer les concepts qui fondent la théorie sexuelle, principalement définis par Sigmund Freud puis repris par Jacques Lacan. D’ailleurs l’auteur nous le précise dès le début, elle n’interroge ici que des psychanalystes « freudo-lacaniens orthodoxes ». Pourquoi ce choix, on ne le comprendra qu’en creux : ils sont considérés ici comme les détenteurs d’un pouvoir, supposé ou avéré, à la fois sur leurs patients et leurs patientes, mais aussi sur leurs disciples. Car nombre d’entre eux et d’entre elles enseignent dans des universités ou écrivent des essais sur leurs domaines de prédilection.

En visionnant Le phallus et le néant, on éprouve le même sentiment qui nous étreint devant un documentaire réalisé par Michael Moore. Car la démarche est similaire, celle d’asséner un propos à charge, sans demi-mesure ni contradiction. Que l’on soit d’accord ou pas n’a finalement pas d’importance, la réalisatrice souhaite diffuser son message, et utilise pour ce faire le discours même de ceux qu’elle pointe du doigt. C’est l’ironie de l’histoire, et en cela l’objet filmique est assez bien fait : les protagonistes du documentaire sont soit tellement imbu d’eux-mêmes, soit tellement enfermés dans leurs propres querelles de chapelle qu’ils ne se rendent pas ou plus compte de l’opacité de leurs propos, et parfois de l’énormité des phrases qu’ils profèrent. Certains effets de montage sont tellement confondants qu'ils en deviennent risibles.

C’est là où Le phallus et le néant manque de rigueur, à la fois dans le montage et dans le propos. Car il s’agit ici de sujets hautement sensibles, et de propos éminemment condamnables. Or ils ne concernent que les personnes qui s’expriment à l’écran, et la réalisatrice a beau dire qu’elle a « mené une enquête de fond », on ne peut pas considérer comme représentatifs ces quelques personnages, qui sont d'ailleurs parfois décriés dans leurs propres champs de recherche. Alors oui, il est salvateur de dénoncer les pratiques douteuses de nombreux mystificateurs, qui s’appuient sur une pseudo-légitimité pour asseoir leur ascendant sur des personnes en détresse. Et les témoignages des victimes qui sont présentés dans le documentaire sont tout à fait édifiants. Mais le problème de ce genre d’œuvre reste sa lourdeur dans la forme et son manque de précision dans le fond.

Ma note : °

Le phallus et le néant (2018) Sophie Robert
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commentaires

Jean DALLIERE 11/01/2019 21:00

Il m'aura fallu des dizaines d'années d'études, de recherche fondamentale en Psychanalyse (que j'ai exercée plus de 30 ans) pour arriver, in fine, à démontrer que cette discipline est fondée sur l'ERREUR. Toute la Psychanalyse, depuis S. Freud, est fausse. Cette discipline est fondée sur TROIS instances (le ça, le moi et le surmoi). Si vous arrivez à démontrer qu'une de ces instances est non seulement mal identifiée mais faussement définie, tout l’Édifice Psy s'effondre. Tel fut mon travail et, depuis, tous mes écrits sont censurés. Arrivera bien un jour où mes travaux seront seront reconnus...

Neil 11/01/2019 22:33

Bonjour,
Mon analyse du film porte en l’occurrence plus sur la forme que sur le fond. Cela est tout à fait légitime que certains et certaines remettent en cause des savoirs ou des prétendus savants, mais il y a l'art et la manière de le faire.

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