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La favorite (2018) Yórgos Lánthimos

par Neil 25 Janvier 2019, 01:02 2010's

Fiche technique
Film britannique
Date de sortie : 6 février 2019
Titre original : The favorite
Genre : jalousies royales
Durée : 1h59
Scénario : Deborah Dean Davis et Tony McNamara
Image : Robbie Ryan
Musique : Alexis Bennett
Avec Emma Stone (Abigail Masham), Rachel Weisz (Lady Sarah), Olivia Colman (Queen Anne), Nicholas Hoult (Harley), Joe Alwyn (Masham)...

Synopsis : Début du XVIIIe siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. (allocine)

Mon avis : Je n'admets qu'on menace mes résolutions

Avec La favorite, le réalisateur grec Yórgos Lánthimos signe son premier film « en costumes », ce qui lui a valu un Grand Prix du Jury au Festival de Venise 2018, tandis que son actrice Olivia Colman décrochait à juste titre la Coupe Volpi de la Meilleure actrice. Il situe son récit vers la fin du règne d’Anne de Grande-Bretagne, soit au début du XVIIIe siècle. Mais si la trame historique générale est respectée – les personnages ont existé, les conflits, aussi bien extérieurs que domestiques, aussi – on sent que ce qui intéresse le metteur en scène n’est pas la véracité au sens strict. Il prend de nombreuses libertés avec la réalité, octroyant à certains personnages des étiquettes politiques inexactes, ou prenant pour argent comptant des rumeurs et des allégations controversées.

Pour récompenser sa favorite Sarah, duchesse de Marlborough, dont l’époux vient de remporter une bataille, elle lui montre les plans d’une demeure qu’elle souhaite lui offrir. Sarah lui répond que ce n’est pas très approprié : gagner une bataille ne signifie pas gagner la guerre, et dans des temps de disette ce genre de décisions seraient très mal prises par la population comme par l'opposition. Dans le même temps, la jeune Abigail se rend au palais pour rencontrer sa cousine Sarah. Elle se présente devant elle couverte de boue car on l’a poussée de la calèche, et se fait royalement moquer. Elle parvient tout de même à obtenir un poste dans les cuisines, bien en deçà de son rang d’origine, ayant été vendu par son père à un aristocrate allemand pour combler ses dettes de jeu.

La mise en scène de La favorite est flamboyante et baroque, multipliant les anamorphoses et les mouvements de caméra. Yórgos Lánthimos ne se cache visiblement pas de ses sources d’inspirations, en particulier le Stanley Kubrick d’un Barry Lyndon revisité à la sauce saphique ou bien la Sophia Coppola d’une Marie-Antoinette version britannique. En parlant de la figure aristocratique française, on pense aux Adieux à la reine, pour ses digressions historiques inversant la vision phallocentrée des rapports de pouvoir. Ici les femmes dirigent, et les hommes servent de faire-valoir, uniquement là pour mener à bien leurs intrigues personnelles. Nous sommes dans un univers fantasmé, exagéré, outrancier, où le cynisme des personnages révèle l’ironie du propos.

Car derrière la figure d’une monarque vieillissante et malade, se cache un caractère trempé, qu’on pourrait croire manipulé par ses deux favorites mais qui cache bien son jeu. Ainsi en ces périodes de « Me too », La favorite choisit de parler des femmes dans l’Histoire, ne mettant pas de côté leur potentielle mesquinerie mais mettant en avant leur capacité à gouverner. Aux côtés de jolis garçons comme le méconnaissable Nicholas Hoult  ou le très à la mode Joe Alwyn, on trouve, pour interpréter les trois figures féminines de poignes, des interprètes qui se surpassent. Olivia Colman obtient enfin un rôle à sa mesure, avant qu’on ne la découvre incarnant une autre figure royale dans The queen, tandis que Rachel Weisz est particulièrement bluffante, manipulant subtilement toute une palette d’émotions. Avec son caractère inconventionnel, nul doute que le film fera jaser ; en tout cas on l’espère.

Ma note : ****

La favorite (2018) Yórgos Lánthimos
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