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Les moissonneurs (2018) Etienne Kallos

par Neil 3 Février 2019, 01:43 2010's

Fiche technique
Film sud-africain
Titre original : Die Stropers
Date de sortie : 20 février 2019
Genre : rivalités fraternelles
Durée : 1h44
Scénario : Etienne Kallos
Image : Michal Englerts
Musique : Evgueni et Sacha Galperine
Avec Brent Vermeulen (Janno), Alex van Dyk (Pieter), Juliana Venter (Marie), Morné Visser (Jan)...

Synopsis : Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa mère, fervente chrétienne, ramène chez eux Pieter, un orphelin des rues qu’elle a décidé de sauver, et demande à Janno de l’accepter comme un frère.

Mon avis : L'œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Si Les moissonneurs est un premier film, il est le fruit d’un parcours assez cohérent de la part de son réalisateur, Etienne Kallos. Ce sud-africain d’origine grecque a étudié le théâtre au Cap, avec notamment comme professeure Reza de Wet, une des plus célèbres dramaturges d’Afrique du Sud. Après des études de cinéma aux États-Unis, il choisit d’adapter un de ses écrits pour Firstborn, qui reçoit le Lion d’Or du meilleur court-métrage au Festival de Venise. Auparavant, son premier court-métrage de fiction, Doorman, avait été présenté au Festival de Cannes, dans la section Cinéfondation. Le scénario des Moissonneurs a également reçu un prix à cette même Cinéfondation, puis le film a été sélectionné à Un certain regard, et a obtenu le Grand prix au Festival Chéries-chéris.

Janno habite dans la région du Free State, un bastion afrikaner, avec ses parents, très pieux et conservateurs, et ses trois petites sœurs. Ils s’occupent de leur ferme et sont isolés dans leur campagne. Un soir qu’il rentre des champs, Janno voit sa mère Marie prier avec sa tante dans la cuisine. Quand elle le voit, elle lui dit de bien s’occuper du « petit nouveau » qui vient d’arriver dans la famille et qui a besoin d’amour et de repères. C’est un adolescent orphelin junkie qui a besoin de se désintoxiquer et qui est tous les soirs agités. Le lendemain, le père de Marie, un homme âgé et handicapé qui vit avec une aide-soignante, rend visite à la famille. Quand il voit Janno, il ne le reconnait pas et réagit de façon hostile envers lui.

Les films et les romans sur les rivalités entre frères, en particulier dans des territoires isolés, sont légion, d’À l’est d’Eden à Légendes d’automne. On peut voir Les moissonneurs, et surtout la fin du film, comme un héritier de cette tradition, qui elle-même est inspirée des tragédies antiques. Mais cela n’est pas forcément évident dès le début du film, qui avance à peu feutrés vers sa résolution finale. Le scénario prend le temps d’installer sa situation et ses personnages, quitte parfois à se perdre en chemin. On s’attarde surtout sur la personnalité du personnage principal qu’est cet adolescent de 15 ans en quête de repères. Attaché à sa famille de façon viscérale (et on comprendra mieux pourquoi à la fin du film), il tente de réprimer la rébellion qui l’assaille tandis qu’il devient adolescent.

Les non-dits sont nombreux dans Les moissonneurs, soulignant délicatement la sensibilité à fleur de peau qui se dégage de l’œuvre. Les dialogues ne sont jamais explicites, et poussent le spectateur à s’interroger constamment sur leurs sous-entendus. De même, les personnages ne se dévoilent qu’au fil de l’eau, et par bribes. Ainsi on apprend petit à petit que c’est là mère qui est la propriétaire de la ferme, enjeu crucial qui va déterminer beaucoup d’actions, l’héritage familial étant un des nœuds principaux du récit (mais encore une fois jamais ostensiblement explicité). De même, les relations qu’entretient Janno avec son meilleur ami sont évoquées, et surtout les sentiments qu’il éprouve envers ce beau garçon ne sont au début perçues que par des regards, discrets mais pourtant assez clairs pour que l’on se fasse une idée précise de son trouble.

Baignant dans une lumière naturelle assez belle, Les moissonneurs bénéficie de ces paysages impressionnant que constitue cette région d’Afrique du Sud. D’autant plus que le Free State et ses habitants sont des enjeux politiques vifs dans le pays, ce qui renforce les tensions entre les protagonistes. L’attention apportée à la direction artistique est assez remarquable, et le casting tout à fait cohérent, d’autant plus que les deux adolescents qui jouent les rôles principaux n’avaient que peu voire pas du tout d’expérience, et leur naturel apporte au film ce caractère brut et attachant. On peut également souligner ce beau travail effectué sur la musique, soulignant discrètement les moments de tension, sans jamais appuyer la touche « mélo ». De la belle ouvrage au final, surtout pour un premier film, qui donne envie de suivre la carrière de ce réalisateur.

Ma note : ***

Les moissonneurs (2018) Etienne Kallos
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