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Entre les roseaux (2018) Mikko Makela

par Neil 20 Mars 2019, 03:44 2010's

Fiche technique
Film finlandais
Date de sortie : 6 mars 2019
Titre original : A moment in the reeds
Durée : 1h48
Genre : attirances exotiques
Scénario : Mikko Makela
Image : Likka Salminen
Musique : Sebastian Kauderer
Avec Janne Puustinen (Leevi), Boodi Kabbani (Tareq), Mika Melender (Jouko), Virpi Rautsiala (Pirjo)

Résumé : De retour en Finlande pour les vacances d’été, Leevi aide son père à restaurer le chalet familial au bord d’un lac. Tareq, un réfugié syrien demandeur d’asile, les aide sur ce chantier. Alors que Leevi trouve refuge dans la littérature de Rimbaud, Tareq tente de se construire une identité dans un monde fait d’inégalités. Loin du regard du père, ces deux hommes que tout oppose se découvrent l’un l’autre. L’amour devient un exutoire…


Mon avis : Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser

Ce que souhaitait raconter Mikko Makela quand il a réalisé Entre les roseaux, c'est une histoire queer dans un pays qui n'en a pas l'habitude. Car la Finlande, située entre la Russie et la Suède, semble dans les mœurs plutôt ressembler à la première : ses habitants ont, peut-être encore plus que dans les autres pays européens, une appréhension primale face à l'altérité. Il faut dire que la Finlande est un paradoxe, enjeu historique pour ses voisins, c'est le seul pays scandinave à avoir adopté la monnaie européenne. Isolé géographiquement, le pays l'est aussi culturellement : rien que dans l'industrie cinématographique, mis à part Aki Kaurismäki, peu de cinéastes sont connus sur la scène internationale. Autant dire que parler d'une histoire d'amour gay entre un finlandais expatrié et un réfugié syrien, c'est un défi.

Dans la voiture qui le ramène d'Helsinki, où Leevi vient de passer quelques jours, le jeune homme discute avec son père Jouka. Il habite depuis quelques années à Paris, où il termine une thèse de littérature comparée entre Arthur Raimbaud et Kaarlo Sarkia, poète finlandais du début du XXe siècle. Son père mène actuellement des travaux dans sa maison de campagne, et il a engagé un jeune syrien pour l'aider. Il compte aussi sur Leevi pour terminer au plus vite les rénovations, afin de pouvoir vendre la maison. Il s'inquiète que son fils ne fasse pas son service militaire, et l’interroge sur sa vie parisienne et ses fréquentations. Arrivés sur place, Jouka lui demande de lui donner un coup de main mais le jeune homme ne s'avère pas très doué pour les travaux manuels. Allant chercher un marteau dans le remise, Leevi trouve une boite pleine des affaires appartenant à sa mère.

Une sensualité à fleur de peau se dégage d'Entre les roseaux. Mikko Makela construit son histoire d'amour doucement, prenant soin de concentrer au début sa caméra sur des visages, des regards tour à tour fuyants ou appuyés, des corps qui se frôlent. Une fois le désir monté, surgissent les gestes, brusques au départ, d'une passion que l'on sent refrénée. Le réalisateur n'hésite alors pas à nous montrer, avec un mélanger de crudité et de pudeur, l'exaltation des corps. Il faut dire que les lieux sont, durant la douceur estivale, propices à l'effusion, entre le sauna et la baignade dans le lac, culturellement pratiqués dénudés dans les pays scandinaves. Les deux acteurs, bien faits de leur personne, se livrent tout naturellement et avec sincérité à ces jeux sensuels où la chair exprime ce que les mots viendront par la suite confirmer : une attirance réciproque certaine.

Les personnages d'Entre les roseaux sont en cela aidé par le dispositif cinématographique. Le film baigne dans une lumière de fin d'été très esthétique. Aide par son chef opérateur Likka Salminen,  et surtout par des décors naturels particulièrement beaux, le réalisateur plonge son film dans un clair-obscur tout à fait approprié. À la fois les scènes de sexe, mais aussi les séquences de la vie quotidienne, mettent en avant cette particularité nordique où les après-midis ne cessent de se prolonger, et où l'on peut longuement profiter des soirées. La mise en scène de Mikko Makela frise parfois le cliché, surtout dans quelques plans, heureusement rares, qui nous montrent un peu lourdement l'intimité du couple, dans des ralentis superflus où les mains se touchent délicatement au milieu des roseaux : on a déjà vu ça plein de fois.

Mais Entre les roseaux a le mérite de ne pas uniquement se concentrer sur les émois homosexuels de ses personnages. À l'instar de plusieurs films étiquetés LGBTQI++ contemporains, le film ancre son récit dans une actualité brûlante. Celle de la crise européenne des réfugiés en l’occurrence, l'un des protagonistes étant syrien. Et les passages évoquant les situations respectives de nos deux amoureux sont assez bien mis en scène. Le parallèle entre l'émigrant qui a vécu des moments douloureux (subtilement amenés dans les dialogues) et l'émigré qui, dans une autre mesure, fuit un pays gangrené par le racisme et l'homophobie, est amené sans lourdeur. On ne sent pas le film à thèse, tout comme on ne sent pas non plus le film uniquement concentré sur l'orientation sexuelle de ses personnages. Les différents éléments du récits s'imbriquent, formant un ensemble solide et efficace.


Ma note : ***

 

Entre les roseaux (2018) Mikko Makela
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