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Girl (2018) Lukas Dhont

par Neil 2 Mars 2019, 04:24 2010's

Fiche technique
Film belge
Date de sortie : 10 octobre 2018
Genre : transition adolescente
Durée : 1h45
Scénario : Angelo Tijssens
Image : Frank Van den Eeden
Musique : Valentin Hadjadj
Avec Victor Polster (Lara), Arieh Worthalter (Mathias), Oliver Bodart (Milo), Tijmen Govaerts (Lewis), Katelijne Damen (Le médecin), Valentijn Dhaenens (le psychiatre), Magali Elali (Christine)…

Synopsis : Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

Mon avis : c’est pas son genre

C’est grâce à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes que Lucas Dhont a pu développer son projet, qui deviendra Girl, entre 2016 et 2017. Pour son premier film, il s’est inspiré d’un article qu’il a lu dans un journal, qui parlait d’une jeune fille qui a su très tôt que, bien que née garçon, cette assignation de genre ne lui correspondait pas. Une fois le scénario écrit, restait à trouver la personne adéquate pour incarner Lara, puisque c’est le nom du personnage principal. Lukas Dhont entame les auditions, et cherche parmi des centaines de jeunes, cisgenres et transgenres, sans que l’étincelle n’advienne. Il se tourne alors vers des troupes de danse et repère Victor Polster. Âgé alors de 14 ans, il a pris des cours de théâtre mais s’est surtout inscrit très tôt à l’École royale de ballet d’Anvers, car il ambitionne de devenir danseur professionnel.

Réveillé par son petit frère Milo, Lara joue un peu avec lui avant de faire ses étirements, puis son père la surprend alors qu'elle se perce les oreilles pour mettre des boucles. Elle va ensuite à une audition pour être sélectionnée dans une école de ballet. Les directeurs lui disent qu’elle a beaucoup de talent, et qu’ils seraient ravi de la prendre, mais en période d’essai. Plus tard Lara et son père ont rendez-vous à l'hôpital, où, après lui demander comment elle se sent, la médecin lui explique que sa transition se déroule assez bien. Puis elle s'entretient avec le psychiatre à qui elle confie son impatience de commencer le traitement hormonal. En arrivant à la maison, ils finalisent leur déménagement quand le jeune voisin leur donne un coup de main. Le lendemain, Lara intègre enfin son cours de danse.

Ce qui frappe à première vue dans Girl, c’est la sécheresse de la mise en scène. On suit le parcours de Lara, quasiment toujours présente devant la caméra, épaulée par son père bienveillant. Peu de personnages entrent en scène, et chacune et chacun ne sont là que pour étayer un certain aspect de la vie quotidienne de la jeune fille. Le scénario ne souffre d’aucune fioriture, ce qui intéresse Lukas Dhont c’est de suivre Lara durant ces quelques mois déterminants. Et le réalisateur de ne pas focaliser son attention sur un des aspects du personnage : elle est à la fois adolescente, danseuse et démarre une transition. Chacun de ces aspects est aussi important pour l’histoire qui nous est racontée, et le scénario ménage un équilibre savamment dosé entre cet ensemble, homogène et fluide.

Et Lukas Dhont de traiter tous les aspects de Girl à la manière d’un thriller. La tension est palpable dans quasiment chacune des scènes, des troubles de l’adolescence aux entrainements de danse en passant par les rendez-vous médicaux. Le film alterne des scènes d’une douceur manifeste, où la lumière est éclatante et les rapports entre les personnages sont étonnamment simples, avec des moments de douleur, où Lara se montre dure envers elle-même et où son entourage s’avère plus transphobe qu’il n’en a l’air. C’est un reproche que l’on peut faire au film, quand le voyeurisme affleure lors de rares plans qui nous montre une nudité frontale inutile. S’il se montre pudique la plupart du temps, on peut parfois se demander quelle est la place du spectateur, entre bienveillance et curiosité malsaine.

Reste que Girl est un film important, à la fois dans ce qu’il raconte et dans la façon qu’il a de maitriser son sujet. Les acteurs sont tout autant dans la maîtrise, en particulier Victor Polster, qui se montre impressionnant. Pour son premier rôle, il incarne avec un naturel confondant cette jeune fille déterminée et courageuse. Justement récompensé par un Prix d’interprétation (non genré) à Un certain regard, le jeune homme pourrait être promis à une belle trajectoire s’il poursuit une carrière dans le cinéma. Quant au film, il a justement suivi un joli parcours, de la Caméra d’or et de la Queer palm au Festival de Cannes à un succès public relatif. Espérons que malgré ses quelques maladresses, Girl participe à faire évoluer les mentalités sur un sujet qui, dans les pays du Nord de l’Europe, bénéficie d’un traitement autrement plus favorable.

Ma note : ***

Girl (2018) Lukas Dhont
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