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Boy erased (2019) Joel Edgerton

par Neil 27 Mars 2019, 03:02 2010's

Fiche technique
Film américain
Date de sortie : 27 avril 2019
Genre : coming out difficile
Durée : 1h55
Scénario : Joel Edgerton, d’après l’œuvre de Garrard Conley
Image : Eduard Grau
Musique : Danny Bensi et Saunder Jurriaans
Avec Lucas Hedges (Jared Eamons), Nicole Kidman (Nancy Eamon), Joel Edgerton (Victor Sykes), Russell Crowe (Marshall Eamons), Joe Alwyn (Henry), Xavier Dolan (Jon), Troye Sivan (Gary)…

Synopsis : Boy erased est l’histoire vraie du coming out de Jared Eamons, le fils d’un pasteur baptiste dans une petite commune rurale des États-Unis où son orientation sexuelle est brutalement dévoilée à ses parents, à l’âge de 19 ans. Craignant le rejet de sa famille, de ses amis et de sa communauté religieuse, Jared est poussé à entreprendre une thérapie de conversion (aussi appelée thérapie réparatrice ou thérapie de réorientation sexuelle).

Mon avis : « ça reste entre nous »

L’inspiration de Boy erased est l’autobiographie écrite par Garrard Conley, Boy Erased : A Memoir of Identity, Faith, and Family. À l’aube de ses vingt ans, il a été envoyé par son père, pasteur baptiste de l’Arkansas, dans un camp de conversion car il avait fait son coming out auprès d'eux. Quasiment dix ans plus tard, il rédige un livre racontant son expérience, qui acquiert une certaine réputation, particulièrement dans la communauté LGBTQI+. Les producteurs Kerry Kohansky-Roberts et Steve Golin décident alors de l’adapter et contactent Joel Edgerton pour la réalisation. Il rencontre alors l’auteur et décide de se lancer dans ce projet afin de mettre en lumière la réalité des actions menées par ces « thérapies de conversion ». Il faut savoir que 36 états américains sur 50 ne disposent d’aucune législation interdisant ces pratiques plus que douteuses.

Le jeune Jared, 18 ans, vit de façon très religieuses dans un village de l’Arkansas avec sa mère Nancy, une femme qui écoute scrupuleusement les paroles de son mari et son père Marshall, pasteur baptiste plutôt rigoriste. Un jour, Jared demande à son père s’il peut passer la soirée avec son amie. Un peu gêné, Marshall lui dit qu’il lui fait entièrement confiance et que Dieu saura le guider vers l’abstinence. Rentrant en voiture avec sa copine, celle-ci se montre entreprenante avec Jared, qui ne sait pas trop quoi faire. Dans la confusion, il lui dit qu’il préfère attendre, ce que sa petite amie a du mal à considérer : ils vont tous les deux bientôt intégrer l’université, et ne sont pas sûrs de se revoir. Quand il arrive dans son campus, Henry, un étudiant, l’aide à porter ses valises et ses cartons et l’accompagne dans sa chambre.

À n’en pas douter, ce que raconte Boy erased est important. Le film s’avère nécessaire pour son propos, qui dépasse le cinéma. Ce qui se passe dans ces soi-disant « thérapies réparatrices » est absolument répugnant. Et la façon dont le film le raconte est tout-à-fait édifiant. Dès l’arrivée, Jared se retrouve comme un prisonnier, privé de toutes ses libertés, et contraint à voir son intimité dévoilée à des inconnus. Ses comparses ne sont pas mieux lotis, et chacun le vit d’une façon différente : ainsi on retrouve une espèce de panel des différentes situations que l’on peut observer. De la lesbienne effacée à l’homosexuel qui tente de berner ses bourreaux, en passant par le récidiviste qui est apparemment convaincu par le programme (mais les apparences sont peut-être trompeuses). Jusqu’au cas dramatique de cet adolescent harcelé et traumatisé, sans oublier les formateurs, eux-mêmes d’anciens homosexuels qui refoulent leur orientation sexuelle.

Ainsi Boy erased prend bien soin de nous expliquer les complexités des trajectoires de chacun, se refuse à tout amalgame ou à pointer du doigt tel ou tel individu, tel ou tel comportement. Faisant ça, le film noie son propos et le rend non seulement fade mais presque discutable. Tout est lisse dans Boy erased, et il est en cela finalement très américain : on souhaite ici dénoncer un sujet à thèse, fort, sans vouloir choquer quiconque. Alors certes le film évite le côté manichéen du « tous pourris », et l’on veut bien croire que, comme le dirait Jean Renoir, « chacun a ses raisons ». Sauf que là ça ne prend pas, on finit presque par n’éprouver aucune empathie envers les victimes, et quasiment aucune rancune envers les bourreaux. Plus personne n'est à blâmer et l'on pourrait presque se demander si du coup ce que l'on nous raconte est si grave que ça. Les scènes les plus fortes sont par ailleurs noyées dans des ralentis inutiles qui affadissent l’effet escompté.

Et pourtant on ne peut absolument pas douter de l’engagement et du talent de chacun des protagonistes de Boy erased. À commencer par Joel Edgerton, qui s’est plutôt fait remarquer en tant qu’acteur, dans Animal kingdom ou dans Warrior, et qui se révèle un réalisateur appliqué et studieux. Le casting est à la hauteur du projet ; si Nicole Kidman fait (un peu trop) du Nicole Kidman, on retient en particulier les jeunes acteurs : Lucas Hedges impressionne par son investissement, Xavier Dolan se révèle étonnant dans l’épure, et Troye Sivan fait une prestation tout à fait remarquable. Du coup on n’a pas grand-chose à reprocher formellement au produit final, si ce n’est qu’il ne nous emporte jamais. L’émotion n'affleure que par petites touches, mais on attendrait beaucoup plus d’un sujet aussi fort. Donc, à trop vouloir ménager la chèvre et le chou, le long-métrage, pourtant nécessaire, voire essentiel, ne parvient pas à convaincre.

Ma note : *

Boy erased (2019) Joel Edgerton
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