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Coeurs ennemis (2019) James Kent

par Neil 28 Avril 2019, 02:17 2010's

Fiche technique
Film britannique
Date de sortie : 1er mai 2019
Genre : passion interdite
Durée : 1h48
Scénario : Anna Waterhouse et Joe Shrapnel, d’après l’œuvre de Rhidian Brook
Image : Franz Lustig
Musique : Martin Phipps
Avec Keira Knightley (Rachael Morgan), Alexander Skarsgård (Stephan Lubert), Kate Phillips (Susan Burnham), Jason Clarke (Lewis Morgan), Flora Li Thiemann (Freda Lubert), Jannik Schümann (Albert)…

Synopsis : Hambourg, 1946. Au sortir de la guerre, Rachel rejoint son mari Lewis, officier anglais en charge de la reconstruction de la ville dévastée. En emménageant dans leur nouvelle demeure, elle découvre qu'ils devront cohabiter avec les anciens propriétaires, un architecte allemand et sa fille. Alors que cette promiscuité forcée avec l'ennemi révolte Rachel, la haine larvée et la méfiance laissent bientôt place chez la jeune femme à un sentiment plus troublant encore.

Mon avis : débordements affectifs au sortir de la Guerre

Déjà en 2010, l’auteur gallois Rhidian Brook avait proposé à la maison de production fondée par les frères Scott une ébauche de synopsis, qui deviendra celui de Cœurs ennemis, vaguement inspirée de l’histoire de son grand-père. Car Walter Brook avait vécu près de Hambourg au sortir de la Seconde guerre mondiale. Dépêché par le gouvernement britannique pour assister le peuple allemand afin de reconstruire le pays, ce gouverneur ne s’attendait pas à devoir cohabiter avec la famille qui vivait alors dans la maison qu’il réquisitionnait. Rhidian Brook apprend au fil du temps que Ridley Scott lui-même avait vécu à Hambourg avec son frère Tony. Leur père, officier britannique, incorporé durant le Plan Marshall, les avait emmenés en Allemagne de l’Ouest durant cinq ans. Bref, l’écriture du scénario se poursuit et l’auteur se voit proposé d’être publié : le roman fera un carton.

Dans le train qui l’amène à Hambourg, Rachael Morgan entend la conversation d’un garçon et de sa mère. Il lui demande ce que veut dire le mot « fraternité », car dans la brochure décrivant leur pays de destination, il a lu un passage sur les dangers auxquels ils pourraient faire face en fraternisant avec l’ennemi. Nous sommes six mois après la capitulation allemande, et Rachael rejoint son mari Lewis, officier britannique chargé en Allemagne de reconstruire le pays. Il lui montre la maison dans laquelle ils vont habiter : celle-ci appartient à Stephan Lubert, architecte vivant avec sa fille Freda. Dans cette imposante demeure, Rachael rencontre la domestique, qui ne parle qu’allemand, et Stephan, le propriétaire des lieux, à qui elle réserve un accueil glacial. La fille de Stephan le lui rend bien : elle ne voit pas d’un bon œil l’arrivée de cette étrangère.

Le cadre spatio-temporel de Cœurs ennemis est son identité première. Tout d’abord, on est frappé par les lieux dans lesquels l’intrigue se développe. Les plans survolant la ville de Hambourg en ruine sont tout à fait impressionnant. Puis en se promenant à travers la ville, la caméra nous montre des habitants continuant vaille que vaille à vivre dans ces immeubles délabrés. En miroir, l’intrigue se déploie dans la villa somptueuse de Stephan Lubert, superbement mise en valeur, de l’extérieur comme de l’intérieur. La décoration des pièces prend une place importante dans le récit Elle souligne la modernité de Lubert, architecte de son état, et qui possède de magnifiques pièces, dont une chaise longue ayant pour designer Mies van der Rohe et qui fera l’objet d’un gag efficace mettant en évidence les divergences entre Rachael et Stephan.

Un détail de la décoration de la villa, à savoir l’absence d’un tableau au mur, sera quant à lui révélateur d’un autre aspect passionnant de Cœurs ennemis, à savoir sa dimension temporelle. Car ce vide fera l’objet d’un questionnement autour du propriétaire de la maison, qui sera une des pierres angulaires de l’intrigue. De même, le nombre « 88 », marqué sur les bras de certains des protagonistes, sera la clé d’un des développements scénaristiques. Tous ces éléments sont constitutifs d’une époque et d’un lieu bien précis, à savoir l’Allemagne de l’immédiate après-guerre et ses plaies encore béantes. Ainsi le long-métrage de James Kent parvient parfaitement à conjuguer le topos et l’époque afin d’ancrer son récit dans des enjeux qui mettent en valeur la romance qu’il souhaite raconter.

Car Cœurs ennemis est principalement un mélo. Le réalisateur dit s’être inspiré des films de David Lean, et ça se voit. Après tout, Le docteur Jivago ou bien Lawrence d’Arabie magnifiaient tout aussi bien leur hic et nunc pour ancrer leurs histoires. Ici la relation entre Rachael et Stephan est fondamentalement liée à l'Allemagne d'après la Seconde guerre mondiale. D'ailleurs cette romance passe quasiment au second plan, en tout cas elle monte en puissance petit à petit jusqu’à un final paroxystique, un tantinet superfétatoire et légèrement décevant. La distribution du film fait une fois de plus écho aux films de patrimoine, mettant en valeur la plastique des actrices (Keira Knightley, même si elle veut s’enlaidir, n’y arrive pas) et des acteurs (Alexander Skarsgård pue le sexe déborde de sex-appeal, et le jeune Jannik Schümann est un choupinou à suivre). Du coup on perd en crédibilité, mais est-ce un mal, sans doute pas. Le film assume clairement son objectif d’évasion, et il parvient très bien à son but.

Ma note : ***

Coeurs ennemis (2019) James Kent
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