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Salauds de pauvres (2019) Collectif de réalisateurs

par Neil 5 Juin 2019, 02:51 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 5 juin 2019
Durée : 1h46
Genre : film à sketchs
Scénario : Patrice Leconte, GiedRé, Sophie Forte, Christophe Alévêque, Nadia Kozlowski-Bourgade, Manuel Pratt, Albert Meslay, Laurent Violet,  Phil Marboeuf, Christine Eche, Miguel-Ange Sarmiento, Laurent Biras, Jean-Claude Deret, Dominique Meunier et François Rollin
Image : Guillaume Dreujou, Jean-Marie Dreujou, Vincent Scotet, Christophe Hustache-Marmon, Mathieu De Mongrand, Mathilde Cathelin-Leclerc et Thierry Matalou
Musique : Lucid Beausonge, Alain Bernard, Brendon Bourgade, Phil Marboeuf, Étienne Perruchon, Vadim Sher et Jean-François Varlet
Avec Arielle Dombasle (la femme), Albert Delpy (Un S.D.F.), Zabou Breitman (La réalisatrice), Christophe Alévèque (Le greffé), Virginie Lemoine (Un médecin), François Rollin (Le présentateur)...

Résumé : Un SDF rend service à une riche personne, soudainement ruinée. Un autre SDF, un poil raciste, déteste tout ce qui ne bouge pas dans son sens. Un sans-abri des squares a glissé progressivement vers une misère mentale et est plein de regrets sur son passé. Un débat télévisuel sur le fléau de la pauvreté se déglingue d’une façon échevelée, devant les copeaux de la langue de bois. C’est l’été, Pop a 7 ans. Il rêve de partir à la mer comme les autres...


Mon avis : ça aurait pu être bien...

L'expression « Salauds de pauvres » provient d'une nouvelle de Marcel Aymé, adaptée par Claude Autant-Lara pour La traversée de Paris. Dans le film, c'était Jean Gabin qui la prononçait ; plus tard, Coluche l'a reprise plusieurs fois à son compte dans ses sketchs. Ici c'est le producteur Frédéric Marboeuf qui choisit de le mettre en avant de son œuvre. Initiateur de ce projet, il a grandi dans la pauvreté avant de produire des films dans les années 1990. Redevenu sans le sou, il remonte tant bien que mal la pente et décide de réunir plusieurs de ces amis réalisateurs pour Salauds de pauvres. Le long-métrage se construit autour de metteurs en scènes plus ou moins connus comme Patrice Leconte ou bien Sophie Forte, intégrant au casting des fortes personnalités telles qu'Arielle Dombasle ou bien Zabou Breitman, en passant par Christophe Alévèque ou même Philippe Chevallier.

Une femme, élégante et anxieuse, joue son va-tout à la roulette, et perd sa mise. Elle se retrouve au petit matin devant le casino, sans rien. Elle réveille alors un sans domicile fixe pour lui demander l'heure. Il lui répond qu'il n'a pas de montre, et lui demande pourquoi elle n'en a pas. Elle raconte alors qu'elle vient de tout perdre, y compris la voiture de luxe qui est stationnée en face. Elle lui raconte alors ses malheurs, lui dit qu'elle n'a pas d'argent pour rentrer chez elle, et lui demande alors de la dépanner. Quand il lui tend une pièce, elle lui répond que ça ne suffira pas à payer son taxi et qu'elle ne peut pas se permettre de prendre le métro avec sa robe longue pailletée. Il cède et lui offre l'ensemble de son argent, qu'elle lui promet de rembourser. Puis elle hèle un taxi et se glisse dedans, tandis que le sans-abri finit par se rendre compte que, peut-être, il s'est fait avoir.

On éprouve de la gêne, de la déception et de l'embarras devant Salaud de pauvres. La gêne provient des situations qui nous sont racontées, quasiment toutes aussi stupides les unes que les autres. La plupart d'entre elles sont victime du même mépris de classe que le film est censé dénoncer. C'est très décevant, surtout provenant de certains des participantes et des participants à ce projet, qui avait du potentiel. D'ailleurs les segments de Patrice Leconte ou de Sophie Forte se tiennent, sans non plus être flamboyants. Par contre on aurait pu avoir la puce à l'oreille en voyant débarquer un Philippe Chevallier, digne héritier de son personnage médiatique, lassant et quelque peu ridicule. Ce qui met le spectateur dans l'embarras, contraint d'assister à des scènes assez pathétiques où l'humour lourd tombe complètement à plat et ne réussit absolument pas à atteindre les buts pourtant louables que le film met en exergue.

On ne rit jamais devant Salaud de pauvres, et pourtant c'est l'objectif asséné par tous les sketchs. De l'humour noir, baigné au vitriol, suinte des séquences hallucinantes qui mettent en scène des personnages outranciers. Les actrices et les acteurs surjouent et tournent à vide, qui un riche handicapé souhaitant acheter des organes en Colombie, qui un couple fortuné décidé à combler leur ennui en louant pour un soir un « pauvre ». L'émotion ne pointe que trop rarement, par exemple lors d'une scène délicate où l'on aperçoit le désarroi d'un homme qui se rend compte qu'il a raté sa vie. Et pourtant la sincérité des uns et des autres n'est pas à mettre en doute, et les bénéfices du film seront reversés au Secours Populaire. Reste que cinématographiquement parlant, on assiste là à un naufrage où l'on se demande comment personne au cours de la production, certes chaotique, n'a pu s'en rendre compte.

Ce qui est le plus étrange avec Salauds de pauvre, c'est de voir le fossé qui sépare les intentions de toute l'équipe du film et le rendu. L'enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on, et c'est absolument ce que l'on ressent devant chacune des images. Tous les segments du film partent d'un cliché en ayant pour but de le dénoncer. Ainsi, la charité affichée par certaines n'est pas si gratuite qu'elle n'en a l'air, les sans-abris ne sont pas à l'abri de mauvaises intentions. Certes, mais on atteint ici le degré ici de la réflexion, sans quasiment aucun contrepoint comique. Ou alors faut-il le chercher au deuxième, voire au troisième degré, mais cela reste problématique. De plus,  après la plupart des sketchs s'intercale un intermède réalisé par l'excellent François Rollin, qui ici fait chou blanc. Son personnage de pince-sans-rire fonctionne très bien à la télévision mais n'a pas grand intérêt ici. Bref, on assiste à un naufrage, et c'est bien dommage.

Ma note : °

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