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Hard paint (2019) Marcio Reolon et Filipe Matzembacher

par Neil 15 Mai 2019, 02:48 2010's

Fiche technique
Film brésilien
Date de sortie : 15 mai 2019

Titre original : Tinta bruta
Durée : 1h58

Genre : amour contrarié
Scénario : Marcio Reolon et Filipe Matzembacher
Image : Glauco Firpo
Musique : Felipe Puperi

Avec Shico Menegat (Pedro), Bruno Fernandes (Leo), Guega Peixoto (Luiza), Sandra Dani (Grand-mère), Frederico Vasques (Beto), Denis Gosh (Igor)...

Résumé : Depuis son exclusion de l'université, Pedro vit reclus chez lui à Porto Alegre. Son seul contact avec l’extérieur, il l’a à travers sa webcam lorsqu’il s’exhibe contre de l’argent.Devant son objectif, il sait comment susciter le désir de ses admirateurs par un subtil jeu de lumières et de peintures colorées qu’il étale sur son corps nu. Un jour quand il s’aperçoit qu’un autre jeune homme imite ses performances, il décide de rencontrer son mystérieux rival. Mais ce rendez-vous aura des conséquences imprévisibles.

Mon avis : La solitude du camboy asocial


Les réalisateurs et scénaristes Marcio Reolon et Filipe Matzembacher se sont rencontrés à l'âge de 20 ans quand ils étaient étudiants de cinéma. Ils passent ensemble à la réalisation en 2015, avec Beira Mar ou l'âge des possibles, une chronique sur l'adolescence sélectionné dans une section parallèle du Festival de Berlin. Trois ans plus tard, c'est dans ce même festival que leur deuxième long-métrage, Hard paint, reçoit le Teddy award, tandis que le film parcourt les festivals LGBTQI et reçoit plusieurs prix, dont le Prix du jury au Festival Chéries-chéris. Tous deux originaires de Porto Alegre, les réalisateurs souhaitaient évoquer les destins de ses habitants, qui voient régulièrement les membres de leur famille ou leurs amis émigrer vers d'autres villes plus grandes, du Brésil ou d'ailleurs. Ils souhaitaient également parler en sous-texte du contexte politique actuel, où le président Jair Bolsonaro mène une politique répressive envers les personnes LGBT.

Pedro s'est endormi en laissant sa session allumé et les utilisateurs du site où il vient de mener une performance demandent si il a joui et échangent des commentaires élogieux, en particulier un certain Voyeur Marié. Le lendemain, Pedro se rend au tribunal où le rejoint sa sœur Louiza pour une audience. La juge lui demande s'il est toujours en contact avec sa victime, s'il a un emploi stable ou s'il vit avec ses parents. À toutes ces questions, Pedro répond par la négative puisqu'il a arrêté la fac et qu'il habite avec Louiza. Elle lui demande aussi s'il n'est pas de temps en temps border line, et ce qu'il pense de ce que disaient de lui ses anciens amis, qui le voyaient comme une personne seule et timide. Le soir venu, il entame un show devant sa webcam, où sous un néon bleu, il se peint le corps de couleurs vives en dansant et en se caressant. Louiza l'appelle dans la pièce d'à côté pour lui dire de baisser la musique car elle attend un appel du Salvador où elle part bientôt.

Le soin apporté à la direction artistique de Hard paint est assez saisissant. Le film alterne les scènes où le clair-obscur joue un rôle prédominant et celles où la lumière crue assaille les personnages. Cela crée un contraste qui met en valeur à la fois la solitude de Pedro et la dureté qu'il ressent vis-à-vis du monde extérieur. Cela permet aussi de dresser un parallèle entre le monde virtuel, feutré, ou tout du moins dont la violence est maîtrisée par le personnage principal, et la réalité que Pedro a beaucoup plus de mal à appréhender. De nombreux décors en extérieur nous montrent de belles séquences dans la ville de Porto Alegre tandis qu'une attention toute particulière a été apportée aux sons et au mixage, haché, qui renforce le caractère brutal des relations humaines. Toute cette ambiance met le spectateur en alerte et place le personnage principal au centre d'éléments plus ou moins hostiles.

Car Pedro est un jeune homme solitaire, qui se méfie de ses contemporains, suite à un traumatisme qui nous sera raconté assez habilement plus tard dans l'intrigue. Il est incapable de construire des relation durables et en souffre, bien qu'il ne l'exprime jamais. Sa situation est amplifiée par le fait que tous ses proches l'abandonnent. Sa mère est morte quand il était jeune, son père a fui le domicile et sa sœur part vivre de l'autre côté du pays. Les brèves rencontres amoureuses ou sexuelles qu'il tente de concrétiser dans Hard paint sont toutes marquées par la contrepartie monétaire ou bien par la violence, ce qui augmente son manque de confiance en lui. C'est pourquoi sa rencontre avec Leo sera pour lui cruciale. Elle commence par une curiosité empreinte de jalousie, se poursuit sur un mode a priori professionnelle pour doucement se muer en relation charnelle, sensuelle mais non dénuée de sentiments.

C'est tout le paradoxe de Hard paint, que de nous offrir des scènes brûlantes de désir assouvi, et de nous dépeindre un jeune homme incapable de nouer des relations sur le long terme. Le visage et le corps de Shico Menegat sont d'ailleurs très bien exploités dans des scènes de peinture sur soi assez fascinantes. Habilement, le film évite de trop insister sur le traumatisme dont a été victime le personnage, et qui a sans doute fasciné une partie de son caractère. Ainsi, si Pedro se montre exhibitionniste devant son ordinateur, il l'est beaucoup moins concernant sa vie privé, ce qui ramène parfois le spectateur à son état de voyeur. Si le film possède un petit ventre mou en son milieu, il reste tout de même d'une qualité assez appréciable. Et l'on se dit que ce duo de réalisateurs, qu'il continuent à travailler ensemble ou pas, risquent bien de faire partie de ces artistes brésiliens à suivre dans les années qui viennent.

Ma note : ***

Hard paint (2019) Marcio Reolon et Filipe Matzembacher
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