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Haut perchés (2019) Olivier Ducastel et Jacques Martineau

par Neil 21 Août 2019, 02:07 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 21 août 2019
Durée : 1h30
Genre : huis-clos affectif

Scénario : Olivier Ducastel et Jacques Martineau
Image : Manuel Marmier
Musique : Karelle + Kuntur

Avec Manika Auxire (Veronika), Geoffrey Couët (Marius), Simon Frenay (Nathan), François Nambot (Louis), Lawrence Valin (Lawrence)

Résumé : Une femme et quatre hommes, qui se connaissent à peine, se retrouvent dans un appartement en plein ciel au-dessus de Paris. Ils ont tous été victimes du même pervers dominateur. Ce soir-là, ils décident d'en finir avec cette histoire. Tour à tour, ils se racontent des souvenirs qui les lient à cet homme et entrent dans l'unique chambre de l'appartement pour se confronter à lui. Mais ce qui s'y passe reste leur secret.

Mon avis : perversion subie et remise en question

Depuis vingt ans, Olivier Ducastel et Jacques Martineau construisent une filmographie très intéressante. Leur premier long-métrage, Jeanne et le garçon formidable, est placé sous les auspices de Jacques Demy, avec qui Olivier Ducastel a débuté sa carrière. Ils enchaînent sur Drôle de Félix, road-movie où plane encore la thématique de la séropositivité, chère à Olivier Ducastel, qui est lui-même séropositif. Puis viennent Ma vraie vie à Rouen, chronique naturaliste sur un jeune homosexuel de province, et Crustacés et coquillages, comédie estivale légère. Ils font ensuite une pause télévisuelle qui se transforme en projet cinématographique avec Nés en 68. Encore une fois présenté au Festival de Berlin, L’arbre et la forêt évoque la mémoire de la déportation homosexuelle, puis Théo et Hugo dans le même bateau aborde, avec un début cru très remarqué dans une boîte à cul, le thème de la naissance d'une relation dans un contexte inhabituel. Haut perchés s’annonce donc comme une pause dans une carrière bien chargée.

Cinq personnes, une femme et quatre hommes, se croisent dans un appartement parisien. On apprend que le seul élément qui les unit, si l’on peut dire, est un homme, qui ne sera jamais nommé, et qui attend dans la chambre d’à-côté. La caméra n’aura jamais accès à cet endroit où gravitent pourtant, les uns après les autres, chacun des participants à cette soirée. Ainsi, ils se sont réunis pour régler leurs comptes avec cet homme qui les a, chacun à leur tour, manipulés. Ils ne se connaissent pas mais ont décidé de solder par ce biais une fois pour toutes une histoire traumatisante. Veronika commence à raconter son expérience, il y a bien longtemps, avec ce garçon duquel elle s’est assez vite attaché, et qui lui a petit à petit envoyé des signaux trompeurs, lui faisant croire qu’il était prêt à s’engager dans une relation sérieuse. Ce qu’elle ne lui avait pourtant pas demandé, mais elle s’est prise malgré elle à cette idée, jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’il ne faisait ça que pour la façade.

On peut qualifier Haut perchés de film à dispositif complètement assumé. Durant une heure et demie, le décor se limite à une pièce principale, grande certes, et augmenté d’un magnifique balcon avec une vue imprenable sur Paris. De même, nous sommes coincés avec cinq personnages, qui bougent un peu, mais ne sont jamais moins de quatre, évitant ainsi les tête-à-tête explicatifs sous forme de règlements de compte personnels. Ce qui fait avancer la narration, ce sont les dialogues des protagonistes, ou leurs monologues parfois longs (comme celui de Veronika en début de film), parfois courts. L’imaginaire du spectateur est perpétuellement mis à contribution, que ce soit pour mettre en images dans sa tête les histoires que nous racontent les personnages, ou bien pour s’imaginer ce qu’ils peuvent bien faire dans cette chambre mystérieuse où gravite l’intrigue mais où l’on n’aura jamais accès.

Cet aspect théorique n’entrave pourtant pas l’intérêt que l’on peut éprouver devant Haut perchés. Cela est en grande partie dû à l’attention à la mise en scène apportée par Olivier Ducastel et Jacques Martineau. On sent qu’ils ont pensé chacun des aspects du film, de la musique aux décors en passant par les mouvements de caméra, sans les rendre ostentatoires pour autant. Certes, le parti-pris esthétique est radical : une couleur vive dans chaque espace, mais cela enfonce le clou des références que les réalisateurs souhaitent légitimement et ouvertement apporter. On pense évidemment à Rainer Werner Fassbinder, auquel le personnage de Veronika fait explicitement référence, mais aussi évidemment à Jacques Demy. Et l’on se rappelle que le duo a récemment adapté Jean-Luc Lagarce pour la télévision, tandis que les références homophiliques nous amènent tout naturellement à l’esthisant Gregg Araki.

Mais ce qui marque le plus en regardant Haut perchés, c’est l’homogénéité de son casting, d’une cohérence impeccable. Nous avons tout d’abord les deux acteurs principaux du très intéressant Théo et Hugo dans le même bateau : le beau Geoffrey Couët, qui, après Les crevettes pailletées dessine une filmographie à suivre, et le charmant François Nambot, dans un magnifique rôle de maniaque malgré lui. Toujours issu de ce même film, mais plus furtivement, on retrouve Simon Frenay, également aperçu dans la série Les engagés. Enfin nous avons les deux révélations que sont Lawrence Valin et Manika Auxire, dont le talent éclate complètement devant l’écran. Ils donnent chair à ces personnages et à ces situations qui pourraient être intellécualisantes mais qui, grâce à leur présence, deviennent sensuelles et touchantes. Le film acquiert ainsi ce petit supplément d’âme qui en fait un objet passionnant et vibrant, à découvrir absolument.

Ma note : ***

Haut perchés (2019) Olivier Ducastel et Jacques Martineau
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