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L’affaire Pasolini (2019) David Grieco

par Neil 25 Août 2019, 02:03 2010's

Fiche technique
Film italien
Date de sortie : 21 août 2019
Titre original : La macchinazione

Durée : 1h53
Genre : machination artistico-politique
Scénario : Guido Bulla
Musique : Pink Floyd
Image : Fabio Zamarion
Avec Massimo Ranieri (Pier Paolo Pasolini), Alessandro Sardelli (Pino Pelosi), Matteo Taranto (Sergio), Libero De Rienzo (Antonio), François-Xavier Demaison (Moreau)…

Résumé : Pendant l’été 1975, Pier Paolo Pasolini termine le montage de son dernier film, « Salò ou les 120 journées de Sodome », une libre adaptation de l’œuvre du Marquis de Sade. C’est une période politique inédite, où le Parti communiste italien peut accéder, pour la première fois, aux pouvoirs. Mais Pasolini, pourtant proche de cette formation politique, ne partage pas l’enthousiasme général, jugeant que la société italienne est profondément devenue de droite et gagnée par le consumérisme, obéissant inconsciemment à une nouvelle forme de centralisme fasciste.

Mon avis : Les derniers mois d’un condamné

Le parcours de David Grieco est assez intéressant, au vu de sa filmographie. Il naît au début des années 1950, dans une famille célèbre puisque son grand-père était le fondateur du Parti communiste italien dans les années 1920. Il se destine tout d’abord à une carrière d’acteur et à 17 ans il tourne avec la fine fleur du cinéma transalpin : Franco Zeffirelli, Bernardo Bertolucci et Pier Paolo Pasolini, pour lequel il devient assistant réalisateur. Il bifurque ensuite vers le journalisme, choisissant la position de critique culturel, et notamment cinématographique pour L'Unità, qui fut longtemps l’antenne du parti communiste. Il ne réalise son premier long-métrage qu’à plus de 50 ans, après avoir réalisé plusieurs documentaires et des publicités télévisuelles : ce sera Evilenko, le monstre de Rostov, adapté de son propre roman. Dix années plus tard, il se décide à raconter les derniers mois de la vie de son mentor, avec cette Affaire Pasolini, qui sortit en 2016 en Italie avec un titre beaucoup plus parlant : La macchinazione.

Un homme d'âge mûr, qui s’avèrera être Pier Paolo Pasolini, écoute les nouvelles dans sa voiture : on y évoque les récents succès du parti communiste aux élections générales italiennes. Puis il s’arrête dans un terrain vague vide où il suce un jeune homme, Pino, et insiste pour lui redonner de l’argent, alors qu’il a déjà payé le prostitué. Pino lui demande alors quand il pourra tourner dans son film, ce en quoi Pasolini rétorque qu’il a déjà bouclé son prochain film.  Il rentre ensuite chez lui, où il retrouve sa mère endormie dans un fauteuil du salon. Il la porte jusque dans sa chambre et la couche dans son lit. Le lendemain, il évoque au téléphone avec son producteur le film qu’il vient de tourner, Salò ou les 120 journées de Sodome. Il souhaite ajouter à la scène finale, une fête, des drapeaux rouges, symboles du Parti communiste, ce que les producteurs ne comprennent pas, le film étant centrés sur les fascistes de la république de Salò.

Le titre original de L’affaire Pasolini est clair : nous avons ici affaire à une machination politique. Le contexte d’alors en Italie, c’est les années de plomb, et la Stratégie de la tension qui les a accompagnées. De nombreux attentats sont perpétrés par des groupes néofascistes, et un climat de violence s’instaure. De nombreuses thèses circulent alors sur les bénéficiaires de cette ambiance délétère, et pour Pier Paolo Pasolini, c’est évident : de nombreuses personnalités politiques et industrielles sont en cause, avec la complicité des services secrets italiens et de la CIA. Il ciblera en particulier le président du groupe pétrolier ENI, dans un roman publié à titre posthume en 1992 et dont il manque encore le chapitre consacré à ce fameux Eugenio Cefis. David Grieco s’attèle ici à réfuter la thèse qui a longtemps prédominé, selon laquelle le meurtrier de Pasolini aurait été le seul Pino Pelosi, jeune prostitué qui a fait pour cela neuf ans de prison.

En français, le titre, L’affaire Pasolini, renvoie aussi à cette décennie des années 1970, mais plutôt sur un mode cinématographique. L’expression évoque une enquête policière, voire une affaire d’état, à la manière de nombreux films qui ont émaillé cette époque. Et le traitement artistique du film confirme ce pressentiment : on pense énormément à la filmographie de Costa Gavras en France, ou à celle de deux maîtres italiens auxquels David Grieco fait explicitement référence : Francesco Rosi et Elio Petri. Ce sentiment de décalage pas vraiment déplaisant se matérialise par une ambiance lourde et un scénario emberlificoté. L’atmosphère qui régit le film est empreinte de ces années de plomb qui y sont décrites, on sent qu’à tout moment un drame peut se produire au coin de chaque rue. Pourtant on ne comprend pas bien les tenants et les aboutissants d’une histoire, où, sans vouloir se mouiller, nombreux sont ceux qui souhaitent la perte de Pier Paolo Pasolini.

Mais L’affaire Pasolini c’est aussi le portrait d’un homme intègre et juste, à la fois désabusé par rapport aux hommes politiques, et à la politique, et naïf par rapport au genre humain, refusant de penser que ses proches pourraient le trahir. Une scène tente maladroitement de résumer cet état de fait, mais y échoue de façon un peu balourde. On y retrouve notre personnage principal dans un café romain, où il discute avec un journaliste français, interprété par François-Xavier Demaison, assez mauvais au demeurant. Un échange à couteaux tirés s’ensuit, où Pier Paolo Pasolini tente d’expliquer sa théorie sur les failles l’institution scolaire au français, qui ne comprend pas, insistant sur les bienfaits de l’ascenseur social. Cette scène est d’ailleurs rappelée un peu plus tard, où le soir de son assassinat le réalisateur rencontre un jeune homme qui l’admire, ayant fait des hautes études malgré sa condition précaire. Le film boîte ainsi un peu dans son aspect didactique, mais n’en reste pas moins intéressant.

Ma note : ***

L’affaire Pasolini (2019) David Grieco
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