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L’œuf dure (2019) Rémi Lange

par Neil 28 Août 2019, 02:13 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 28 août 2019
Durée : 1h53
Genre : faux documentaire
Scénario : Rémi Lange
Musique : CMTK, Jean-Pierre Stora…
Avec Adriano Dafy (Dino), Magali Le Naour-Saby (Magali), Rémi Lange (Rémi), Kathy Le Naour-Saby (la copine de Magali), Jérôme-Ramses Garcia de la Torre (La productrice), Jean-Christophe Bouvet (Lui-même)…

Résumé : Après Omelette et Les Yeux brouillés tournés avec une caméra Super 8, Rémi commence un journal filmé avec deux caméras HD. Un jour il rencontre Dino, un jeune artiste marseillais qui tombe amoureux de lui. Peu après leur rencontre, Dino annonce à Rémi qu’il veut un enfant. La difficulté est alors de trouver une femme qui accepte à la fois de leur faire un enfant… et d’être filmée, de la rencontre à l’accouchement !


Mon avis : Je ne suis pas là pour être aimé

Se réclamant, et tirant ses références, du cinéma expérimental et underground, en particulier homosexuel, Rémi Lange a construit une carrière exigeante depuis maintenant plus de vingt ans. Il frappe un gros coup en 1997 quand il sort Omelette, premier volet de la trilogie dont le deuxième opus sera Les Yeux brouillés et le troisième cet Œuf dure. Au-delà du jeu de mot assez bien trouvé qui relie ces trois films, ils ont en commun la forme narrative, qui ne choisit pas entre le documentaire et la fiction. Tandis que les deux premiers long-métrages étaient tournés en super-8 (un clin d’œil à son premier court-métrage, Le super-8 n'est pas mort, il bande encore ?), ce troisième volet de ce que le réalisateur aime à nommer un « journal filmé » est tourné avec deux caméras DV. Chacun de ces segments évoque une partie de la vie homosexuelle (le coming-out, la rupture, la parentalité), d’inspiration plus ou moins claire avec la vie de son auteur.

À 47 ans, Rémi Lange est installé à Marseille et n’a plus trop de vie sociale. N’assumant plus son corps et son physique, il vit de façon recluse, passant son temps dans les calanques. La mort de sa grand-mère, en 2011, a été pour lui un choc et il n’a plus aucune envie de côtoyer du monde ni d’avoir de rapports sexuels. Sa seule fenêtre avec le monde extérieur est son voisin, qui vient lui taxer des clopes, et sa productrice, avec qui il échange régulièrement. Il entretient en particulier le projet d’un long-métrage de fiction, dans lequel Arielle Dombasle a accepté de tenir le premier rôle. Motivé, il décide alors de faire des castings sauvages dans son studio pour recruter l’acteur principal de ce projet. Il rencontre plusieurs hommes, dont Dino, un jeune homme qui lui fait ouvertement du gringue, lui déclarant qu’il aime beaucoup ses premiers films, et qu’Omelette lui a permis de faire son propre coming-out.

Foncièrement, L’œuf dure n’est pas un film aimable, à la fois par sa forme et par ses personnages. Le film hésite constamment entre un côté fictionnel clairement assumé (on pense au le personnage de la productrice, interprété de façon jubilatoirement outrancière par Jérôme-Ramses Garcia de la Torre) et une forme de journal filmé, où le personnage principal parle à la première personne pour nous raconter soi-disant sa propre vie. Or ce Rémi ne fait rien pour se rendre attachant, ni pour attirer l’adhésion du spectateur, que finalement il ne recherche pas. Certaines séquences sont d’une bêtise qui, même au second degré, frise la misogynie : non seulement le personnage nous sert une tirade sur les femmes qu’on croirait sortie d’un dialogue de film gay des années 1960, mais en plus il se permet d’apostropher des lesbiennes sans leur autorisation. Alors on se doute qu’il l’a eue au final, ou que c’est une séquence fictionnelle, ou sinon il est inconscient de monter ces images sans aucun carton explicatif ni contrepoint : on cherche l’intérêt d’un tel manque de respect affiché.

Et tout au long du film, les personnages de L’œuf dure restent opaques sur leurs motivations, ce qui rend le long-métrage d’autant plus difficile à appréhender pour le spectateur. Cette volonté de paternité, amenée de façon très balourde dans les dialogues, ne trouve aucunement sa source, autant chez Dino que chez Rémi. On dirait que le premier s’est réveillé un jour, à l’âge de 18 ans, en se disant, tiens, pourquoi pas fonder une famille avec cet homme de trente ans mon aîné et que j’ai rencontré il y a à peine un an. Pourquoi pas, mais dans ce cas le spectateur a besoin de billes pour évaluer l’enjeu dramatique. C’est pareil avec Rémi, qui alors qu’il était solidement réfractaire change d’avis tout d’un coup et devient encore plus moteur dans le programme. Aucune question n’est évoquée, aucun projet n’est conçu où l’enfant aurait sa place : on a quasiment à faire à deux egos individuels surdimensionnés vaguement mis en commun.

Au final L’œuf dure ne convainc pas vraiment. Malgré toute leur bonne volonté, les acteurs jouent tellement à côté que le film est difficile à prendre au sérieux. On voit bien la volonté de rester décalé et de ne pas être naturaliste, mais les espaces d’émotions qui seraient censés irriguer le long-métrage tombent complétement à l’eau. On reste un peu devant cet objet filmique non identifié comme serait une poule ayant trouvé un couteau, comme dirait l’autre. Dubitatifs, déconcerté, alors certes ce sont des sentiments intéressants à provoquer chez le spectateur, et certaines scènes ne manquent pas d’esthétiques, que l’on pense aux entraînements pour la performance que Dino et Rémi, tout peinturlurés, vont donner dans un musée d’art contemporain. Cette œuvre de Rémi Lange pourrait ainsi se montrer digne de figurer, tout comme Omelette, dans la collection du Musée national d'art moderne/Centre Georges-Pompidou.

Ma note : °

L’œuf dure (2019) Rémi Lange
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