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Le droit du plus fort (1974) Rainer Werner Fassbinder

par Neil 14 Août 2019, 02:43 1970's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 17 septembre 1975
Titre original : Faustrecht der Freiheit
Durée : 2h03

Genre : pauvre innocent
Scénario : Christian Hohoff
Image : Michael Ballhaus
Musique : Peer Raben

Avec Peter Chatel (Eugen), Rainer Werner Fassbinder (Franz Biberkopf), Christiane Maybach (Hedwig, la sœur de Franz), Karlheinz Böhm (Max), Harry Baer (Philip), Ingrid Caven (La chanteuse du bar)…

Résumé : Un jeune homosexuel paumé gagne à la loterie. Il tombe amoureux d'un bourgeois, mais celui-ci se révèle être principalement intéressé par l'argent.

Mon avis : Le bourgeois et le prolétaire


À de multiples égards, Le droit du plus fort se démarque de nombreuses productions de Rainer Werner Fassbinder. Ce qui frappe au premier regard, c’est le casting, très majoritairement masculin. Pour une fois, le réalisateur allemand ne met pas en avant une actrice dans le rôle-titre de son film. Ses muses sont ici quasiment absentes, tout au plus a-t-on le plaisir d’observer l’apparition malicieuse d’Ingrid Caven. Il faut dire qu’une des thématiques principales du film est l’homosexualité, tout du moins la volonté d’une représentation de l’homosexualité. On peut d’ailleurs considérer que c’est pour le réalisateur, qui a alors moins de trente ans, un manifeste et une déclaration ouverte de son orientation sexuelle. La portée autobiographique du film peut d’ailleurs se retrouver dans le fait que Fassbinder interprète pour une fois l’un des rôles principaux de son propre film, et il ne se ménage pas beaucoup.

Dans une fête foraine, un homme présente son dernier tour en vogue, avec trois effeuilleuses soi-disant françaises. L’une d’entre-elles interpelle le forain en lui disant que la police est dans les parages. L’homme ne tarde pas à être interpellé, tandis que Franz, alias Fox – la tête sans tronc, qui est censé être le clou du spectacle – sort des coulisses et embrasse une dernière fois celui qui s’avère être son amant, avant qu’il ne soit emprisonné. Ruiné, Franz se tourne vers l’une des membres de la troupe pour lui proposer de partager un dernier billet de loterie, mais celle-ci refuse. Il retourne chez sa sœur Hedwig, prostituée vieillissante un peu trop portée sur l’alcool, et avec qui il entretient des rapports houleux. Il croise la route de Max, un antiquaire qui veut l’emmener chez lui mais avant Frantz tient à se procurer un billet de loterie. Il va arnaquer un vendeur fleurs pour lui soutirer les dix marks dont il a besoin pour l’acheter.

L’exposition du Droit du plus fort est assez remarquable. En quelques plans, le spectateur est immergé dans le milieu social, prolétaire, du personnage principal. Très vite on va comprendre sa situation, à la fois affective – il embrasse à pleine bouche son patron avant de le quitter – et financière – un bref dialogue nous fait comprendre que Frantz est sur la paille. L’efficacité narrative se trouve donc au sein même du récit du film, et l’on peut le remarquer à plusieurs endroits, où Rainer Werner Fassbinder ne s’embarrasse pas de détails pour aller directement à l’essentiel de son propos. Ainsi, une fois le billet de loterie acheté – ce qui occasionnera plusieurs péripéties – une ellipse nous transporte deux semaines plus tard, quand Frantz fait la rencontre de son futur amant. De même, au Maroc, si la rencontre avec l’autochtone – interprété par l’acteur de Tout le monde s’appelle Ali – traine malicieusement en longueur, la transition avec le retour en Allemagne est relativement abrupte.

La sécheresse narrative du Droit du plus fort se retrouve d’ailleurs dans la construction du film, qui insiste fortement sur la dialectique sociale mise en œuvre entre les protagonistes. Quasiment chacun des plans du film se concentre sur un des aspects des différences de classes qui divisent Frantz et Eugen, et qui progressivement minent leur relation. Petit à petit, le caractère opportuniste du bourgeois et de sa famille apparait au grand jour, et la mécanique implacable qui mènera Frantz à sa perte se déroule progressivement. Le spectateur se retrouve alors complètement du côté de ce naïf un peu gauche, même si l’accentuation de ses maladresses peut paraître par trop appuyée. Reste que Rainer Werner Fassbinder établit ici un diagnostic acerbe et sans concession de la société capitaliste, où les plus fort n’hésitent pas à écraser leurs inférieurs pour obtenir plus de confort matériel et asseoir leur pouvoir.

Une des caractéristiques les plus intéressantes du Droit du plus fort est aussi cette instance décomplexée à représenter l’homosexualité. Non pas que l’orientation sexuelles des protagonistes du film ne pose un problème aux membres de leur famille, ce qui serait l’argument d’une grande partie des films qui traitent de la thématique. L’idée principale que semble exposer Rainer Werner Fassbinder, c’est qu’une relation, qu’elle soit homosexuelle ou hétérosexuelle, est régie par les mêmes lois de domination ou d’affection. Et le réalisateur de nous dépeindre de façon naturaliste un milieu d’hommes qui aiment les hommes. On les retrouve au sauna ou dans des bars, tandis que l’exposition de l’anatomie masculine se fait naturellement, y compris frontalement. Tout cela fait du Droit du plus fort un film revendicateur et politique brillant, à la fois au regard de ses thématiques sociologiques clairement affichées et de sa peinture ouvertement assumée d’un milieu homosexuel complexe.

Ma note : ****

Le droit du plus fort (1974) Rainer Werner Fassbinder
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