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Un couteau dans le cœur (2018) Yann Gonzalez

par Neil 7 Août 2019, 02:58 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 27 juin 2018
Durée : 1h46
Genre : giallo gay

Scénario : Cristiano Mangione
Image : Simon Beaufils
Musique : M83

Avec Nicolas Maury (Archibald Langevin), Vanessa Paradis (Anne Parèze), Khaled Alouach (Nans / Fouad), Kate Moran (Loïs McKenna), Félix Maritaud (Thierry), Romane Bohringer (Cathy)…

Résumé : Paris, été 1979. Anne est productrice de pornos gays au rabais. Lorsque Loïs, sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald. Mais un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie.

Mon avis : Pulsions de vie et de mort dans le porno underground


Son premier film, Les rencontres d’après minuit, avait été présenté en séance spéciale à la Semaine de la critique du Festival de Cannes. Cinq ans plus tard, c’est en Compétition officielle que Yann Gonzalez est venu présenter Un couteau dans le cœur. Et l’on sait combien peut être périlleux une telle exposition, en particulier pour un objet délicat. Les critiques ne se sont d’ailleurs pas gênés pour vilipender le projet, lui assurant un avenir plus que fragilisé. Cela dit, le sujet en lui-même ne garantissait pas franchement une distribution grand-public pour le film. Le réalisateur s’est en effet inspiré ici d’une figure de la scène underground et non moins pornographique homosexuelle des années 1970. La productrice Anne-Marie Tensi avait une forte personnalité, et son double interprété par Vanessa Paradis lui ressemble : lesbienne délaissée, alcoolique, tempétueuse et radine, c’est tout un programme.

Un jeune acteur de films pornographiques gays dans les années 1970 se déhanche dans un club où des hommes masqués le caressent. Il croise le regard de quelqu’un dont le visage est entièrement recouvert par du latex, et qui lui fait signe de le rejoindre à l’étage. Se retrouvant seuls, il se retrouve déshabillé et attaché sur un lit. L’homme masqué sort alors un énorme godemiché qu’il approche de ses fesses. Tout d’un coup, il appuie sur un mécanisme et un couteau vient lui transpercer l’anus à plusieurs reprises. Au même moment, Anne Parèze, productrice de films pornos, se retrouve seule dans une ruelle où elle trouve une cabine téléphonique. Ivre, elle se met à appeler Loïs, son ex petite amie et lui fait une déclaration d’amour incohérente dont Loïs n’est pas dupe : elle lui conseille de décuver et de rentrer chez elle. Le lendemain, sur un plateau de tournage, trois hommes pratiquement nus sont dirigés par Archibald, l’assistant d’Anne.

Le fétichisme est au cœur d’Un couteau dans le cœur, tant au niveau des références cinématographiques que des thématiques. Yann Gonzalez ne s’en cache d’ailleurs absolument pas : il souhaitait avec ce film rendre un hommage à ses références de jeune cinéphile. Il évoque ainsi l’incontournable Brian de Palma, les giallos italiens des années 1970, tout autant que des cinéastes encore plus underground comme Paul Vecchiali. Sans parler de la culture érotique et pornographique queer de cette époque d’avant le Sida, que beaucoup considèrent comme plus libre. Ce que les acteurs de cette époque revendiquaient, c’était une forme de marginalité, une volonté transgressive de ne pas rentrer dans un moule. Et en cela, Yann Gonzalez s’identifie complètement, lui qui ne cesse d’’explorer des univers où la poésie côtoie l’absurde dans une volonté de ne pas ressembler à quiconque.

C’est sans doute ce qui surprend dans Un couteau dans le cœur, cette radicalité affichée, cette volonté de ne pas être aimé. La première scène de dialogue pose le ton, où Vanessa Paradis joue complètement à côté de la plaque, exagérant l’ivresse de son personnage. De même Nicolas Maury, encore une fois excellent, surjoue complètement, et de façon assumée, la drama queen qui fait souvent le bonheur des spectateurs, mais qui pourrait lasser si l’on ne lui offre que ce genre de rôles. Le film se fiche pas mal de chercher toute notion de vraisemblance, et pourtant il est très précis dans la reconstitution de son époque. La photographie et les extraits des films qui sont tournés font clairement référence à du sous Jean-Daniel Cadinot tandis que l’ancrage dans cette époque est retranscrit de façon pointilleuse via les décors et les costumes. Tout ceci mérite d’être mis en avant, et pourtant on ne peut s’empêcher de sentir un petit grain de sable dans ce rougae.

En fait on sent un peu trop les intentions d’Un couteau dans le cœur, à l’image de ce générique de fin où les corps masculins exultent dans une orgie libératrice. Le problème est que le film a du mal à choisir entre le versant série B, où le gore sanguinolent se déverse comme du sperme, et la dimension poétique amenée par les personnages et cette résolution claudicante. Pourtant la séquence provinciale où l’héroïne se retrouve dans un hôtel paumé, avec un joli clin d’œil à Jacques Nolot et une Romane Bohringer très émouvante, a clairement un potentiel inachevé. Ce qui conduit à une conclusion mi-figue, mi-raisin, qui laisse le spectateur sur sa fin mais qui pouvait difficilement être améliorée. Car de toutes façons on ne soucie guère de ces personnages paradoxalement sans chair, qui se débattent avec leurs émotions et qui ne parviennent pas à s’incarner. C’est dommage tant on sent le potentiel contenu dans le film.

Ma note : **

Un couteau dans le cœur (2018) Yann Gonzalez
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