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Pupille (2018) Jeanne Herry

par Neil 11 Septembre 2019, 02:40 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 5 décembre 2018
Durée : 1h50
Genre : long processus
Scénario : Jeanne Herry
Musique : Pascal Sangla
Image : Sofian El Fani
Avec Élodie Bouchez (Alice Langlois), Sandrine Kiberlain (Karine), Gilles Lellouche (Jean), Olivia Côte (Lydie), Clotilde Molet (Mathilde François), Jean-François Stévenin (Le père d’Alice), Miou-Miou (Irène)…

Résumé : Théo est remis à l'adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C'est un accouchement sous X. La mère à deux mois pour revenir sur sa décision...ou pas. Les services de l'aide sociale à l'enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s'occuper du bébé, le porter dans ce temps suspendu, cette phase d'incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s'appelle Alice et cela fait dix ans qu'elle se bat pour avoir un enfant.


Mon avis : Naissance d’une mère

Depuis son enfance, Jeanne Herry connait les plateaux de cinéma. Quand elle avait douze ans, elle incarne un rôle dans Milou en mai, en compagnie de sa mère Miou-Miou, à qui elle confie un très beau rôle dans son deuxième film, Pupille. Sa trajectoire de réalisatrice l’avait auparavant conduite, après une carrière d’actrice et d’auteure, à mettre en scène Sandrine Kiberlain et Laurent Laffitte dans Elle l’adore. Ici elle s’est inspirée non pas d’une histoire individuelle mais d’une somme de témoignages qu’elle a recueillis. Une de ses amies a adopté un enfant et lui a raconté toute la procédure à laquelle elle a dû faire face pour devenir mère. Intriguée, Jeanne Herry s’est rendue dans le Finistère afin de mener une enquête approfondie, ce qui se voit à l’écran. Elle a ainsi interrogé à la fois les professionnels de l’aide sociale à l’enfance et les candidats à l’adoption, à la fois les assistantes sociales et les éducatrices ou les familles d’accueil.

Dans un bureau un peu austère, Irène, la directrice de l’aide sociale à l’enfance, chargée de l’adoption dans le département du Finistère, annonce à Alice qu’on lui confie un enfant à l’adoption. C’est un garçon de deux mois dont la mère a renoncé à son droit parental, qui se trouve plutôt en bonne santé malgré une insuffisance cardiaque bénigne. Sidérée, Alice, qui attend cette nouvelle depuis huit ans, n’arrive pas à y croire. Quelques mois plus tôt, Jean éprouve de plus en plus de mal à assumer son métier d’assistant familial. Les enfants qu’il recueille actuellement sont adolescents et, bien que frères, ne s’entendent pas du tout. Il demande souvent à son responsable pourquoi on ne dérogerait pas dans de tels cas à la règle de ne pas séparer les fratries. De son côté, une jeune femme se présente à l’accueil de l’hôpital de Brest. Elle explique qu’elle va accoucher mais ne souhaite pas garder l’enfant.

La précision avec laquelle sont expliqués les situations individuelles des personnages de Pupille est assez impressionnante. On sent que Jeanne Herry s’est appuyée sur un travail documentaire conséquent, et qu’elle a eu à cœur de toujours rester neutre. Ce qui engendre parfois de longs monologues un peu didactiques mais nécessaires pour faire comprendre les tenants et les aboutissants des enjeux. C’est là tout le paradoxe du film, que de constamment se situer sur un fil, partagé entre l’émotion et la pédagogie. Une preuve éclatante se trouve dans la scène où l’assistante sociale, incarnée par l’excellente Clotilde Mollet, explique doucement toutes les options qui s’offrent à cette jeune femme prête à renoncer à son rôle de mère. La caméra alterne alors des plans sur l’une et sur l’autre, et l’on peut ressentir dans les regards la compassion et la détresse, la confusion et l’émotion qui circule, ce qui rend cette scène, qui pourrait être lourde, vibrante.

Ainsi Pupille se montre, durant toute sa durée, impartial, offrant un regard panoptique sur toutes les actrices et tous les acteurs de ce long processus qu’est l’adoption d’un pupille de l’État. Le montage nous permet de comprendre petit à petit quelles sont les interactions entre les uns et les autres, ou plus souvent entre les unes et les autres, le métier de travailleur social étant plus féminisé que de nombreux autres. L’auteur ne manque pas de nous présenter à la fois les côtés touchants comme la rencontre entre le bébé et son père d’accueil, un Gilles Lellouche tout en finesse, et les aspérités comme cette annonce du refus d’agrément à un couple. Avec minutie, le film se glisse dans des réunions stratégiques pour décider quels couples mettre en avant lors d’une présentation au conseil des familles, ou dans l’intimité d’une famille qui sait qu’elle accueille durant une courte période un bébé, s’attache à lui pour le porter vers sa future mère.

L’équilibre que l’on ressent dans Pupille est en grande partie porté par une bande d’actrices et d’acteurs très cohérents, où personne ne vole la vedette à l’autre. Élodie Bouchez est d’une justesse assez bluffante, on n’a aucun mal à la figurer dans son personnage de future mère courageuse, qui brave les difficultés et qui persiste malgré tout dans son projet parental. Sandrine Kiberlain est quant à elle très discrète mais malgré tout toujours présente auprès de ce père accueillant. Son personnage a le mérite d’être assez finement décrit pour que l’on ne se retrouve pas en face d’un monolithe : ses émotions, ses colères et ses espoirs sont esquissés d’une très belle manière. Ainsi se tissent des relations parfois tendues entre les professionnels de l’assistance publique, que l’on sent fragiles et qui sont tout à fait conscients de la responsabilité qu’ils ont, en particulier envers les enfants.

Ma note : ***

Pupille (2018) Jeanne Herry
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commentaires

dasola 11/09/2019 22:07

Bonsoir Neil, un film émouvant. J'ai craqué devant le nourrisson. Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain et Elodie Bouchez sont très bien. Bonne fin de soirée.

Neil 11/09/2019 22:33

Bonsoir Dasola, oui c'est un film très juste et émouvant, avec un casting impeccable. Bonne fin de soirée.

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