Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ad astra (2019) James Gray

par Neil 18 Septembre 2019, 02:42 2010's

Fiche technique
Film américain
Date de sortie : 18 septembre 2019

Durée : 2h04

Genre : père absent

Scénario : Ethan Gross

Image : Hoyte Van Hoytema

Musique : Max Richter

Avec Brad Pitt (Roy McBride), Ruth Negga (Helen Lantos), Tommy Lee Jones (Clifford McBride), Liv Tyler (Eve), Donald Sutherland (Colonel Tom Pruitt), Kimberly Elise (Lorraine Deavers)…

 

Résumé : L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

 

Mon avis : to the moon and beyond

 

Pratiquement rien ne prédestinait James Gray à réaliser un film comme Ad astra. Tout du moins pouvait-on écrire cette phrase jusqu’à The Lost City of Z, où il s’est soudainement aventuré vers un genre qu’il n’avait pas abordé. Même si The immigrant commençait très doucement un virage vers le film dit « d’époque », on peut considérer que les cinq premiers films du réalisateur américain dont la famille est originaire d’Ukraine sont, grosso modo, centrés sur les liens familiaux. Ceux-ci sont tantôt vu du point du fils maudit (Little Odessa), opposent très souvent deux frères aux caractères antinomiques et ne cessent d’interroger les relations filiales. Il incorpore habilement des romances tout sauf artificielles, en faisant même le propos d’un de ses films (Two lovers). Ici, la figure du père est centrale, et pourtant le scénario ne cesse de s’en détourner, James Gray semblant vouloir nous perdre dans des fausses pistes stylistiques au sein même d’une histoire épurée.

Dans un futur proche, l’astronaute Roy McBride fait des recherches scientifiques dans une station spatiale quand soudain une décharge électrique détruit l’ensemble de la base. Il réussit in extremis à couper la tension mais se retrouve violemment propulsé sur Terre, réussissant à ouvrir son parachute à la dernière minute. Il apprend alors que de nombreux incident se sont succédé, tous dus à des surcharges électriques provenant d’explosions radioactives. La Nasa fait part à Roy de ses inquiétudes : vingt ans plus tôt, le père de celui-ci s’était embarqué avec le projet Lima vers Neptune dans le but de trouver des traces de vie extraterrestre. Les services de renseignement sont persuadés que, bien qu’ils n’ont plus de nouvelles de Lima, ceux-ci sont à l’origines des perturbations énergétiques qui menacent aujourd’hui dangereusement la planète. Ils souhaitent que Roy partent pour Mars envoyer un message à son père et sauver la Terre.
 

La façon avec laquelle James Gray aborde le genre de science-fiction dans Ad astra a quelque chose de définitif. Dès les premières scènes du film, l’ambiance est posée : l’espèce humaine a dans un futur proche colonisé son environnement. Les stations spatiales sont conséquentes, les fusées sont maintenant commerciales et leur personnel se comportent comme ceux des compagnies aériennes. La lune, qui il n’y a encore pas si longtemps faisait l’objet de fantasmes et de rêves artistiques, est ici une immense galerie commerciale, où les hommes ont reproduit leur schéma matérialiste. L’idée est à la fois belle et ambitieuse, voire même prétentieuse dans sa façon de clore les débats qui secouent la littérature et l’imaginaire cinématographique depuis plus de cent ans. Et James Gray va encore plus loin dans l’argumentaire qu’il déploie à la fin du film, où la boucle semble se fermer définitivement. Alors que la plupart des films d’anticipation posent des questions et sont à la recherche de quelque chose, ici les réponses sont données : il y a quelque chose de sacrément gonflé, peut-être un peu décevant dans ce geste.

À la fois d’un point de vue formel et dans ses thématiques, Ad astra fait penser à de nombreux imaginaires, auxquelles on imagine que James Gray fait explicitement référence. Les films qui se déroulent dans l’espace viennent immédiatement à l’esprit quand on regarde certaines scènes du film. On pense forcément à un moment ou à un autre à des visiteurs interstellaires, qu’ils soient considérés de façon inconnue mais potentiellement bienveillante comme dans Rencontre du troisième type ou bien clairement inquiétante comme dans Alien. On retrouve la mythologie du voyageur qui part dans une mission vers l’inconnu (2001, l’odyssée de l’espace) ou qui s’apprête à mener une opération destructrice avec une figure mystico-paternelle (Apocalypse now). En fait, tous ces éléments semblent tellement fléchés qu’ils pourraient être étouffants, mais James Gray parvient tout de même à s’en affranchir et à offrir sa propre vision.

 

Reste que l’on ne retrouve pas dans Ad astra la force émotionnelle qui faisait dans beaucoup de ses films la patte de James Gray. Le film est assez froid, à l’image de son personnage principal qui est obligé de réfréner ses émotions à force de devoir valider des tests psychologiques au risque de ne pas pouvoir embarquer dans sa navette. La seule personne qui semble déclencher chez lui la corde sensible est son père, mais la relation entre les deux personnages n’est pas très bien fouillée, malgré une tentative un peu maladroite en fin de film. On reste donc sur notre faim, tant au niveau émotionnel qu’au niveau théorique, le discours n’étant pas non plus très poussé. L’ensemble se tient toutefois assez bien, de la direction d’acteurs à la photographie en passant par un beau thème musical. Sans atteindre les niveaux de ses aînés, ni la puissance de certaines de ses œuvres antérieurs, James Gray n’a donc, bon an mal an, pas à rougir de cette proposition artistique.

Ma note : ***

Ad astra (2019) James Gray
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page