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Chambre 212 (2019) Christophe Honoré

par Neil 5 Octobre 2019, 02:43 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 9 octobre 2019
Durée : 1h27
Genre : questionnements affectifs
Scénario : Christophe Honoré
Image : Rémy Chevrin
Avec Chiara Mastroianni (Maria Mortemart), Benjamin Biolay (Richard Warrimer), Camille Cottin (Irène Haffner), Vincent Lacoste  (Richard Warrimer 25 ans), Carole Bouquet (Irène Haffner 60 ans), Harrison Arevalo (Asdrubal Electorat)...

Résumé : Après 20 ans de mariage, Maria décide de quitter le domicile conjugal. Une nuit, elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari, son mariage. Elle se demande si elle a pris la bonne décision. Bien des personnages de sa vie ont une idée sur la question, et ils comptent le lui faire savoir.


Mon avisComédie nostalgique d'une nuit d'hiver

Est-ce l'âge (il va bientôt avoir 50 ans), le fait est que Christophe Honoré s'inspire de plus en plus, de près ou de loin, de ses propres expériences et de ses inspirations, même si cet aspect là est une constante dans son œuvre. Sa pièce Les idoles a fait intervenir plusieurs de ses écrivains fétiches sur une scène de théâtre tandis que Plaire, aimer et courir vite retraçait sous la forme fictionnelle les premiers pas parisiens d'un jeune breton à qui il a pu ressembler. Dans Chambre 212, c'est plutôt le versant réflexif de ses expériences supposées qui est mis en scène : l'auteur s’interroge sur ses histoires d'amour, et sur ce que sa vie aurait pu être si il avait fait un autre choix. Cette introspection s'établit via le corps d'une femme, et pas des moindres puisqu'il s'agit de la divine Chiara Mastroianni. Honoré l'a déjà dirigée plusieurs fois depuis Les chansons d'amour, à tel point que l'on pourrait croire qu'il la verrait volontiers comme un double féminin de lui-même.

Cachée derrière un rideau, Maria s'impatiente. Elle se voit obligée d'entendre les minauderie d'une jeune pimbêche que son amant, Asdrubal  Electorat, ne parvient ps à mettre à la porte. Elle finit par se dévoiler et met fin à cette mascarade, tout comme à la relation qu'elle entretient depuis quelques mois avec cet étudiant à qui elle donne des cours de droit. Quittant le Crous de Paris, elle rentre à pied chez elle, n'hésitant pas à se retourner dès qu'elle croise un jeune et joli garçon. Arrivée à la maison, elle file sous la douche et c'est à ce moment que son mari Richard rentre du travail. Lançant une machine, il vide les poches de son épouse et y retire son téléphone, qui vibre à ce moment là. Elle a reçu plusieurs messages explicites de la part d'Asdrubal, que Richard ne peut s'empêcher de consulter. Gêné, il se demande comment réagir et finit par demander à Maria ce qu'il en est. Celle-ci ne tourne pas autour du pot : elle le trompe.

Une fois de plus avec Christophe Honoré, Chambre 212 regorge de jeunes hommes délicieusement craquants. Une séquence du film les met d'ailleurs tous en scène, entourant Chiara Mastroianni, l'empêchant quasiment de faire un pas. Sans compter le corps, et surtout les fesses de Vincent Lacoste, déjà moult fois filmées dans Plaire, aimer et courir vite, et que l'on ne se lasse pas de contempler. Car Honoré est un metteur en scène qui aime s'entourer d'actrices et d'acteurs qu'il retrouve de film en film. De Louis Garrel à  Chiara Mastroianni, en passant par Grégoire Leprince-Ringuet ou bien Ludivine Sagnier. Des comédiennes et des comédiens qu'il n'hésite pas à employer au théâtre, vivier dans lequel il puise régulièrement, mélangeant les genres ainsi de façon tout à fait fluide. C'est pourquoi parfois les situations et les dialogues de ses films peuvent paraître empruntés, ce qui lui réussit de temps en temps, comme ici en l’occurrence,

Les inspirations de Chambre 212 sont nombreuses, on pense à Woody Allen ou à Ingmar Bergman, voire même à Alain Resnais. Le influences de ce dernier se traduisent par l'utilisation de la fiction, tordue et mise en abîme. Christophe Honoré part du postulat : « Et si... », que l'iconoclaste de la Nouvelle vague prenait pour base de Smoking / No smoking. Ici cela prend la forme de fantômes du passé qui viennent hanter le personnage principal du film. À la croisée des chemins, celle-ci se demande si elle  fait le bon choix en épousant son mari Richard, et plusieurs figures de son enfance (sa mère, superbement incarnée par Marie-Christine Adam) ou de celle de Richard, en l’occurrence son ancienne professeure de piano, qui fut son premier amour et qui se remet du coup elle aussi en question. Ce qui nous donne l'occasion de revoir dans une scène magnifique l'excellente Carole Bouquet, qui livre une belle prestation, sobre et émouvante.

Ainsi Chambre 212 ouvre des portes sur l'imaginaire en proposant aux personnages, et au spectateur, une relecture de ce leur propre vie. Ce dispositif est doublé par le choix des actrices et des acteurs. En prenant dans les rôles principaux Chiara Mastroianni et Benjamin Biolay, Christophe Honoré sait bien qu'il convoque ainsi leur passé personnel et non moins médiatique, leur mariage et leur divorce ayant fait jaser durant les années 2000. Ils s'en sortent haut la main, en particulier la première que l'on retrouve avec un grand plaisir au devant de la scène. Ainsi, alors que l'on pourrait craindre le dispositif théorique, on se laisse assez facilement emmener par les digressions mentales de ces deux êtres un peu paumés. Et si le film est parfois grévé par quelques ralentissement, le simple visionnage du début suffit à nous emporter, avec ce très joli portrait, simple et sans artifice, d'une femme libre et heureuse qui déambule dans Paris, avec en fond sonore l'excellent Désormais de Charles Aznavour.

Ma note : ***

Chambre 212 (2019) Christophe Honoré
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