Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La bonne réputation (2019) Alejandra Márquez Abella

par Neil 16 Octobre 2019, 02:46 2010's

Fiche technique
Film mexicain
Date de sortie : 16 octobre 2019
Titre original : Las niñas bien

Durée : 1h33
Genre : déchéance sociale
Scénario : Alejandra Márquez Abella, d’après l’œuvre de Guadalupe Loaeza
Image : Dariela Ludlow
Musique : Tomás Barreiro
Avec Ilse Salas (Sofia de Garay), Cassandra Ciangherotti (Alejandra), Flavio Medina (Fernando), Paulina Gaitán (Ana Paula), Johanna Murillo (Inés), Pablo Chemor (Daniel)…

Résumé : Sofia, en bonne place dans la haute bourgeoisie locale en ce début des années 1980, mène une vie de luxe et d’oisiveté grâce à la rente de la société de son mari, lui-même héritier. Lorsque la crise économique frappe le pays, les affaires périclitent brutalement, et emportent avec elles l’univers d’apparat déconnecté des réalités de Sofia. Face à cette chute irrémédiable, elle fera tout pour sauver les apparences…

Mon avis : Desperate housewife

La réalisatrice mexicaine Alejandra Márquez Abella est citée par l’influent magazine américain Variety parmi les « 10 réalisateurs et réalisatrices à suivre » en 2019. Tandis que son premier film est encore inédit en France, elle signe avec La bonne réputation l’adaptation d’un recueil de chroniques mondaines tout aussi inédit en langue française. Elle choisit l’une des protagonistes de ces histoires, une riche rentière mexicaine du début des années 1980. C’est une période charnière de l’histoire du pays, en particulier sur le plan économique. Depuis la fin des années 1970, les gouvernements successifs dévaluent le peso, tandis que la corruption gagne les plus hautes sphères du pouvoir et que la fuite des capitaux s’accélère. Le président de l’époque, José López Portillo, décide alors de nationaliser les banques et de nombreuses entreprises sont contraintes de faire faillite, tandis que les dettes nationale et individuelles enflent.

Durant les préparatifs de sa fête d’anniversaire, Sofia fait l’inventaire de l’ensemble des points essentiels pour la réussite de la soirée. Puis son esprit divague et elle fantasme que Julio Iglesias soit son invité spécial. Elle navigue bientôt entre ses invités, jouant le rôle de la parfaite hôtesse en l’absence de son mari. Celui-ci débarque, euphorique, en plein milieu de l’événement et lui montre son cadeau d’anniversaire, une voiture toute neuve. Ravis, ils s’isolent bientôt dans l’engin pour faire l’amour. De leur côté, certains des invités s’échauffent un peu, en particulier Inés qui voit son mari boire de plus en plus et s’en agace. Sofia demande alors à sa meilleure amie Alejandra ce qui lui arrive, apparemment tout ne se passe pas si bien dans leur couple. Alejandra demande alors à Sofia si elle peut l’accompagner prochainement voir Ana Paula, une de ses nouvelles amies qui a épousé un nouveau riche et qu’elles trouvent trop vulgaire à leur goût.

Les personnages représentés dans La bonne réputation ne sont, foncièrement, pas aimables. Ils ont, aux dires d’une majorité de mexicains, une responsabilité non négligeable dans la crise qui a secoué le pays durant les années 1980. Habitués à un certain niveau de vie, construit sur la croissance générée durant les Trente Glorieuses, en particulier par la manne pétrolière du pays, de nombreux rentiers et de nombreuses rentières ont longtemps vécu sur des apparences, dépensant sans compter et vouant un culte aux signes extérieurs de richesse. Cette haute bourgeoisie se voit ainsi menacée, et c’est très subtilement montré dans le film, par l’arrivée de nouveaux riches qui n’ont pas leurs codes sociaux. Les unes et les uns vont tout faire pour se lier d’amitié avec eux, voyant très bien qu’à l’avenir on ne pourra pas compter sans eux, tandis que les autres, telle l’héroïne du film, les méprisent et font tout pour éviter le plus possible de les croiser.

Le problème c’est que Sofia va progressivement se rendre compte qu’elle a besoin de l’amitié d’Ana Paula. L’entreprise de son héritier de mari fait faillite et il ne parvient pas à redresser la barre. Trop orgueilleux, ils voient leur monde se dérober sous leurs pieds. Et la mise en scène de La bonne réputation parvient parfaitement à mettre en image cette déchéance, qui arrive par petite touche. Les gros plans suggèrent les obsessions de Sofia, son attention excessive aux détails et à l’apparence, tandis que les plans fixes la représentent dans tout l’apparat qu’elle tente de conserver alors que le monde qui l’entoure n’est pas dupe et voit bien sa chute. C’est là que les unes et les autres la lâchent, et le montage alterné qui mélange les temporalités rend parfaitement compte du trouble de l’héroïne et de la perte de maîtrise qu’elle subit. Alejandra Márquez Abella en a d’ailleurs conscience, se considérant comme une formaliste, mais ça ajoute un cachet non négligeable à son film.

Pour incarner une telle figure, La bonne réputation peut compter sur l’interprétation hors pair d’Ilse Salas. Les membres du jury de l’académie mexicaine du cinéma ne s’y sont pas trompés, lui attribuant le prix de la Meilleure actrice lors de la cérémonie équivalente des Césars. Elle parvient à susciter de l’empathie pour un personnage assez peu attirant sur le papier, et donne de l’épaisseur à ce rôle de femme au foyer oisive qui tente de sauver les apparences. À ses côtés, tout une bande homogène d’acteurs, et surtout d’actrices, lui donnent la réplique. On peut citer Johanna Murillo et Paulina Gaitán, elles aussi mexicaines pur jus, qui parviennent à éclipser leurs maris de fiction, absents de ce gynécée assez jouissif. Le caractère poussé des situations, pourtant basées sur des faits historiques terriblement réels, nous fait largement sourire, tandis que la fin du film, assez glaçante, nous fait bien réflechir. Voilà donc une belle réussite qui laisse présager de belles choses pour la suite.


Ma note : ***

La bonne réputation (2019) Alejandra Márquez Abella
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page