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Gloria Mundi (2019) Robert Guédiguian

par Neil 26 Novembre 2019, 03:52 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 27 novembre 2019
Durée : 1h47

Genre : prolétaires marseillais
Scénario : Serge Valletti
Image : Pierre Milon
Musique : Michel Petrossian
Avec Ariane Ascaride (Sylvie), Jean-Pierre Darroussin (Richard), Anaïs Demoustier (Mathilda), Gérard Meylan (Daniel), Lola Naymark (Aurore), Robinson Stévenin (Nicolas), Angelica Sarre (La doctoresse), Grégoire Leprince-Ringuet (Bruno)…

Résumé : Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout.

Mon avis : Toute la douleur du monde

Vingtième-et-unième film de Robert Guédiguian, Gloria Mundi s’inscrit dans une continuité assez louable. Fils d’ouvrier marseillais, il n’aura de cesse de peindre ces « pauvres gens », comme il les nomme, et cette ville, que l’on ne voit pas si souvent dans le cinéma français. Cette fidélité se retrouve au casting de ses films, où l’on retrouve quasiment systématiquement le trio de choc constitué de son épouse Ariane Ascaride, de son ami Gérard Meylan, qui n’apparaît que très peu dans les films des autres réalisateurs, et Jean-Pierre Darroussin. Depuis quelques années, certaines figures de la jeune garde du cinéma français y apparaissent régulièrement, tels Anaïs Demoustier et Grégoire Leprince-Ringuet. Les films de Guédiguian sont régulièrement sélectionnés dans les festivals, tel Gloria Mundi à la Mostra de Venise, où Ariane Ascaride a décroché la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine.

Dans une maternité marseillaise, Mathida donne naissance à Gloria. Après que les infirmières l’ont lavée, les proches de la maman s’affairent autour du bébé. Outre Mathilda et son mari Nicolas, on retrouve la grand-mère Sylvie, qui fait le ménage dans une entreprise de nettoyage industriel, et s’est remariée avec Richard, conducteur de bus. La seconde fille de Sylvie, Aurore, est aussi présente avec son époux Bruno. Ils gèrent tous les deux une boutique d'achat et vente de produits d'occasion qui marche assez bien. En rentrant à la maison, Richard propose à Sylvie de contacter Daniel, le père de Mathilda. Celui-ci est incarcéré à la prison de Rennes, d’où il va bientôt sortir, ayant purgé sa peine. Bientôt les deux jeunes parents vont se remettre sur le chemin du travail, l’une dans une boutique de vêtements, l’autre entamant sa licence de chauffeur VTC. Sur le chemin il dépose Gloria chez sa nounou.

Le titre complet de Gloria Mundi, qui se traduit par « Ainsi passe la gloire du monde », est peut-être une façon pour Robert Guédiguian d’inscrire les personnages de son film dans leur humanité. On peut y voir une forme d’absolution pour certaines et certains, dépeints assez durement par le réalisateur. Dans un film où l’humour et l’espoir sont assez peu présents, la noirceur apparaît et l’on ressent un constat d’échec dans une société matérialiste où l’ancienne génération se démarque de la nouvelle. Le metteur en scène marseillais scrute une fois de plus la classe prolétaire, mais ici plus aucune entraide n’est possible. D’un côté, les pauvres exploitent les pauvres, tels ces petits commerçants qui n’ont aucun scrupule à maltraiter leurs clients. De l’autre l’usure de la vie et les conditions matérielles de plus en plus dégradées découragent certains travailleurs, qui ne peuvent plus s’inscrire dans des luttes syndicales.

Et Robert Guédiguian d’observer cet état de fait avec un œil acéré et une mise en scène tirée au cordeau. La mise en place de Gloria Mundi est en cela exemplaire. La première scène est assez magnifique, où l’on se retrouve plongé dans une salle d’accouchement, assistant, aux premières loges, aux premiers instants de vie de la petite Gloria. Puis en quelques brèves scènes les personnages principaux de l’histoire sont campés, dans leur lieu de travail tout comme dans leur intimité. Puis le scénario se déploie de façon très naturelle et intelligente. Les péripéties s’enchaînent, et l’on sent la tension monter petit à petit jusqu’au climax, issue fatale de la tragédie en cours. C’est là où Guédiguian pèche un peu par orgueil, mettant en avant de façon trop artificiel un dénouement que l’on voit venir. Une scène de trop accompagnée par des ralentis appuyés gâchent un peu une fin qui aurait très bien pu s’en passer.

Reste une qualité assez impressionnante, tant au niveau de la mise en scène que de l’interprétation des actrices et des acteurs. Il est difficile d’isoler unetelle ou untel tant l’esprit de troupe se ressent, et tant on n’a rien à reprocher au casting dans son ensemble. Ainsi on peut considérer comme légitime le prix attribué à Ariane Ascaride, dont la finesse et la justesse du jeu force l’admiration. Mais à ses côtés, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan ne déméritent absolument pas. Et les jeunes, qui n’ont pas des rôles faciles, s’en sortent très bien, loin de faire pâle figure. On retient aussi de Gloria Mundi des images de Marseille, magnifiée une fois de plus par la caméra de Robert Guédiguian. Il prend un soin tout particulier à inclure des images diverses de la ville, chaque plan regorgeant de détails faisant écho au quotidien et aux préoccupations des personnages du film.

Ma note : ***

Gloria Mundi (2019) Robert Guédiguian
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commentaires

dasola 28/11/2019 19:01

Bonsoir Neil, j'ai trouvé ce film très noir. Le couple Leprince-Ringuet/Naymark est épouvantable dans leur cynisme. Heureusement qu'il y a Gloria. Bonne soirée.

Neil 29/11/2019 11:47

Bonjour Dasola, Le film est étonnamment noir en effet. La fin m'a un peu déçu mais le reste est tout de même assez brillant. Bonne journée.

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