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Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part (2019) Arnaud Viard

par Neil 21 Janvier 2020, 03:26 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 22 janvier 2020
Durée : 1h29
Genre : chronique familiale

Scénario : Vincent Dietschy, Emmanuel Courcol et Thomas Lilti, d’après l’œuvre d’Anna Gavalda
Image : Emmanuel Soyer
Musique : Clément Ducol
Avec Jean-Paul Rouve (Jean-Pierre), Alice Taglioni (Juliette), Benjamin Lavernhe (Mathieu), Camille Rowe (Margaux), Christophe Paou (Thierry), Elsa Zylberstein (Héléna)…

Résumé : Dans la belle maison familiale, à la fin de l’été, Aurore fête ses 70 ans, entourée de ses 4 enfants, tous venus pour l’occasion. Il y a là Jean-Pierre, l’aîné, qui a endossé le rôle de chef de famille après la mort de son père ; Juliette, enceinte de son premier enfant à 40 ans et qui rêve encore de devenir écrivain ; Margaux, l’artiste radicale de la famille, et Mathieu, 30 ans, angoissé de séduire la jolie Sarah. Plus tard, un jour, l’un d’eux va prendre une décision qui changera leur vie…

Mon avis : ne pas choisir, est-ce encore choisir ?

En lisant le premier recueil de nouvelles d’Anna Gavalda, le réalisateur Arnaud Viard se dit qu’il serait intéressant de l’adapter pour le cinéma. Mais la concrétisation de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part prendra vingt ans. Pourtant le premier ouvrage de l’auteure a eu d'emblée un succès en librairie et à l’étranger, propulsant celle-ci au rang de personnalité du monde littéraire. Les producteurs du film ayant préempté les droits d’adaptation du roman, il reste disponible quand finalement, après plusieurs péripéties, et surtout l’accord de Jean-Paul Rouve, le projet finit par se réaliser. Entre temps, Arnaud Viard aura sorti deux films, et poursuivi une carrière d’acteur, surtout à la télévision. Quant à Anna Gavalda, elle aura vu plusieurs de ses romans adaptés au cinéma, Ensemble c’est tout par Claude Berri puis Je l’aimais par Zabou Breitman. L’enjeu scénaristique en l’occurrence était surtout de mettre en cohérence plusieurs nouvelles, qui n’avaient pas forcément de lien entre elles.

Pour son anniversaire, Aurore reçoit ses quatre enfants dans sa maison bourguignonne. L’aîné, Jean-Pierre, l’aide à mettre son pendentif et ils rejoignent les autres dans le jardin pour le déjeuner de famille. Au moment où Aurore souffle ses bougies, sa fille Juliette glisse à l’oreille de son mari qu’elle est enceinte. Un peu plus tard, Jean-Pierre surprend les deux cadets, Mathieu et Margaux, en train de fumer un joint en bavardant. Margaux lui demande s’il peut lui prêter de l’argent : photographe, elle a un peu de mal à joindre les deux bouts, alors que son frère, commercial dans une entreprise de champagne, a une stabilité financière plus solide. Chacun reprend bientôt son quotidien, Juliette dans son lycée où elle donne des cours de français, Mathieu dans son entreprise où il est tombé amoureux d’une collègue mais n’ose pas le lui avouer. Quant à Jean-Pierre, il reçoit un coup de téléphone de son amour de jeunesse, dont il n’avait pas de nouvelle depuis longtemps.

Le scénario de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part souffre d’un sérieux manque d’équilibre. Le ton adopté durant la seconde moitié du film dénote complètement avec celui du début, ce qui rend l’ensemble un peu incohérent. Alors que dans la première partie on suit avec une certaine mollesse, mais sans déplaisir, les péripéties des membres de cette gentille petite famille, un événement surgit qui rompt le charme du récit. Les trajectoires des personnages s’en trouvent bouleversées et on a l’impression qu’à partir de ce moment le réalisateur ne sait plus quoi faire, quoi raconter. C’est un peu l’effet « climax », que l’on n’attend pas et dont la force emporte tout sur son passage. Le reste paraît alors mièvre, d’autant plus qu’une avalanche de bons sentiments accompagne chacune des scènes, rendant la fin du film un peu indigeste. Une morale faite de poncifs parachève une œuvre dont le début ne laissait pourtant rien présager.

Le déséquilibre de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part vient en grande partie de ses personnages, assez mal dessinés. Les seconds rôles sont en particulier inexistants, ce qui est dommageable pour un film choral, où chacune et chacun devrait avoir à jouer sa partition. C’est à se demander, par exemple, ce que font dans l’histoire Aurore Clément ou Christophe Paou, dont les talents ne sont pas exploités. Mis à part le rôle de faire-valoir pour les frères et sœurs de l’histoire, ils n’existent pas vraiment. Même les personnages principaux semblent chacun sur leur trajectoire et ont du mal à interagir. Est-ce dû au fait que le matériau d’origine est constitué de plusieurs nouvelles, le liant a du mal à se créer dans cette famille où chacun a ses propres problèmes. C’est d’ailleurs intéressant puisque c’est une des thématiques principales des romans d’Anna Gavalda, qui interroge le lien social dans nos sociétés individualisées.

La mise en scène un peu à plat de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part laisse alors le champ libre à ses actrices et à ses acteurs principaux, qui ont semble-t-il pris à bras le corps leurs personnages respectifs. On retrouve ainsi un Jean-Paul Rouve tout en délicatesse, qui montre encore une fois que sa palette dramatique est aussi complète que son talent comique. À ses côtés, le reste du casting a tout de même un peu de mal à exister. Si Benjamin Lavernhe livre une prestation assez subtile malgré un rôle assez peu crédible car trop chargé, les deux actrices qui les accompagnent n’ont pas beaucoup d’étoffe. C’est dommage car certaines scènes du film sont belles, à commencer par cet oral du baccalauréat de français, traité avec beaucoup de délicatesse. C’est un peu le problème de ce long-métrage qui n'arrive jamais à choisir, hésitant sans cesse entre la pudeur des sentiments et un trop plein d’émotions, dont il ne sait pas vraiment quoi faire.

Ma note : *

Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part (2019) Arnaud Viard
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