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Knives and skin (2019) Jennifer Reeder

par Neil 16 Novembre 2019, 03:29 2010's

Fiche technique
Film américain
Date de sortie : 20 novembre 2019
Durée : 1h52

Genre : fille recherchée
Scénario : Jennifer Reeder
Image : Christophe Rejano
Musique : Nick Zinner
Avec Kate Arrington (Renee Darlington), Tim Hopper (Dan Kitzmiller), Marika Engelhardt (Lisa Harper), Ty Olwin (Andy Kitzmiller), Audrey Francis (Lynn Kitzmiller), James Vincent Meredith (Doug Darlington) …

Résumé : Suite à un rendez-vous nocturne, Carolyn Harper ne réapparaît pas chez elle dans sa petite ville bien tranquille de l’Illinois. Sa mère, qui dirige la chorale du lycée, est dévastée. Mais ses appels à l’aide ne sont entendus que par trois adolescentes et leurs familles, touchées par l’indifférence de la communauté – comme si cette jeune fille n’avait jamais compté. Une solidarité nouvelle va naître entre elles et les aider à surmonter le malaise que cette disparition révèle.

Mon avis : Une jeune fille disparaît

Deuxième long-métrage de sa réalisatrice, Knives and skin a été sélectionné dans la sélection Génération de la Berlinale, puis au Tribeca Film Festival, au Festival du film américain de Deauville, à l’Étrange Festival, au Festival européen du film fantastique de Strasbourg et sera présenté samedi soir en séance spéciale au Festival Chéries Chéris. Voilà qui ne doit pas être déplaisant pour Jennifer Reeder, dont le premier film, Signature Move, l’histoire d’une pakistanaise lesbienne et musulmane vivant à Chicago (sur le papier c’est à peine chargé), n’était sorti qu’aux États-Unis. Cette réalisatrice a plutôt une formation artistique et a commencé sa carrière, de façon traditionnelle, avec de nombreux courts-métrages qui ont fait eux aussi le tour de divers festivals. Notons qu’elle développe un propos féministe, les principales protagonistes étant ici des jeunes filles et leurs mères, campées par des actrices qu’on ne voit pas souvent au cinéma.

Lisa Harper rentre dans la chambre de sa fille Carolyn, la trouve vide et étreint une robe pailletée accrochée à un portant. Pendant ce temps la jeune fille, avec sa tenue de fanfare du lycée, embrasse un garçon dans une voiture avant de le repousser. Il la frappe et l’abandonne, sans ses lunettes, sur le bord de la route. Ses amies la cherchent tandis que Lisa appelle leurs mères pour savoir si elles ont des nouvelles. Le jeune homme qui était avec Carolyn la veille, frère d'une de ses amies, a une écorchure sur le front. Au lycée les cours reprennent avec un remplaçant tandis que la jeune fille est toujours portée disparue. Tandis que les élèves chantent dans la chorale, dirigée par Mme Harper, celle-ci fond en larmes ce qui perturbe tout le monde. Les adolescents se demandent ce qui est arrivé à Carolyn tandis que son chapeau est retrouvé par un policier, qui en le rendant fouille sa chambre et pose des questions à sa mère.

La thématique principale de Knives and skin n’a absolument rien d’original. On a vu souvent ces adolescents dans américains dans leurs campus, autant au cinéma que dans des séries. Parmi les nombreuses références qui jalonnent le genre, on pense à 13 reasons why, parce que c’est une des références les plus récentes et parce qu’elle traite elle aussi de l’absence d’une jeune fille. Dans la série, Hannah Baker s’était donnée la mort et ce geste hantera les survivants, qu’elle n’hésitait pas à pointer du doigt comme responsables de son geste. Ici le mystère reste entier, tout du moins pour les protagonistes, mais l’on retrouve en commun les thématiques féministes ainsi que la construction en puzzle de l’intrigue. Dans une époque post me too, la parole des femmes prend de l’ampleur et réinterroge les codes genrés,et l’on peut voir cette structure en kaléidoscope comme une conséquence de ces changements qui perturbent les personnages, en particulier masculins.

Une autre référence visiblement affichée de Knives and skin semble clairement être Twin Peaks. C’est forcément la série qui vient aux esprits, quand on pense à une enquête sur une fille disparue. Mais le parallèle ne s’arrête pas là, puisque le film possède en commun avec les univers lynchiens une atmosphère étrange et mystérieuse, où le spectateur n’est pas toujours à l’aise. Cet inconfort tient à une ambiance sombre, qui du côté du film de Jennifer Reeder s’articule plutôt autour d’une esthétique gothique plutôt inattendue. Tout aussi troublants sont les comportements des adultes, qui s’ils n’étaient pas traités dans la distanciation seraient presque aussi perturbants que les agissements d’un Killer Bob. Le côté « petite ville de province », en l’occurrence ici dans le fin fond de l’Illinois, renforce la comparaison, tout comme la mise en scène, où la multiplication des gros plans et la saturation des couleurs vives renforcent le caractère baroque du film.

La troisième patte de Knives and skin, qui est d’ailleurs assumée par sa réalisatrice, est Todd Solondz. Les familles présentées ici sont complètement déstructurées, les adolescents sont paumés et les parents dysfonctionnels dans cette Amérique des laissés pour compte. On ressent une certaine détresse dans ces personnages marginaux, qui ne savent pas vivre ni aimer, et qui du coup nous apparaissent touchants. Il y a de la sensibilité, de la délicatesse dans cette approche de figures qu’on ne trouve pas partout et qui agissent de façon maladroite, confuse. Au final, toutes ces références affichées n’écrasent pas le long-métrage, qui parvient à renouveler le genre du film d’adolescents et se démarque assez bien de ses figures tutélaires. Jennifer Reeder nous offre une œuvre énigmatique, portée par un solide casting où l’on retient les performances étonnantes d’Audrey Francis et de Marika Engelhardt.


Ma note : ****

Knives and skin (2019) Jennifer Reeder
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commentaires

Brooke 18/11/2019 21:10

Salut Neil. Merci pour ce synopsis, ainsi que ton avis. J’apprécie quand les réflexions sont si complètes sans pour autant raconter le film en entier. Knives and skin semble être un long-métrage qui vaut le détour… Je vais le visionner ce week-end. :)

Neil 22/11/2019 12:07

Bonjour Brooke, merci pour ton retour. Le film est tout à fait recommandable :)

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