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Le naufrage des civilisations (2019) Amin Maalouf

par Sébastien 3 Novembre 2019, 03:26 Bouquins

Fiche technique
Essai français
Date de parution : 13 mars 2019
Genre : discussion géopolitique
336 pages
Édité chez Grasset

4e de couverture : L’Amérique, bien qu’elle demeure l’unique superpuissance, est en train de perdre toute crédibilité morale. L’Europe, qui offrait à ses peuples comme au reste de l’humanité le projet le plus ambitieux et le plus réconfortant de notre époque, est en train de se disloquer. Le monde arabo-musulman est enfoncé dans une crise profonde qui plonge ses populations dans le désespoir, et qui a des répercussions calamiteuses sur l’ensemble de la planète. De grandes nations «  émergentes  » ou «  renaissantes  », telles la Chine, l’Inde ou la Russie, font irruption sur la scène mondiale dans une atmosphère délétère où règne le chacun-pour-soi et la loi du plus fort.


Mon avis : La plume et la pensée sont sur un bateau

Le naufrage des civilisations est un essai écrit par Amin Maalouf, de l’Académie Française. On ne présente plus l’auteur du Rocher de Tanios, récipiendaire du Prix Goncourt en 1993, de Léon l’Africain, des Désorientés. Il a également écrit quelques ouvrages à vocation historique comme Origines, Les Croisades vues par les Arabes. Enfin Le naufrage des civilisation  son dernier essai, a reçu le Prix aujourd'hui ainsi que le Prix spécial du jury du Prix du livre de géopolitique. Avant lui il y eut l’intéressant Les identités Meurtrières ou Le dérèglement du monde.

Cet essai débute sur une note personnelle qui marque le ton de l’ouvrage : « Je suis né en bonne santé dans les bras d’une civilisation mourante, et tout au long de mon existence, j’ai eu le sentiment de survivre, sans mérite ni culpabilité, quand tant de chose autour de moi tombaient en ruine » La tonalité est donnée. Dans les première pages l’auteur parle de ses origines et de sa perception du monde. Il évoque un idéal de pensée d’un monde que nous connaissons que trop peu ici en Europe. Un monde autre où il y eut les phénicien et les premiers chrétiens, et où à en croire l’auteur « les lumières du Levant, se sont éteintes ».

Dans Le naufrage des civilisations, Amin Maalouf nous livre ses pensées, ses analyses et ses visions des choses. On y retrouve son écriture brillante, saisissante. Il y a sa capacité d’évocation, extra ordinaire, à donner au lecteur à entendre des atmosphères et des cris de guerre dans le silence des pages. L’on arrive à voir dans le noir et blanc de l’encre de l’imprimerie les lumières du Levant qui se seraient éteintes. En somme la grandeur du littéraire est là, celle du levantin polyglotte où l’on se salue en trois langue au quotidien « Hi Kifac ça va ? », comme une trace encore bien vivante des modalités post-coloniales de la région.

Les première pages du Naufrage des civilisations, ou plutôt l’ensemble de ses pages sont en contradiction même avec le genre proposé. Il devrait plutôt s’agir d’un récit, éventuellement d’une biographie… mais de là à lui consacrer le terme d’Essai… c’est-à-dire un ouvrage comportant une méthodologie, et une vision exhaustive de son sujet. Le fait est qu’il n’y a aucune méthodologie, ni aucune vision exhaustive. On voudrait se réjouir qu’après Edward Saïd, un auteur libanais nous présente une voie de l’intérieure pour comprendre cet univers si particulier. Oui mais voilà tout est résumé par la note de l’éditeur en quatrième de couverture. Injonctive et paradoxale : «  il faut prêter attention aux analyses d’Amin Maalouf : ses intuitions se révèlent des prédictions (…). »

D’analyse il n’y en a pas dans Le naufrage des civilisations. Pas plus que de définition. À la manière d’un Samuel Huntington ou d’un Francis Fukuyama, annonçant la fin de l’histoire et le dernier homme, ou l’idée selon laquelle des civilisations pourraient entrer en collision, Amin Maalouf nous propose l’intuition d’un naufrage civilisationnel. Oui mais voilà de définition d’une civilisation il n’y a pas plus dans ses pages,  qu’il n’y a d’autres sources que sa mémoire ou sa lecture du Monde. Il recoupe des faits, propose des théories séduisantes ou effrayantes pour lire un Monde avec un brin d’anachronisme et de facilités intellectuelle. Norbert Elias nous l’apprend il n’y a de Civilisation que dans la dynamique d’un processus. Et il n’y a de dynamique que dans la mesure où il y a des hommes pour les dire. Sigmund Freud de son côté à montré quelles sont les modalités de ce malaise dans ce processus de civilisation.

Il ne s’agit pas tant d’avoir tort ou raison, querelle plus mystique que scientifique, que de comprendre un univers complexe. Peut-être qu’Amin Maalouf a finit par donner raison à Pierre Bourdieu en intégrant par trop les modalités de pensée de l’ancien colon. Loin de l’ouvrage de George Corm, sans cesse réédité, Le proche Orient éclaté, qui nous invite à la rigueur dès son introduction portant comme titre « Les fantasmes de la mémoire et de la perception », Le naufrage des civilisations, superbe récit « colapsologue » est un magnifique fantasme mémoriel à ne surtout pas placer sur l’étagère des nostalgiques du « c’était mieux avant » par respect pour Tanios.

Ma note : *

Le naufrage des civilisations (2019) Amin Maalouf
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