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Après la nuit (2019) Marius Olteanu

par Neil 14 Décembre 2019, 03:04 2010's

Fiche technique
Film roumain
Titre original : Monstri
Date de sortie : 18 décembre 2019
Durée : 1h56
Genre : crise conjugale
Scénario : Marius Olteanu
Image : Luchian Ciobanu
Avec Judith State (Dana), Cristian Popa (Arthur), Dorina Lazar (Mamaie), Alexandru Potocean (le chauffeur de taxi), Alina Berzunteanu (Anca Popescu), Serban Pavlu (Alex)...

Résumé : Dana et Arthur, la quarantaine, sont mariés depuis près de dix ans. Mais quelque chose s’est fissuré, à cause de leurs besoins, de leurs croyances, de ce que la vie leur offre, de leurs démons intimes. Un jour, ils devront décider si laisser partir l’autre n’est finalement pas la plus grande des preuves d’amour.

Mon avisShould I stay or should I go

Présenté dans la section Forum du festival de Berlin, le premier film du réalisateur roumain Marius Olteanu Après la nuit, a par la suite été sélectionné à Chéries-Chéris. Le titre français du film ne fait pas vraiment écho à son titre original, Monstri, classiquement traduit en Monsters pour les ventes internationales. C'est d'ailleurs le nom de la troisième partie du film, après les deux premières qui avaient pour titre le prénom de chacune et chacun de ses protagonistes, soit respectivement l'épouse Dana et son mari Arthur. Pour creuser la signification de ces « monstres » qui nous sont clairement pointés du doigt, il nous suffit de nous reporter à la définition du mot, soit «  un individu ou une créature dont l'apparence, voire le comportement, surprend par son écart avec les normes d'une société ». La symbolique est ici annoncée dès le départ, le metteur en scène souhaite, sur le papier, interroger les normes qui régissent la société roumaine contemporaine.

Dana pleure dans les toilettes d'une gare. En sortant, elle entre dans un taxi et lui demande de la conduire à une adresse. Il lui répond qu'elle aurait dû la lui donner avant d'entrer, et qu'il refuse la course. Elle sort de la voiture, fait quelques pas puis se retourne et revient demander la même chose, de l'extérieur, au chauffeur, qui cette fois accepte de la conduire. Sur le chemin, Dana reçoit des messages tandis que soudainement la voiture frôle l’accident avec une conductrice. Le chauffeur descend et engueule la femme, ivre, qui est descendue chercher son bijou en plein milieu de la chaussée. Il lui confisque ses clés de voiture, ce que Dana ne trouve pas très correct. Le conducteur lui propose une cigarette mais elle refuse, ayant arrêté de fumer. Elle lui demande s'il serait possible de finalement changer de trajectoire et lui donne une autre adresse. Arrivés sur place, Dana souhaite que le chauffeur l'attende quelques minutes.

Ce qui frappe le regard dès les premières minutes d'Après la nuit, c'est ce format, carré. Certes ce procédé de mise en scène n'a absolument rien de novateur, et on en a énormément parlé lors de la sortie du Mommy de Xavier Dolan. Soit dit en passant, voilà une référence à laquelle Marius Olteanu a lui-même pensé, il affirme beaucoup aimer le film canadien su-nommé. Reste que ce jeu sur le format n'est qu'une partie du dispositif dont fait preuve le réalisateur pour afficher sa maîtrise. Ainsi on a droit à un joli travelling latéral en début de long-métrage, puis à des gros plans tout aussi recherchés ou à des plans fixes qui font de la caméra un œil surplombant l'ensemble du champ alentour. Ces procédés trop évidents pour être honnêtes manquent terriblement de subtilité, un peu à l'image de ce regard d'un metteur en scène qui scrute de haut ses personnages et leurs considérations morales. Ce dispositif de deus ex machina, un tantinet poseur, finit par interroger sur les intentions du réalisateur.

D'autant plus que le fond d'Après la nuit manque sérieusement de clarté. Au delà de la morale finale, qui boucle tristement un scénario tournant en rond, on peut se demander si le message ne serait pas un tantinet rétrograde. On se doute bien que l'auteur souhaite pointer du doigt une Roumanie peu moderne, où le modèle dominant hétérormatif est hégémonique. Mais cela reste une note d'intention. Alors oui, on peut assister à une séquence qui sort du lot, où les crispations générationnelles sont cruellement mises à nu. Sauf qu'au-delà d'être une fois de plus lourd et démonstratif, ce bref passage ne fait que passer dans un film qui traîne en longueur assez inutilement Et à la fin, le spectateur peut aussi se demander quel modèle de société le réalisateur nous propose. Car c'est certes important de faire un état des lieux, mais le script n'offre aucune alternative à ses personnages, qui se questionnent sur la pérennité de leur mariage, et ne fait, au travers d'un plan cul assez pitoyable, qu'enfoncer le clou du discours dominant.

La seule et maigre chose que l'on peut mettre au crédit d'Après la nuit est cet humour à froid dans lequel il baigne. Cette étrange atmosphère se retrouve au travers de quelques saillies drolatiques et de situations assez rocambolesques qui passent souvent par certains personnages périphériques comme celui du voisin. L'origine de cette ironie légère est peut-être à creuser du côté de la nationalité du long-métrage. À l'instar des pays scandinaves, et de la Suède où pour ne pas le nommer Roy Andersson développe un sens de l'absurde peu commun, les pays de l'Est ont de leur côté aussi mis en germe ce côté décalé, Les auteurs de la « nouvelle vague » à la roumaine, de Corneliu Porumboiu à Cristi Puiu, possèdent, chacun différemment, un sens du timing et du grinçant qui rend leurs états des lieux d'un pays en mutations d'autant plus intéressant. On aimerait pouvoir en dire autant pour ce film dont l'auteur sera tout de même à suivre dans la suite de sa carrière.

Ma note : *

Après la nuit (2019) Marius Olteanu
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