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J’accuse (2019) Roman Polanski

par Neil 13 Novembre 2019, 03:43 2010's

Fiche technique
Film français
Durée : 2h12
Genre : contre-enquête

Scénario Roman Polanski, d’après l’œuvre de Robert Harris
Image : Pawel Edelman

Musique : Alexandre Desplat
Avec Jean Dujardin (le lieutenant-colonel Georges Picart), Louis Garrel (le capitaine Alfred Dreyfus), Grégory Gadebois (Le commandant Henry), Emmanuelle Seigner (Pauline Monnier), Hervé Pierre (le général Gonse), Melvil Poupaud (Maitre Labori), Mathieu Amalric (Bertillon)...

Résumé : Le colonel Picquart, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées. À partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus.

Mon avis : Un bel écrin vide mais utile

En travaillant avec Robert Harris sur le scénario de The ghost writer, Roman Polanski va commencer à développer une idée qu’il a depuis longtemps et qui se concrétise avec J’accuse. Il s’est assez tôt forgé l’intuition que l’Affaire Dreyfus était un sujet qui méritait un traitement cinématographique, les films traitant du sujet n’étant pas vraiment légion dans l’histoire du cinéma. Les producteurs à qui il propose le projet souhaitent qu’il le tourne en anglais, ce à quoi il rechigne. Il laisse donc passer des années, durant lesquelles il tourne entre autres La Vénus à la fourrure et Harris écrit un livre sur l’affaire. Début 2018, le producteur Alain Goldman leur donne le feu vert pour s’atteler au tournage en français, à condition que le long-métrage contienne des têtes d’affiche. En l’occurrence, Jean Dujardin, qui a eu un Oscar du meilleur acteur pour The artist, accepte d’incarner le rôle principal.

Le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus est dégradé dans l’enceinte de l’école militaire, sous les yeux de nombreux observateurs. Parmi ceux-ci se trouve le lieutenant Georges Picart, son ancien instructeur de l’école Polytechnique, avec qui ils échangent un bref regard avant qu’il ne soit conduit vers son exil de l'île du Diable. À Paris, Picart bénéficie d’une promotion : il devient le chef d’une équipe à la pointe du contre-espionnage. Un jour qu’il se prélasse en bord de Seine avec certains de ses amis, dont Philippe Monnier et son épouse Pauline, ceux-ci lui demande des détails sur l’affaire, qui fait la une des journaux. Picart se souvient alors d’un incident alors qu’il était professeur, et que le jeune Dreyfus est venu lui voir pour lui demander si les mauvaises notes qu’il lui attribuait étaient dues à sa confession juive. Le professeur lui répondit alors que, bien qu’antisémite, ce sentiment n’altérait en rien son jugement.

Les qualités artistiques ne manquent pas dans J’accuse. La reconstitution de la Belle Époque – un terme bien ironique compte tenu du propos du film – est en particulier très chiadée. Une attention toute particulière est accordée aux costumes et aux décors, et l’on sent que Roman Polanski n’a d’une part pas manqué de moyens pour tourner et d’autre part a porté un soin aux moindres détails. Ce souci de véracité se retrouve dans la chronologie des faits qui nous sont racontés. Un carton nous le signale d’ailleurs dès le début, tout est véridique, et les personnages cités ont réellement existé. Tout au plus Polanski romance-t-il la liaison qu’entretient le lieutenant-colonel Georges Picart avec Pauline Monnier, mais le fond de l’Affaire Dreyfus, qui constitue la trame principale du film, est présenté de manière précise et pédagogique. On sent une volonté de toucher un grand public, jusqu’à celles et ceux qui n’en connaissent pas les tenants et les aboutissants.

Du coup J’accuse apparait tout de même un peu frustrant : d’un côté on se dit que le film est utile, de l’autre il s’avère décevant dans sa forme. À ne pas en douter, il est primordial de raconter cette histoire d’une France – et d’une Europe – où les sentiments antisémites étaient la norme pour une grande partie de la population, et où les valeurs conservatrices prédominaient. Les épreuves que subit Picart sont à ce titre navrantes, et le caractère grand-guignolesque du procès, renforcé par une mise en scène qui soudainement, et brièvement, s’émancipe, s’avère confondant. Malheureusement, le reste du film est sans aspérité, scolaire. On a l’impression que Roman Polanski est contraint par la volonté de bien faire, à l’image de son Oliver Twist où rien ne dépassait. Tout ici semble corseté, on se retrouve devant un joli objet qui a certes des ambitions didactiques et artistiques, mais un peu inerte.

Et le casting de J’accuse n’est pas neutre dans ce sentiment déceptif, alors que le film regorge d’acteurs de qualité. Notons au passage que l’on ne parle pas d’actrices : voilà une œuvre qui ne passerait certainement pas le test de Bechdel. Certes c’est dû au sujet, mais les femmes sont absentes, et la seule qui apparaisse est transparente. Notons au passage qu’Emmanuelle Seigner tend au fil du temps à se « Mathildiser », ce qui n’est pas vraiment bon signe. De son côté, Jean Dujardin fait du Jean Dujardin. On sent à chacune de ses nombreuses apparitions l’attention qu’il porte à être crédible, froncements de sourcils à l’appui et mine renfrognée pour signifier son sérieux. Le problème c’est qu’il charrie avec lui – malgré lui ou bien via sa palette de jeu limitée – un bon nombre de rôles, dont celui d’Hubert Bonisseur de La Bath qui revient bon an mal an aux esprits du spectateur. Quant aux autres acteurs, ils sont réduits à faire de la figuration dans un film à ne pas déconseiller mais sans doute rapidement oublié.

Ma note : **

J’accuse (2019) Roman Polanski
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