Mercredi 30 mai 2007
lecorbeau.jpgFiche technique
Film français
Genre : correspondance persifleuse
Durée : 1h32
Scénario : Louis Chavance et Henri-Georges Clouzot
Musique : Tony Aubin
Directeur de la photographie : Nicolas Hayer
Avec Pierre Fresnay (Rémy Germain), Ginette Leclerc (Denise Saillens), Pierre Larquey (Michel Vorzet), Héléna Manson (Marie Corbin), Louis Seigner (Le docteur Bertrand), Micheline Francey (Laura Vorzet)…

Synopsis : Le docteur Germain, qui travaille dans une petite ville de province, reçoit des lettres anonymes signées Le Corbeau l'accusant de plusieurs méfaits. Cependant il n'est pas le seul à en recevoir. Toute la ville est bientôt menacée et le fragile équilibre se défait, la suspicion règne. Le docteur Germain décide de mener une enquête. (Allociné)

Mon avis : Ni Bien, ni Mal (bien au contraire)

Le destin du Corbeau de Henri-Georges Clouzot est assez curieux. Le film est à sa sortie encensé par les critiques pour ses nombreuses qualités ; seulement voilà, financé par la Continental, une société de production avec des fonds allemands, le film sera interdit à la Libération et son auteur sera porté un temps aux gémonies. Ce qui est ironique puisque Le corbeau n’a pas plu du tout aux instances de Vichy qui lui reprochait son manque de patriotisme. En effet Clouzot ne fait pas une seule seconde acte de parti-pris dans son scénario très habile. Pierre Fresnay y incarne un modeste médecin de campagne qui fait l’objet d’un maître-chanteur, lequel va inonder la petite ville de Saint Robin de courriers de plus en plus délateurs. Bientôt personne ne sera épargné par celui qui se fait appeler le Corbeau et qui s’acharne à mettre en doute la probité du médecin.

Dans la lignée de L’assassin habite au 21 Clouzot construit donc un film noir élégant et brillant où bien malin qui trouvera la clé de l’énigme. Mais le réalisateur ne s’arrête pas aux codes du genre : Le corbeau est avant tout l’admirable radiographie d’une petite ville de province où chaque personnage est finement croqué. On a l’honnête victime (Pierre Fresnay impeccable en homme tourmenté qui évolue très doucement au cours de l’intrigue), la femme fatale (Ginette Leclerc que j’ai trouvé personnellement trop caricaturale), la femme marié et lasse de l’être, son mari cynique à souhait (Pierre Larquey très drôle). Tout ce petit monde cohabite dans une saine ambiance jusqu’au jour où les lettres sont envoyées. A partir de là les langues se délient et l’âme humaine nous est enfin révélée, dans toute sa grandeur ou sa lâcheté, c’est selon. Le contexte de l’époque ne peut évidemment pas être tu alors que nombre de français doivent faire un choix. Et c’est là que Le corbeau déploie sa plus grande habileté : aucun manichéisme n’est de mise dans le film. A l’image de la scène où Germain et Vorzet discutent sous une ampoule qui tangue, les laissant l’un après l’autre dans l’ombre ou la lumière, Clouzot s’évertue tout au long du film à ne porter aucun jugement hâtif. Maîtrisant très subtilement l’art de la mise en scène pour mieux confondre le spectateur, Le corbeau fait de son auteur l’égal d’un Hitchcock et est à marquer d’une pierre blanche dans l'histoire du cinéma français.

Ma note : 9/10
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