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Un mauvais fils (1980) Claude Sautet

par Neil 11 Septembre 2016, 00:51 1980's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 15 octobre 1980
Genre : relations filiales
Durée : 1h50
Scénario : Daniel Biasini, Claude Sautet et Jean-Paul Török
Musique : Philippe Sarde
Image : Jen Boffeti
Avec Patrick Dewaere (Bruno Calgagni), Brigitte Fossey (Catherine), Yves Robert (René Calgagni), Claire Maurier (Madeleine), Jacques Dufilho (Adrien Dussart), Etienne Chicot (Serge)…

Synopsis : Bruno Calgagni rentre en France après avoir passé cinq ans dans un pénitencier américain pour usage et trafic de drogue. Il souhaite effacer son passé, mais ne cesse de penser à sa mère morte durant sa détention. Il décide de revoir son père ouvrier de chantier mais celui-ci n'est pas très accueillant. (allocine)

Mon avis : Longue est la voie de la rédemption

Au début des années 1980, et pour nombre de critiques de l’époque, Claude Sautet n’est pas un réalisateur qui a la carte, juste un réalisateur de gauche qui ne se reconnaît pas dans la Nouvelle Vague et qui, comble de l’infamie, s’obstine à filmer la bourgeoisie dans les années 1970. Justement avec Un mauvais fils, qui bénéficie d'une ressortie en version restaurée dans le cadre d'un hommage à Patrick Dewaere par Les Acacias, le cinéaste décide de changer de cap. Il quitte ici son duo fétiche Michel Piccoli - Romy Schneider (à qui il vient de donner un rôle magnifique dans Une histoire simple) et s’intéresse à l’histoire d’un jeune homme d’origine populaire incarné avec grâce par Dewaere.
Bruno, la petite trentaine, arrive tout juste de New-York où il vient de purger une peine de cinq ans en prison pour trafic de drogue. Après avoir été cueilli par la police à l’aéroport, il retourne chez son père dont il n’a pas eu de nouvelle depuis plus de deux ans. La scène de la rencontre est poignante d’intensité et résume parfaitement la situation. Dans le regard du père on sent le désarroi d’un homme qui ne sait pas comment gérer une situation inattendue, et déjà se profilent des reproches trop longtemps contenus. Le visage du fils est celui d’un homme trop tôt cassé par la vie, qui brûle d’attentes vis-à-vis d’un père avec qui espère renouer. Ce ne sera pas aussi simple.

Déjà le talent de Claude Sautet éclate dans une scène très brève et terriblement émouvante, tout en restant extrêmement pudique. Voilà la patte du réalisateur, qui parvient à construire des ambiances à partir de trois fois rien. En cela, et dans la captation de l’ère du temps de ce début d’années 1980, Un mauvais fils ne déroge pas à une règle qu’on a déjà pu observer dans Vincent, François, Paul et les autres ou dans Mado. Ce petit microcosme qui s’agite autour de Bruno va être finement analysé, chacun des personnages bénéficiant d’un traitement aussi délicat.
Mais le « héros » d'Un mauvais fils, c’est bien Bruno, l’excellent Patrick Dewaere. On dirait que le rôle a été taillé sur mesure pour l’acteur : il apporte toute sa fêlure à un jeune homme cassé par l’existence. Bruno a fait des conneries, il a payé, tout ce qu’il demande aujourd’hui c’est de retrouver le goût de vivre. Sa rencontre avec Catherine (Brigitte Fossey très touchante), une ex-droguée avec qui il partage la difficile lutte pour s’en sortir, sera la bouée à laquelle il va s’accrocher coûte que coûte. Leur ange-gardien sera Adrien, admirable Jacques Dufilho qui nous gratifie d’un monologue drôlissime et qui éclaire une scène d’une intensité dramatique pourtant très forte.

Et le cœur de l’intrigue d'Un mauvais fils c’est cette relation père/fils qui structure tout le film. Une relation construite autour de deux figures féminines, la mère dont le père reproche à son propre fils la mort deux ans auparavant, et la maîtresse, la toujours très juste Claire Maurier, qui n’arrive pas à trouver sa place dans ce tableau de famille. Yves Robert est plus que convaincant face à un Patrick Dewaere qui crève pourtant l’écran, et les non-dits comme les coups de gueule de ces deux fortes têtes serviront de catalyseurs pour une analyse très fine des rapports humains et familiaux. Une fois encore, Claude Sautet touche au cœur et impose un style inimitable qui fait de lui l’un des plus grands réalisateurs français.

Ma note : ****
Un mauvais fils (1980) Claude Sautet
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commentaires

Wilyrah 27/05/2007 19:27

L'arc : beaucoup moins envoûtant que ses précédents films, c'est évident. Espérons qu'il se retrouvera l'inspiration et nous offrira un nouveau chef d'oeuvre parmi les deux films qui sortiront en 2007.
Merci de ton passage.

Chris 27/05/2007 08:59

Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Sautet, un des mes réalisateurs français qui possède vraiment un univers personnel. Avec Schneider, on avait droit à une osmose totale entre l'acteur et son réalisateur. Avec Dewaere, le seul au masculin à pouvoir remplacer la divine autrichienne, c'est tout de suite bingo ! Oui, Sautet est un très grand réalisateur. Tellement vrai qu'on tente de le recopier aujourd'hui ( Voir "Le coeur des hommes").

;-) +++

Neil 27/05/2007 10:31

Oui, Romy n'a jamais été aussi mise en valeur que dans les films de Sautet je trouve. :-)Par contre, Le coeur des hommes m'avait semblait bien banal par rapport aux films de Sautet... :-/

eeguab 27/05/2007 08:27

Pas revu depuis sa sortie.Je me souviens d'un bon film,très tendu sur les relations difficiles père-fils,comme tu le dis bien.Mais c'est vrai que chez Sautet j'ai un faible pour Vincent,François.... que j'ai vu sept fois je crois.Ah ce désenchantement qui hante les brasseries animées...Sautet est un auteur à part entière,ce qui a parfois été contesté.Et n'oublions pas l'excellent et ancien Classe tous risques,joli polar crépusculaire.

Neil 27/05/2007 10:28

Il est vrai que Vincent.... a un charme bien particulier. Quoique, Les choses de la vie aussi.... Bon, moi personnellement, c'est Un coeur en hiver qui me touche tout particulièrement, sans doute parce que je me reconnais tellement dans ce personnage... Sinon, Classe tout risque, je ne l'ai pas encore vu mais c'est bon à savoir "_"

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