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Le corbeau (1943) Henri-Georges Clouzot

par Neil 5 Juillet 2015, 05:07 1940's

Fiche technique
Film français
Genre : correspondance persifleuse
Durée : 1h32
Scénario : Louis Chavance et Henri-Georges Clouzot

Image : Nicolas Hayer
Musique : Tony Aubin
Avec Pierre Fresnay (Rémy Germain), Ginette Leclerc (Denise Saillens), Pierre Larquey (Michel Vorzet), Héléna Manson (Marie Corbin), Louis Seigner (le docteur Bertrand), Micheline Francey (Laura Vorzet)…

Synopsis : le docteur Germain, qui travaille dans une petite ville de province, reçoit des lettres anonymes signées « Le Corbeau » l'accusant de plusieurs méfaits. Cependant il n'est pas le seul à en recevoir. Toute la ville est bientôt menacée et le fragile équilibre se défait, la suspicion règne. Le docteur Germain décide de mener une enquête. (Allociné)

Mon avis : ni Bien, ni Mal (bien au contraire)

Le destin du Corbeau de Henri-Georges Clouzot est assez curieux. Le film est à sa sortie encensé par les critiques pour ses nombreuses qualités ; seulement voilà, financé par la Continental, une société de production avec des fonds allemands, le film sera interdit à la Libération et son auteur sera porté un temps aux gémonies. Ce qui est ironique puisque le film n’a pas plu du tout aux instances de Vichy qui lui reprochaient son manque de patriotisme.

En effet
Henri-Georges Clouzot ne fait pas une seule seconde acte de parti-pris dans le scénario, très habile, du Corbeau. Pierre Fresnay y incarne un modeste médecin de campagne qui fait l’objet d’un maître-chanteur. Celui-ci va inonder la petite ville provinciale de Saint Robin de courriers de plus en plus délateurs. Bientôt personne ne sera épargné par celui qui se fait appeler « Le Corbeau » et qui s’acharne à mettre en doute la probité du médecin.

Dans la lignée de L’assassin habite au 21,
Henri-Georges Clouzot construit donc un film noir élégant et brillant où bien malin qui trouvera la clé de l’énigme. Mais le réalisateur ne s’arrête pas aux codes du genre : Le corbeau est avant tout l’admirable radiographie d’une petite ville de province où chaque personnage est finement croqué. On a l’honnête victime (Pierre Fresnay impeccable en homme tourmenté qui évolue très doucement au cours de l’intrigue), la femme fatale (Ginette Leclerc que l'on peut trouver un tantinet trop caricaturale), la femme mariée et lasse de l’être, son mari cynique à souhait (Pierre Larquey très drôle). Tout ce petit monde cohabite dans une saine ambiance jusqu’au jour où les lettres sont envoyées.

À partir de là les langues se délient et l’âme humaine nous est enfin révélée, dans toute sa grandeur ou sa lâcheté, c’est selon. Le contexte de l’époque ne peut évidemment pas être tu alors que nombre de français doivent faire un choix. Et c’est là que Le corbeau déploie sa plus grande habileté : aucun manichéisme n’est de mise dans le film. À l’image de la scène où Germain et Vorzet discutent sous une ampoule qui tangue, les laissant l’un après l’autre dans l’ombre ou la lumière,
Henri-Georges Clouzot s’évertue tout au long du film à ne porter aucun jugement hâtif. Maîtrisant très subtilement l’art de la mise en scène pour mieux confondre le spectateur, Le corbeau fait de son auteur l’égal d’un Alfred Hitchcock et est à marquer d’une pierre blanche dans l'histoire du cinéma français.

Ma note :
****
Le corbeau (1943) Henri-Georges Clouzot
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commentaires

dbdumonteil 23/05/2010 12:38


11 films seulement et à part "Miquette et sa mère" ,il n'y a pas un seul film d'HGC qui ne soit pas passionnant.Je devrais dire 11 films et demi car il ya aussi son sketch epoustouflant dans
"retour à la vie" qui annonce "death and the maiden" de Polanski avec 40 ans d'avance."Le corbeau" est l'un de ses meilleurs films est peut être une excellente introduction à une oeuvre qui,quoique
d'une qualité exceptionnelle ,est accessible à tous.


Neil 25/05/2010 20:57



Oui, une oeuvre exceptionnelle que celle de Clouzot. Et qu'on redécouvre avec bonheur.



Beno�t 05/06/2007 02:55

Malheureusement pas vu...

Neil 05/06/2007 09:43

Au contraire c'est bien : tu te prévois une belle séance en perspective :-)

Chris 04/06/2007 10:41

L'égal d'un Hitchcock, peut-être pas mais tout proche. Pour moi, "Le Corbeau", un des plus grands films français. Clouzot aussi, une des perles du septième art de l'Hexagone. Y'a rien à jeter dans ce film... chaque plan, chaque séquence, sont d'une densité incroyable !

Neil 05/06/2007 09:41

Tout à fait d'accord. Et en plus il a la sobriété qui manque à certains films tape-à-l'oeil trop conscients de leur qualité supposée.

Bastien 03/06/2007 14:42

"Le corbeau fait de son auteur l’égal d’un Hitchcock"

Oh que oui ! Clouzot, admirable cinéaste, dont Les diaboliques me fait toujours frissoner de plaisir à chaque vision ! Ce Corbeau, l'un de ses meilleurs films, c'est évident. Les mots me manquent... vais me le refaire tiens !

Neil 04/06/2007 09:10

Ah oui, Les diaboliques m'avait laissé un souvenir impérissable... je le reverrais bien aussi tiens ;-)

eeguab 02/06/2007 12:02

Le corbeau fait encore froid dans le dos,tableau de la lâcheté et de l'hypocrisie comme rarement le cinéma français en aura produit.Et les seconds rôles,cette ctrice inquiétante et oubliée Helena Manson.

Neil 03/06/2007 10:08

Oui, un casting irréprochable. Et il faut avouer que ce personnage de Marie Corbin est particulièrement glaçant...

dasola 01/06/2007 16:38

Chef d'oeuvre qui reste très moderne. On parle d'avortement. Les connotations sexuelles étaient plutôt "hard" pour l'époque.

Neil 03/06/2007 10:03

Oui en effet dasola (voir aussi le personnage de femme libérée incarné par Ginette Leclerc). Dailleurs cette modernité apparaît fréquemment chez Clouzot.

:0038: Maître Po 31/05/2007 19:00

Anne,
Oui, un peu trop découverte même...

Neil,
Je te mets une capture de cette scène culte où PL (c'est vrai que son physique peut être assez commun pour être oublié mais il en est tout autrement de sa voix, elle enjôle, elle envoûte, elle marque à vie) s'adresse à SR :

http://serveur1.archive-host.com/membres/up/1613379764/images/larquey.jpg

Neil 01/06/2007 09:46

mdr Anne et Maître PoRassure toi, on a rien vu... et comme le dit le proverbe : "En juin, découvre toi d'un brin" (enfin, avec ce temps... o_O )Bref, merci Maître Po, et effectivement sa voix je suis pas prêt de l'oublier.

Anne 31/05/2007 18:30

Damned, je suis découverte ! ;-)

Anne 31/05/2007 12:10

Il a un petit rôle, le chauffeur de taxi, dans "Quai des Orfèvres".
"Je suis désolé, Madame, mais on n'est pas les plus forts", dit-il à Simone Renand. Tu te rappelles maintenant Neil ? ;-)

Neil 31/05/2007 17:08

Ah oui exact maintenant que tu me le dis...Comme quoi c'est toujours utile de connaître une amoureuse des vieux films... ;-)

Anne 31/05/2007 07:03

Bonjour Neil. J'aime aussi beaucoup ce film. Une petite préférence pour Pierre Larquey qui est toujours d'une justesse exceptionnelle ;-)

Neil 31/05/2007 09:23

Coucou Anne. J'avoue pour ma part que jusqu'à maintenant Larquey faisait partie de ces acteurs de la catégorie "je ne sais jamais à quoi ils ressemblent". C'est vrai qu'il est très bon dans le film :-)

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