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Tout sur ma mère (1999) Pedro Almodovar

par Neil 29 Juillet 2014, 05:08 1990's

Fiche technique
Film espagnol, français
Date de sortie : 19 mai 1999
Titre original : Todo sobre mi madre
Genre : deuil impossible
Durée : 1h41
Scénario : Pedro Almodovar

Image : Alfonso Beato
Musique : Alberto Iglesias
Avec Cecilia Roth (Manuela), Marisa Paredes (Huma Rojo), Candela Pena (Nina), Antonia San Juan (Agrado), Penelope Cruz (Soeur Rosa), Rosa Maria Sarda (La mère de Rosa)...

Synopsis : Manuela, infirmière, vit seule avec son fils Esteban, passionné de littérature. Pour son anniversaire, Manuela l'invite au théâtre ou ils vont voir « Un tramway nomme désir ». À la sortie, elle lui raconte qu'elle a interprété cette pièce avec son père. C'est la première fois qu'Esteban, bouleversé, entend parler de lui. C'est alors qu'il est renversé par une voiture. Folle de douleur, Manuela part a la recherche de l'homme qu'elle a aime, le père de son fils. (allociné)

Mon avis : À toutes les femmes qu’il a aimé

Il est des films qui vous touchent et vous marquent tout particulièrement même s’ils ne sont pas parfaits ; Tout sur ma mère en fait pour moi partie. C’est le treizième film de Pedro Almodovar, qu’il dédicace aux trois actrices intemporelles que sont Bette Davis, Gena Rowlands et Romy Schneider. Le réalisateur qui a toujours fait la part belle aux femmes et aux actrices (de Femmes au bord de la crise de nerfs à Talons aiguilles) compose ici un film presque entièrement féminin qui évoque la mort pour mieux parler de la vie.

Le début nous montre Esteban, un adolescent (l’acteur ibère Eloy Azorín, beau comme un dieu dans ce film) qui vit avec sa mère dans un très vieil appartement (rue…). La veille de ses dix-sept ans, ils regardent ensemble All about Eve et sa mère lui offre l’exemplaire d’un livre de Truman Capote que l’écrivain en herbe apprécie particulièrement. Le lendemain, à la sortie d’une représentation d’Un tramway nommé désir, Esteban demande à sa mère d’attendre sous une pluie battante l’actrice principale, Huma Rojo. Pour la première fois Manuella lui parle de son père et lui promet de tout lui raconter une fois rentrer chez eux. Elle n’en aura jamais l’occasion : le destin en décidera autrement.

Cette scène magnifique fait écho à Opening night de Cassavetes tout comme de nombreuses scènes du film rappellent bien entendu l’Eve de Mankiewicz. Des jeux de miroir, des hommages très délicats qui donnent à Tout sur ma mère un cachet encore plus singulier. Pourtant Almodovar ne signe pas ici un film classique au sens propre du terme : le scénario, très emberlificoté, nous montre au contraire toute une pléiade de personnages iconoclastes qui dénoteraient dans nombreuses productions. Prostituées, travestis, lesbiennes, séropositifs, tout ce petit monde n’est ici jamais montré sous l’œil voyeur de la caméra, bien au contraire. Et Almodovar de nous faire avaler les couleuvres de son scénario avec de la vaseline tout en martelant comme toujours son message de tolérance et d’amour.

Amour du cinéma, des actrices, des personnages ; amour d’une mère à son fils, d’une fille à son père. Un père grand absent du film, l’inconnu des photos déchirées qui va enfin renouer virtuellement avec son fils lors d’une transmission symbolique et bouleversante. Film qui joue tout du long sur la corde sensible, Tout sur ma mère ne verse jamais dans le sentimentalisme bas de gamme : la mise en scène superbement maîtrisée de Pedro Almodovar reste toujours sobre et il agrémente habilement son film de l’humour très particulier qu’on lui connaît. Si on retrouve ici l’aspect baroque du réalisateur de la movida, Almodovar amorce ici un léger virage dans sa filmographie qu’il poursuivra par la suite avec Parle avec elle. Bonne idée.

Ma note : ****
Tout sur ma mère (1999) Pedro Almodovar
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commentaires

D&D 26/09/2007 00:17

Très bonne idée, je trouve aussi. Et tu as raison, il y a une qualité d'émotion particulière dans ses films (comme chez Eastwood, même si d'une manière totalement différente). Et comme il sait rendre hommage aux films qu'il a aimés. Sans effets de manches. Sans tomber dans la référence vaine ou le manièrisme de plus ou moins bon aloi. Tout vit. Tout est là. Réconcilié. Tout... sur ma mère !

Neil 26/09/2007 21:17

Ah oui, tout à fait, j'ai pu ressentir la même émotion discrète, à fleur de peau, dans certains Eastwood comme Sur la route de Madison ou Million dollar baby (alors que le style des 2 réalisateurs est totalement opposé).

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