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L’incompris (1967) Luigi Comencini

par Neil 14 Décembre 2018, 01:27 1960's

Fiche technique
Film italien, français
Titre original : Incompreso
Genre : amour filial
Durée : 1h45
Scénario : Piero de Bernardi, Lucia Drudi Demby, Guiseppe Mangione et Leonardo Benvenuti, d’après l’œuvre de Florence Montgomery
Directeur de la photographie : Armando Nannuzzi
Compositeur : Fiorenzo Carpi
Avec Anthony Quayle (John Duncombe), Stefano Cologrande (Andrea), Simone Giozzonni (Miles), John Sharp (Oncle William), Giorgia Moll (Judy), Graziella Granata (La gouvernante)…

Synopsis : À la mort de son épouse, sir Duncombe, consul de Grande-Bretagne à Florence, confie ses deux fils à une gouvernante. Andrea, l'aîné, âgé de onze ans, sait que son père l'aime moins que son cadet. Il fait tout pour conquérir son amour. (allocine)

Mon avis : Dors mon petit frère, Maman n’est pas là

Lorsqu’on évoque le cinéma transalpin, le premier nom qui vient est rarement Luigi Comencini, et pourtant le réalisateur ne manque pas de qualité. S’il ne possède pas la maestria d’un Federico Fellini ou la virtuosité d’un Luchino Visconti il n’en demeure pas moins un des cinéastes italiens majeurs de ces dernières années. Aussi à l’aise dans la comédie de mœurs (Pain, amour et fantaisie) et la farce (L’argent de la vieille) que dans le mélodrame (Un vrai cri d’amour) il a exploré dans nombre de ses films le monde de l’enfance (Les aventures de Pinocchio). C’est aussi un enfant le héros principal dans L’incompris, mais ici c’est la relation difficile et intense qui unit les enfants et les adultes, en l’occurrence un fils et son père.

Elle vient de mourir la mamma. Quand John Duncombe rentre chez lui, bouleversé par cette tragique nouvelle, il est immédiatement envahi de doutes à l’idée de l’annoncer à ses fils Andrea (une dizaine d’années) et Milo (quelques années de moins). L’aîné lui facilitera la tache en lui révélant qu’il le sait déjà tandis que le cadet est encore trop jeune pour comprendre ce qui se passe. La vie continue donc bon an, mal an, et les malicieux enfants n’ont de cesse de mener la vie dure à leurs gouvernantes successives. Seulement voilà : Andrea voit bien que son père concentre toute son attention sur le petit Milo, plus fragile mais tout aussi turbulent que son frère, désirant toujours faire les quatre-cent coups avec lui.

Luigi Comencini réalise avec L'incompris une superbe évocation de l’univers de la toute jeune enfance. La relation qui unit Andrea et Milo est à cet égard particulièrement bien analysée. De deux caractères différents chacun, ils se complètent parfaitement et l’on peut sentir en filigrane le touchant amour qui les lie. Andrea (Stefano Cologrande très touchant) veut à tout prix protéger son petit frère qui lui bien sûr souhaite tout faire comme son grand frère, qu’on le sent admirer secrètement. Admirer mais aussi jalouser, car c’est aussi l’un des aspects de cet amour fraternel qui est très bien rendu : chacun, en manque d’amour et sous le choc de la disparition de leur mère, va tout faire pour attirer l’attention du père.

Et à ce petit jeu là c’est Milo qui gagne, forcément. Comment voulez-vous lutter contre un petit gamin de 5-6 ans à la bouille d’ange et à la santé fragile ? Andrea a beau tout faire, il sait bien que jamais il ne pourra égaler chez son père l’attention qu’il porte à Milo. Pire, toutes les tentatives que l’aîné fera pour faire comprendre à son père combien il a besoin de son amour se solderont plus ou moins par des échecs, aggravant l’agacement qu’il ne peut s’empêcher d’éprouver envers un fils qu’il ne comprend pas. Le mot est lâché, et le film portera d’ailleurs bien son nom (à sa sortie L’incompris fut largement boudé par la critique).

Porté par le concerto pour piano de Wolfgang Amadeus Mozart, le film monte petit à petit en émotion, mais une émotion très délicate, sans vouloir à tout prix faire pleurer dans les chaumières. Au contraire L’incompris émeut par de petites touches : des regards, des pudiques mouvements de caméra, une allusion attrapée au vol… Et même si la fin, de par son propos, tire un peu plus vers le mélodrame, le talent de Luigi Comencini sauve magistralement ce qui aurait pu devenir dans d’autres mains une effusion malheureuse de pathos. Bien au contraire, L’incompris demeure jusqu’au bout un film élégant, drôle et touchant : tout ce qui fait qu’on aime le cinéma italien de ces années là.

Ma note : ****
L’incompris (1967) Luigi Comencini
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commentaires

tietie007 28/09/2007 18:11

Belle variation toscane sur l'enfance ! Un film chromatiquement superbe !

Neil 28/09/2007 22:14

Tout à fait d'accord avec toi (beau qualificatif)

dasola 28/07/2007 18:33

Je me rappelle que c'était la première fois que je pleurais autant en voyant un film. L'histoire est bouleversante. Luigi Comencini savait vraiment filmer les enfants. Grâce lui en soit rendu.

Neil 29/07/2007 10:10

Voilà qui est joliment dit :)

Hartigan 22/07/2007 10:58

Totalement d'accord avec ta cririque, un regard juste et touchant sur l'enfance...

eeguab 17/07/2007 22:59

Bravo Signore Luigi.Bravo Neil d'avoir un goût si sûr.As-tu vu Cuore et Un enfant de Calabre,du même tonneau que L'incompris.

Neil 18/07/2007 09:36

Merci eeguab :)Un enfant de Calabre, j'ai dû le voir mais il y a fort longtemps et je ne m'en souviens plus très bien ; par contre Cuore ne me dit rien du tout. Je le note ! "_"

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