Fiche technique
Film américain, allemand
Date de sortie : 3 janvier 1996
Genre : voyage transcendantal
Durée : 2h14
Scénario : Jim Jarmusch
Musique : Neil Young
Photographie : Robby Müller
Avec Johnny Depp (William Blake), Gary Farmer (Nobody), Lance Henriksen (Cole Wilson), John Hurt (Scholfield), Iggy Pop (Sally Jenko), Gabriel Byrne (Charlie Dickinson), Robert Mitchum (John
Dickinson)...
Synopsis : Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Bill Blake, jeune comptable en route pour le confins de l'Ouest américain, entreprend un voyage initiatique où il
devient malgré lui un hors-la-loi traqué. Blessé, il est recueilli par Nobody, un Amérindien lettré rejeté des siens. (allociné)
Mon avis : Il est toujours préférable de ne pas voyager avec un mort
D’abord il y a cette phrase, sibylline et non moins somptueuse. Puis apparaît le visage de Johnny Depp, sur un noir et blanc léché. Enfin s’égrènent les accords envoûtants de la guitare
de Neil Young. Bienvenue, vous êtes bien dans Dead man, prenez un ticket et préparez-vous à voyager loin. Loin de tout ce qu’on a déjà pu voir sur le western, Jim
Jarmusch livre ici sans doute son plus beau film. Bien sûr on l’avait déjà remarqué avec Stranger than paradise, on s’était régalé devant Down by law.
Seulement là il frappe un grand coup. Tout débute par ce comptable qui, après le décès de ses parents, fait le voyage en train de Cleveland vers la ville minière de Machine où il vient d’être
embauché. Arrivé dans ce no man’s land il se voit éconduit par son employeur (l’irrésistible Robert Mitchum dans son dernier rôle) et, suite à de malencontreuses aventures se voit banni
tandis qu’un avis de recherche est lancé contre lui.
Qu’est-ce que j’aime ce film ! Un des films qui m’a fait rentrer dans une nouvelle dimension de ma cinéphilie (avec Pulp fiction, mais ça n’a rien à voir avec le schmilblick),
son attrait n’a pas diminué depuis. Comment faire passer cette émotion de prime abord esthétique que l’on ressent devant la photographie de Robbie Müller ? Une image retient tout
particulièrement mon attention, celle d’un Johnny Depp blessé, lové contre une biche morte, abattue par un chasseur. Parlons-en justement de Johnny Depp : un de ses plus beaux
rôles, son visage hébété renvoyant parfaitement les sentiments troubles qui étreignent son personnage, Pierrot la Lune entre deux mondes et foncièrement humain. Les autres acteurs ne sont
d’ailleurs pas en reste, une flopée de second rôles au diapason, de Gabriel Byrne à Iggy Pop en passant par Lance Henriksen.
Et il y a cette musique, thème laconique mais ô combien envoûtant composé par Neil Young. Cette mélopée lancinante accompagne prodigieusement le périple progressif du héros vers sa
destinée. Symbole typique du western, genre que Jim Jarmusch réussit à reprendre totalement à son compte et à modeler pour en faire un objet filmique non identifié. Dead
man n’est pas un western : c’est une métaphore poétique qui prend les archétypes du genre pour les transcender. Les indiens ne sont ici plus des bêtes traquées ou des féroces adversaires
: ce sont des êtres humains, pourchassés par l’ « homme blanc » et qui ont leur rites propres. Si la civilisation est ici pourfendue à corps et à cris par le réalisateur, c’est pour mettre en
avant les paradoxes de l’être humain qui rejette les méfaits de la modernité pour ne rechercher qu’une chose tout au long du film : le tabac. Ou comment se débarrasser d’une dépendance en en
cherchant une autre. Hommage au Far-West, à la poésie de William Blake et au cinéma (de Chaplin à Lee Marvin) , Dead man est avant tout un grand
film.
Ma note : 10/10
Vu trois fois.Il émane une magie des images de Dead Man, subtile et vénéneuse pour les amateurs de westerns comme moi.Ultime avatar de la mythologie de l'Ouest vu par le ciné avec le fleuve,les arbres,le canié le rapport omni présent à la mort,les fantômes de William Blake.Très très beau film.Curieusement le livre Le chemin des âmes de Joseph Boyden que tu peux retrouver dans Lire Etas-Unis,bien que l'auteur soit canadien,me fait un peu penser à Dead Man.A la prochaine
Commentaire n°1
posté par
eeguab
le 01/09/2007 à 12h52
Ah tiens je n'ai jamais entendu parler de ce livre ni de l'auteur. C'est bon à savoir, je vais tâcher de me le procurer. Merci :)
TRès bien ! Et quelle note!
Le Jarmusch qui me donne le plus envie de le voir. Ta critique m'a donné envie :)
Benoît
Commentaire n°2
posté par
Beno�t
le 02/09/2007 à 13h48
Oui ! Jarmusch l'équivalent de Leone dans cette manière de revisiter le mythe du western. Il y a pourtant cette passion pour le western d'antan, celui de Ford mais aussi selon le cinéaste celui de Fuller, notamment Quarante tueurs. Johnny Depp agrémente ce récit déjà merveilleux, poétique et initatique, dans la grande veine de Jarmusch. Jusqu'à pésent, mon préféré avec Ghost Dog.
Commentaire n°3
posté par
Bastien
le 03/09/2007 à 13h29
Ah je connais très peu les films de Fuller. Bonne idée ça tiens merci :)
D'autant que je suis très vite devenu un ardent défenseur de Fuller ^^ Il m'a suffit de The Big Red One pour tomber amoureux, de Shock Corridor et Le port de la drogue pour me convaincre que j'avais raison. Après je te conseille Dressé pour tuer, Les maraudeurs attaquent, Naked Kiss mais en matière de western Quarante tueurs et surtou, si tu parviens à le trouver (auquel cas fais moi signe !!!) Le jugement des flèches, qui est un classique absolu (avec Rod Steiger).
Commentaire n°4
posté par
Bastien
le 03/09/2007 à 21h35
Je trouve ton article très beau et très sensible dans son évocation du film. Je comprends qu'il donne envie de le découvrir...
Avec le recul, je garde effectivement un souvenir particulièrement fort de la photographie et de la musique... D'accord, j'ai triché, j'ai le CD !
(Désolé pour les absences, je suis toujours en galère "technique")
Commentaire n°5
posté par
D&D
le 08/09/2007 à 01h48
Merci D&D :) Oui j'ai vu ton nouvel article, pas encore eu le temps d'y répondre mais ça ne devrait pas tarder !
comment expliqueriez vous le titre du film "dead man" ?
Commentaire n°6
posté par
12
le 01/12/2007 à 15h31
Pour moi, dès le début du film Johnny Depp est un homme mort. Mort à son ancienne vie : ses parents viennent de mourir, il ne conserve aucun lien avec Cleveland, il arrive à Machine comme un homme sans aucune attache pour tout recommencer. Mais déjà un des personnages du train lui fait comprendre qu'il n'y rien à attendre à Machine : dialogue prémonitoire pour lui faire comprendre que Machine est le terminus, non seulement du train, mais aussi de la vie pour William Blake. Après, tout le reste du film sera comme un "apprentissage de la mort" pour lui : Après sa mort "physique", Nobody va petit à petit lui faire accepter sa mort spirituelle, et l'aider à passer dans l'autre monde, selon les traditions des indiens.
sincerement ce film est une oeuvre d'art a scruté sous tout les angles je l ai vu et revu enfaite j le connai par coeur... "certain pour le delice exquis certain pour la nuit infinis" le monde (a cette epoque) vu par un indien poesie et sagesse domine sur l ensemble
Commentaire n°8
posté par
fred
le 05/10/2008 à 11h03
Commentaire n°9
posté par
linda
le 19/02/2009 à 20h55
Vu en VO : L'indien Nobody : "How did you kill the man who killed you?" Réponse incertaine, avec un sourire hésitant, de William Blake : "But... I'm not dead." Ce film est un monde, un univers en soi. En même temps très réaliste et complètement onirique. L'image et la musique en totale symbiose. La personne qui me le conseillait en avait fait son film numéro un. Je lui dis encore merci.
Commentaire n°10
posté par
Valden
le 22/08/2009 à 22h21
Oui j'ai vu ton nouvel article, pas encore eu le temps d'y répondre mais ça ne devrait pas tarder !