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Dead man (1995) Jim Jarmusch

par Neil 30 Août 2007, 23:34 1990's

deadman.jpgFiche technique
Film américain, allemand
Date de sortie : 3 janvier 1996
Genre : voyage transcendantal
Durée : 2h14
Scénario : Jim Jarmusch
Musique : Neil Young
Photographie : Robby Müller
Avec Johnny Depp (William Blake), Gary Farmer (Nobody), Lance Henriksen (Cole Wilson), John Hurt (Scholfield), Iggy Pop (Sally Jenko), Gabriel Byrne (Charlie Dickinson), Robert Mitchum (John Dickinson)...

Synopsis : Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Bill Blake, jeune comptable en route pour le confins de l'Ouest américain, entreprend un voyage initiatique où il devient malgré lui un hors-la-loi traqué. Blessé, il est recueilli par Nobody, un Amérindien lettré rejeté des siens. (allociné)

Mon avis : Il est toujours préférable de ne pas voyager avec un mort

D’abord il y a cette phrase, sibylline et non moins somptueuse. Puis apparaît le visage de Johnny Depp, sur un noir et blanc léché. Enfin s’égrènent les accords envoûtants de la guitare de Neil Young. Bienvenue, vous êtes bien dans Dead man, prenez un ticket et préparez-vous à voyager loin. Loin de tout ce qu’on a déjà pu voir sur le western, Jim Jarmusch livre ici sans doute son plus beau film. Bien sûr on l’avait déjà remarqué avec Stranger than paradise, on s’était régalé devant Down by law. Seulement là il frappe un grand coup. Tout débute par ce comptable qui, après le décès de ses parents, fait le voyage en train de Cleveland vers la ville minière de Machine où il vient d’être embauché. Arrivé dans ce no man’s land il se voit éconduit par son employeur (l’irrésistible Robert Mitchum dans son dernier rôle) et, suite à de malencontreuses aventures se voit banni tandis qu’un avis de recherche est lancé contre lui.
   
Qu’est-ce que j’aime ce film ! Un des films qui m’a fait rentrer dans une nouvelle dimension de ma cinéphilie (avec Pulp fiction, mais ça n’a rien à voir avec le schmilblick), son attrait n’a pas diminué depuis. Comment faire passer cette émotion de prime abord esthétique que l’on ressent devant la photographie de Robbie Müller ? Une image retient tout particulièrement mon attention, celle d’un Johnny Depp blessé, lové contre une biche morte, abattue par un chasseur. Parlons-en justement de Johnny Depp : un de ses plus beaux rôles, son visage hébété renvoyant parfaitement les sentiments troubles qui étreignent son personnage, Pierrot la Lune entre deux mondes et foncièrement humain. Les autres acteurs ne sont d’ailleurs pas en reste, une flopée de second rôles au diapason, de Gabriel Byrne à Iggy Pop en passant par Lance Henriksen.

Et il y a cette musique, thème laconique mais ô combien envoûtant composé par Neil Young. Cette mélopée lancinante accompagne prodigieusement le périple progressif du héros vers sa destinée. Symbole typique du western, genre que Jim Jarmusch réussit à reprendre totalement à son compte et à modeler pour en faire un objet filmique non identifié. Dead man n’est pas un western : c’est une métaphore poétique qui prend les archétypes du genre pour les transcender. Les indiens ne sont ici plus des bêtes traquées ou des féroces adversaires : ce sont des êtres humains, pourchassés par l’ « homme blanc » et qui ont leur rites propres. Si la civilisation est ici pourfendue à corps et à cris par le réalisateur, c’est pour mettre en avant les paradoxes de l’être humain qui rejette les méfaits de la modernité pour ne rechercher qu’une chose tout au long du film : le tabac. Ou comment se débarrasser d’une dépendance en en cherchant une autre. Hommage au Far-West, à la poésie de William Blake et au cinéma (de Chaplin à Lee Marvin) , Dead man est avant tout un grand film.

Ma note : 10/10

commentaires

Valden 22/08/2009 22:21

Vu en VO : L'indien Nobody : "How did you kill the man who killed you?" Réponse incertaine, avec un sourire hésitant, de William Blake : "But... I'm not dead." Ce film est un monde, un univers en soi. En même temps très réaliste et complètement onirique. L'image et la musique en totale symbiose. La personne qui me le conseillait en avait fait son film numéro un. Je lui dis encore merci.

linda 19/02/2009 20:55

c'était très bien

fred 05/10/2008 11:03

sincerement ce film est une oeuvre d'art a scruté sous tout les angles je l ai vu et revu enfaite j le connai par coeur... "certain pour le delice exquis certain pour la nuit infinis" le monde (a cette epoque) vu par un indien poesie et sagesse domine sur l ensemble

Neil 06/10/2008 17:13


Je suis assez d'accord avec toi. Un superbe film.


dd 02/12/2007 12:46

quels sont d'aprés vous, les particularités de ce film ?

Neil 03/12/2007 18:39

Oulah, grande question ! Je trouve qu'il y en a pleins. Et je ne peuxque te conseiller de voir le film pour les admirer :)

12 01/12/2007 15:31

comment expliqueriez vous le titre du film "dead man" ?

Neil 02/12/2007 10:42

Pour moi, dès le début du film Johnny Depp est un homme mort. Mort à son ancienne vie : ses parents viennent de mourir, il ne conserve aucun lien avec Cleveland, il arrive à Machine comme un homme sans aucune attache pour tout recommencer. Mais déjà un des personnages du train lui fait comprendre qu'il n'y rien à attendre à Machine : dialogue prémonitoire pour lui faire comprendre que Machine est le terminus, non seulement du train, mais aussi de la vie pour William Blake. Après, tout le reste du film sera comme un "apprentissage de la mort" pour lui : Après sa mort "physique", Nobody va petit à petit lui faire accepter sa mort spirituelle, et l'aider à  passer dans l'autre monde, selon les traditions des indiens.

D&D 08/09/2007 01:48

Je trouve ton article très beau et très sensible dans son évocation du film. Je comprends qu'il donne envie de le découvrir...
Avec le recul, je garde effectivement un souvenir particulièrement fort de la photographie et de la musique... D'accord, j'ai triché, j'ai le CD !
(Désolé pour les absences, je suis toujours en galère "technique")

Neil 08/09/2007 16:45

Merci D&D :) Oui j'ai vu ton nouvel article, pas encore eu le temps d'y répondre mais ça ne devrait pas tarder !

Bastien 03/09/2007 21:35

D'autant que je suis très vite devenu un ardent défenseur de Fuller ^^ Il m'a suffit de The Big Red One pour tomber amoureux, de Shock Corridor et Le port de la drogue pour me convaincre que j'avais raison. Après je te conseille Dressé pour tuer, Les maraudeurs attaquent, Naked Kiss mais en matière de western Quarante tueurs et surtou, si tu parviens à le trouver (auquel cas fais moi signe !!!) Le jugement des flèches, qui est un classique absolu (avec Rod Steiger).

Neil 04/09/2007 17:32

Eh beh j'ai de quoi faire avec ça, cool :)

Bastien 03/09/2007 13:29

Oui ! Jarmusch l'équivalent de Leone dans cette manière de revisiter le mythe du western. Il y a pourtant cette passion pour le western d'antan, celui de Ford mais aussi selon le cinéaste celui de Fuller, notamment Quarante tueurs. Johnny Depp agrémente ce récit déjà merveilleux, poétique et initatique, dans la grande veine de Jarmusch. Jusqu'à pésent, mon préféré avec Ghost Dog.

Neil 03/09/2007 17:41

Ah je connais très peu les films de Fuller. Bonne idée ça tiens merci :)

Beno�t 02/09/2007 13:48

TRès bien ! Et quelle note!

Le Jarmusch qui me donne le plus envie de le voir. Ta critique m'a donné envie :)

Benoît

eeguab 01/09/2007 12:52

Vu trois fois.Il émane une magie des images de Dead Man, subtile et vénéneuse pour les amateurs de westerns comme moi.Ultime avatar de la mythologie de l'Ouest vu par le ciné avec le fleuve,les arbres,le canié le rapport omni présent à la mort,les fantômes de William Blake.Très très beau film.Curieusement le livre Le chemin des âmes de Joseph Boyden que tu peux retrouver dans Lire Etas-Unis,bien que l'auteur soit canadien,me fait un peu penser à Dead Man.A la prochaine

Neil 02/09/2007 10:34

Ah tiens je n'ai jamais entendu parler de ce livre ni de l'auteur. C'est bon à savoir, je vais tâcher de me le procurer. Merci :)

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