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My own private Idaho (1991) Gus Van Sant

par Neil 17 Décembre 2018, 02:32 1990's

Fiche technique
Film américain
Genre : quête identitaire
Durée : 1h45
Scénario : Gus Van Sant, d’après l’œuvre de William Shakespeare
Directeur de la photographie : John J. Campbell et Eric Alan Edwards
Compositeur : Bill Stafford
Avec River Phoenix (Mike Waters), Keanu Reeves (Scott Favor), William Richert (Bob Pigeon), Grace Zabriskie (Alena), Udo Kier (Hans), Jim Caviezel (Employé de la compagnie aérienne)…

Synopsis : Scott et Mike sont prostitués et amants. Mais si Scott, dont le père est très riche et qu'il déteste, a un avenir tout tracé, Mike, quant à lui, traqué par ses souvenirs, sombre dans des crises de narcolepsie. (allocine)

Mon avis : Les errances magnifique du jeune paumé narcoleptique

L’idée qui trotte dans la tête de Gus Van Sant  pour son troisième long-métrage semble à priori étonnante, voire audacieuse : mélanger dans un même film les univers de William Shakespeare et de Jack Kerouac. C’est pourtant avec ce scénario, qui plus est sur des prostitués de Portland qu’il se pointe devant les studio à la fin des années 1980. Ces derniers sont forcément réticents et lui proposent plutôt de financer Drugstore Cowboy. Le relatif succès du film permet tout de même au réalisateur de mener à bien My own private Idaho, en prime avec les deux stars montantes de l’époque que sont Keanu Reeves et River Phoenix. Notons au passage l’audace de ces derniers qui n’hésitent pas à interpréter deux homosexuels, de plus prostitués et marginaux.

Mike est un jeune homme qui fait le tapin et traîne avec une bande de marginaux dans la ville de Portland, Oregon. Parmi ceux-ci se trouve le beau Scott, le fils rebelle du maire, dont la désinvolture et le charisme attire tous ceux qu’il approche. Avec leur mentor, un homme extravagant nommé Bob, ils habitent dans un vieil hôtel désaffecté, échappent aux rafles de la police et traînent dans les cafés. Mike a quant à lui une idée obsédante : celle de retrouver sa mère, figure mythique qu’il a peu connue et qui lui manque terriblement.

Là réside le cœur même du cinéma indépendant américain, bouillonnant et incandescent. Gus Van Sant établit ici en quelque sorte un manifeste gay dans lequel peuvent aussi se reconnaître tous les marginaux. Les interviews de ces véritables prostitués de Portland, l’atmosphère de cet hôtel à la fois délabré et magnifique, le portrait de ces personnages en errance sont en parfaite filiation avec la beat generation de Jack Kerouac ou de William S. Burroughs. Mais ne retenir que cet aspect de My own private Idaho serait passer à côté de mille autre choses qui le composent. Le film échappe à toute classification traditionnelle : à la fois hommage au western et au road movie, à la tragédie shakespearienne et au drame quasi-romantique, il mélange les genres de façon remarquable.

On peut en effet entendre dans My own private Idaho des pans entiers de dialogue de pièces de Shakespeare (Henry IV et  Falstaff en l’occurrence, ce qui amena certains critiques à rapprocher ce film à celui d’Orson Welles) tout comme des scènes ubuesques telle celle où Mike se déguise en groom pour exciter un vieux libidineux. L’originalité formelle est bien sûr d’une importance capitale, film de Gus Van Sant oblige : entre les scènes de sexe composées comme des portfolios, les gros plans sur une main épileptique, les travellings et autres petits jeux de caméras, le réalisateur s’amuse en innovant, sans paraître (encore) trop pédant. Signalons aussi une maîtrise déjà saisissante du cadrage et de la photographie.

On a un peu envie de dire que c’est ici l’apogée de la carrière de River Phoenix mort deux ans plus tard et qui réalise une performance époustouflante en paumé terriblement attachant. Keanu Reeves ne démérite pas non plus en cassant son image de play-boy lisse dans un rôle dur et complexe. Les thèmes évoqués, riches, tournent autour de la quête identitaire, entre un garçon qui recherche désespérément l’amour (de sa mère ou d’un autre, la scène centrale du feu de camp est à ce titre poignante de simplicité) et un autre qui rejette en bloc l’autorité paternelle, lui préférant un père adoptif qu’il s’empressera toutefois de rejeter une fois ses enseignements transmis. On peut donc voir My own private Idaho comme un rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte, Scott préférant tourner le dos à son ancienne vie tandis que Mike assume pleinement son altérité et continue de tracer la route qu’elle lui fait mener.

Ma note : ****
My own private Idaho (1991) Gus Van Sant
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commentaires

Wilyrah 08/01/2008 12:53

Ma cousine était fan de ce film avant de l'avoir vu. Pour ma part, je suis sceptique et pas trop tenté pour l'instant.

Neil 09/01/2008 22:30

Faut dire que c'est un des meilleurs Van Sant, enfin je trouve.

Bastien 27/12/2007 12:22

Je connais assez mal l'oeuvre de Van Sant, mais j'ai aimé quelques films comme Mala Noche ou Elephant... A l'occasion pourquoi ne pas voir celui-ci donc.

Pour te répondre par rapport à Moore, je te conseille quand même Bowling for Columbine, beaucoup moins superficiel que ses deux derniers films, et moins vicieux que Roger et moi dans le traitement. Puis c'est un regard peu commun sur l'Amérique et ses dérives, et exceptionnelement Moore ne se mets pas p)lus en avant que son sujet... Franchement, un très bon documentaire.

Neil 27/12/2007 17:11

Ah oui, tiens c'est rare ça les personnes qui ont vu Mala noche. Faudra que j'essaye un jour Bowling for Columbine...

D&D 27/12/2007 11:10

Merci pour ta réponse, limpide comme toujours. Mon ressenti et mon analyse sont assez différents des tiens, mais je suis très sensible à la cohérence de ta lecture.
Points de rencontre très nets (à ce jour) : Last Days, que je ne comprends possiblement pas, et la scène de la douche de Paranoïd Park, j'adhère à fond les balais :-)

Neil 27/12/2007 17:10

Les grands esprits se rencontrent tout de même sur certains points :)

Franka 26/12/2007 22:37

Très bel article ! Si tu continues, je vais virer ma cuti et devenir Gus'ophile !!!!
Bises Mon Neil !

Neil 27/12/2007 17:09

Yes, je vais finir par réussir mon prosélytisme ! "_" Bise ma belle

Evelyn Dead 25/12/2007 11:48

"Le grand Alexandre, en voyant l'étendue de son empire pleura, car il ne lui restait plus rien à conquérir." (quizz de Noël)

Et bonnes fêtes, Neil ! :-)

Neil 25/12/2007 23:16

"Et le petit neil, en voyant son empire, pleura car il lui restait tant à conquérir." Toi aussi evelyn :)

D&D 24/12/2007 15:53

Encore trop loin pour moi ce film. Pas vraiment revu depuis sa sortie. Mais j'aime beaucoup l'article.
Ce qui m'intéresse tout de suite en revanche, c'est : tu trouves que GVS est trop pédant, maintenant... J'irai voir si t'as écrit là-dessus. Je viens juste de voir et revoir Paranoïd Park...
Tout cela dit : joyeux noël à toi, Neil :-)

Neil 24/12/2007 17:55

Je ne pense pas avoir écrit sur les récents GVS. Quand je dis qu'il est devenu pédent c'est pour sa façon de filmer, dans ses derniers opus. Plus précisément, je trouve que dans Last Days et dans Gerry il se regarde trop filmer, ça en devient un tantinet trop élitiste pour moi. Par contre j'ai aimé Elephant et j'ai vu Paranoïd Park que j'ai trouvé assez enthousiasmant. Certains plans m'ont scotché (par exemple la scène de la douche). Je trouve que dans ce film il se rapproche un petit peu plus de ce qu'il faisait à ses débuts, ce qui n'est pas pour me déplaîre. Joyeux Noël D & D :-)

eeguab 23/12/2007 10:19

J'ai vu Idaho à sa sortie.Je ne me rappelle plus très bien sauf que River Phoenix venait de quitter l'enfance de Stand by me et l'adolescence d'A bout de course,deux grands films.Bonne fin d'année Neil,je viens toujours chez toi avec plaisir.Par contre le questionnaire ne m'a guère inspiré.Je te dirai seulemnt que mon premier émoi a été très nettement Kim Novak dans Picnic et j'avais 5 ans.

Neil 23/12/2007 10:53

Pas de souci, le questionnaire était juste l'occasion de m'amuser en faisant une pause quand j'avais pas le temps d'écrire un article. Et bonne fin d'année à toi aussi :)

Melodymangeetbougeetboit 22/12/2007 14:30

les deux mimis dans un même film, il n'en fallait pas plus pour le taxer de culte. Mais en plus, comme tu le dis très bien, il y a beaucoup plus.

Neil 23/12/2007 10:51

C'est vrai qu'ils sont pas dégueu ces deux là. (Je vois que tu ne fais pas que boire, tu manges aussi. C'est bien.)

Anne 22/12/2007 08:29

Joyeux Noël, Neil ! A bientôt ! ;-)

Neil 22/12/2007 11:13

Joyeux Noël à toi, Anne, et à très bientôt :)

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