Fiche
technique
Film chinois, taiwanais, américain
Date de sortie : 16 janvier 2008
Titre original : Se jie
Genre : espionnage sexuel
Durée : 2h38
Scénario : Ang Lee et Hui-Ling Wang , d’après l’œuvre de Eileen Chang
Photographie : Rodrigo Prieto
Musique : Alexandre Desplat
Avec Tony Leung (M Yee), Tang Wei (Wang Jiazhi), Joan Chen (Mme Yi), Leehom Wang (Kuang Yumin), Chu Chih-Ying (Lai Shu Jin), Anupam Kher (Le gérant de la bijouterie)…
Synopsis : Dans les années 1940, alors que le Japon occupe une partie de la Chine, la jeune étudiante Wong est chargée d'approcher et de séduire Mr Yee, un des chefs de la
collaboration avec les Japonais, homme redoutable et méfiant que la Résistance veut supprimer. Très vite, la relation entre Wong et Mr Yee devient bien plus complexe que ne l'avait imaginé la
jeune femme. (Allociné)
Mon avis : L’espionne qui l’aimait
Retour aux sources pour Ang Lee : le réalisateur taiwanais n’était pas revenu tourner en Asie depuis Tigres et dragon en 2000. Avec Lust, caution (dont
je vous passerai la traduction française), Ang Lee réalise l’adaptation d’une nouvelle de Eileen Chang ; Encore une adaptation, comme Le secret de Brokeback Mountain, lui aussi couronné du lion d’or à Venise, tout comme Lust, caution.
C’est d’ailleurs à peu près tout ce qui lie les deux films, tous deux pourtant faisant la part belle à une histoire d’amour. Mais là où Brokeback Mountain était pudique et d’une sobriété implacable, Lust, caution est brûlant et fiévreux
à souhait. En 1942 à Hong Kong une jeune étudiante se lie d’amitié avec un groupe d’extrémistes qui peu à peu l’entraînent dans leur plan machiavélique : séduire M Yee, notable chinois qui
fricote avec l’occupant japonais. Devenue pierre d’angle de cette machination, Wang ne se rend pas encore compte de la dangerosité de leur plan, et où tout ça pourra bien la mener.
Et durant les deux premiers tiers du film, Lust, caution ne justifie pas son titre pourtant bien clair. Certes, "attention" on veut bien le croire : plus le temps avance et plus
le plan qu’imaginent ces petits espions en herbe s’avère dangereux, mais de luxure on n’en voit pas la queue (si je puis me permettre). C’est là qu’Ang Lee abat sa carte maîtresse :
tandis que la narration bascule du groupe d’étudiant vers le couple adultérin, les quelques trois ou quatre scènes de sexe sont crues, brutes, cash. On s’étonnera que le gouvernement chinois –
celui-là même qui n’a pas autorisé la sortie du Secret de Brokeback Mountain – ait censuré sept minutes du
film. Justement, alors qu’Ang Lee se gardait bien de nous montrer toute scène de frontale nudité dans Brokeback
Mountain, ici il n’hésite pas à filmer les corps enlacés dans leurs moindres détails, et leurs moindres positions acrobatiques. Mais je m’égare, car Lust, caution
est loin du film érotique qu’on veut nous faire vendre. C’est avant tout un grand film d’espionnage, mâtinée à la manière des films des années quarante d’une romance – c’est peut-être là où le
bât blesse un peu, tant on a du mal à saisir les motivations des deux personnages. Car c’est un jeu de dupes auxquels se prêtent dans le film Tony Leung ( remarquable une fois de plus,
il s’impose vraiment comme l’un des meilleurs acteurs du moment) et la plus que convaincante Tang Wai pour son premier rôle. Un jeu dangereux que savent mener les plus grands espions
(attention, on est loin ici de James Bond ou de Jason Bourne), du reste subtilement mis en scène par le truchement de longs flash-back. L’esthétique du film est absolument
magnifique, la photographie est léchée à souhait, les décors et les costumes sont d’une beauté renversante. Alors certes on a tendance a penser que depuis In the mood for love
rien ne pourra s’en approcher – et du reste Ang Lee y fait clairement référence, ne serait-ce que par le biais de ces scènes de mah-jong entre femmes toutes plus raffinées les unes que
les autres, mais le résultat est plus que probant. Lust, caution s’avère un objet absolument magnifique, à qui il manque cependant ce petit supplément d’âme qui en ferait un
grand film.
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