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Le mépris (1963) Jean-Luc Godard

par Neil 19 Février 2008, 21:53 1960's

undefinedFiche technique
Film français, italien
Date de sortie : 27 décembre 1963
Genre : amours défuntes
Durée : 1h45
Scénario : Jean-Luc Godard, d’après l’œuvre de Alberto Moravia
Directeur de la photographie : Raoul Coutard
Compositeur : Georges Delerue
Avec Michel Piccoli (Paul Javal), Brigitte Bardot (Camille Javal), Fritz Lang (Lui-même), Jack Palance (Jeremy Prokosch), Giorgia Moll (Francesca Vanini), Jean-Luc Godard (L’assistant de Fritz Lang)…

Synopsis : Paul Javal, scénariste, et sa jeune femme semblent former un couple uni. Un incident apparemment anodin avec un producteur va conduire la jeune femme à mépriser profondément son mari. (allocine)

Mon avis : Je t’aime, moi non plus

En 1963, la Nouvelle Vague est en plein essor : Truffaut a réalisé Les 400 coups, Resnais a sorti L’année dernière à Marienbad et  Chabrol  Les bonnes femmes. Mais de l’avis de tous, le déclencheur fut A bout de souffle de Jean-Luc Godard. Le réalisateur trublion sort alors un grand coup avec Le mépris. Car avec sa toute fraîche notoriété il se paye le luxe de monter un projet de grande envergure avec la star mondiale du moment qu’est Brigitte Bardot. Il faut se souvenir du mythe que représente l’actrice à l’époque : une célébrité qui dépasse largement les frontières hexagonales, une femme qui représente à elle seule le charme français dans le monde entier. Et si on peut légitimement être étonné du mélange des genres qu’elle apporte dans le cinéma de Godard, il faut bien avoue que le résultat est des plus surprenant.

Paul est un scénariste français qui vit à Rome avec sa femme Camille. Un producteur américain, Jérémy Prokosch, fait appel à lui pour remanier le scénario d’un film qu’il monte actuellement sous la direction de Fritz Lang. A la fois fasciné et exacerbé par ce producteur sans scrupules, Paul va peu à peu commettre quelques maladresses qui vont amener Camille à se détacher de lui, voire même à le mépriser. Le couple survivra-t-il de ces incessantes disputes qui malmènent le tournage ? Camille finira-t-elle par succomber aux avances peu discrètes de Jérémy Prokosch ?

Le mépris c’est l’histoire d’un amour, ou plutôt celle d’un désamour. Qu’est-ce qui va faire que Camille, qui aimait si tendrement son mari au début du film, se met à ne plus l’aimer, voire pire encore ? Ce n’est pas ce qui intéresse fondamentalement Jean-Luc Godard. Car le film est avant tout l’histoire d’un couple, cet homme et cette femme qui finalement, ne sont pas fait pour vivre ensemble. On sent le fantôme de Rossellini et de son Voyage en Italie planer tout au long du film : mêmes statues antiques qui scrutent les personnages du haut de leur majesté, même constat amer sur l’incompatibilité de deux êtres confrontés à leur destin. Deux figures archétypales s’affrontent : l’homme, faillible et lâche parfois, la femme, futile et désirable à la fois.

Le mépris c’est aussi l’histoire du cinéma, ou d’un certain type de cinéma. Godard affiche ici par l’intermédiaire de son personnage ses doutes prophétiques quant à l’avenir du septième art, condamné à perdre de son indépendance et à finir dans les mains des producteurs. Mais il réalise en même temps une ode à son art de prédilection en filmant avec de longs travellings les paysages splendides de Capri, en nous montrant les coulisses d’un tournage, et pas n’importe lequel, à travers le personnage incarné par Fritz Lang, figure tutélaire s’il en est.

Le mépris c’est surtout une lutte tragique et fatale, celle des hommes contre les dieux. Les humains, incarnés ici par un Michel Piccoli habité comme rarement, et par une Brigitte Bardot plus « BB » tu meurs. On ne sait plus qui de Camille ou de Brigitte il est ici question, peu importe : c’est justement ça que recherchait Godard. Ces deux êtres fragiles luttent comme des pantins contre leur destinée, et ce n’est pas Ulysse qui nous contredira. Le mépris est une pierre angulaire dans le cinéma français, un objet singulier dans la carrière de Godard et Bardot, une rare pépite qui se dévoile encore plus avec les visionnages réitérés. C’est la Nouvelle Vague, c’est la musique de Delerue, c’est nous, c’est vous, c’est tout ça à la fois.

Ma note : 10/10
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commentaires

dbdumonteil 23/05/2010 12:17


A-t-on le droit de dire que l'on n'aime pas Godard et "le mépris"?Il parait qu'un étudiant en cinéma qui se dit "non intéressé par G. et la nouvelle vague" signe son arrêt de mort!Triste
triste..Pour beaucoup d'étrangers ,le cinéma français commence avec ces gens des années soixante qui méprisaient (!) beaucoup de leurs pairs!


Neil 25/05/2010 20:56



Ils ont tout de même révolutionné le cinéma à l'époque. Il faut juste tout replacer dans son contexte...



AB 23/09/2009 22:11


Comment pouvez-vous dire : (...) Camille, qui aimait si tendrement son mari au début du film (...) ?
Vous dites ce que vous voulez voir mais ce n'est pas ce que Godart nous montre à l'écran.
Revoyez le début du film dans la chambre, vous verrez alors qu'elle ne l'aime pas, que Camille n'aime plus Paul...


Tietie007 01/03/2008 11:27

Un de mes films préférés ...d'une richesse chromatique inégalée et d'un érotisme incroyable ! Bardot n'a jamais été aussi bien filmée ! Dans le TOP 10 des meilleurs films jamais tournés !

Neil 02/03/2008 11:06

Effectivement, le travail sur les couleurs est absolument fabuleux. Et je suis d'accord pour dire que c'est peut-être le meilleur film de Bardot

Bastien 27/02/2008 18:56

Hormis A bout de souffle, j'ai beaucoup de mal avec Godard. Je sais qu'il a beaucoup de qualité, qu'il est très intéressant à connaître, et bla bla bla, mais je n'y arrive pas. Le Mépris, souvenir très vague d'un profond ennui... A revoir donc avec un nouveau regard, comme Pierrot le fou que j'ai partiellement revu récemment et qui m'a déjà fait une meilleure impression :-)

Neil 27/02/2008 22:52

J'ai beaucoup de mal avec Godard  moi aussi. Enfin non je connais peu, j'avoue. Je n'ai vu que Le mépris et A bout de souffle. Mais je suis peu tenté par d'autres. Ah si, Pierrot le fou quand même...

Beno�t 22/02/2008 16:14

J'avais bien aimé ce Godard, mais pas autant que toi. Je le trouvais parfois trop lent et surtout assez prétentieux (mais moins que dans Les carabiniers). Mais première scène remarquable et la musique de Delerue est formidable!

Neil 24/02/2008 10:50

La première fois que je l'ai vu j'ai eu la même impression que toi, c'est après, en  prenant de l'âge le revoyant que je l'ai plus apprécié. La première scène est mémorable en effet. Ce qui est marrant c'est que Godard n'en voulait pas à la base, c'est les producteurs qui voulaient mettre Bardot nue.

D&D 20/02/2008 21:48

Et d'ailleurs : c'est pas chez eeguab que tu as ravivé l'envie de revoir le film ?
De toutes façons, moi, je ne m'en lasse pas, ni du film, ni de lire à son sujet ;-)
Et revoir... et revoir... et revoir... et revoir...

Neil 20/02/2008 23:01

Oui, et c'est un concours de circonstance puisqu'on m'a offert le DVD à Noël. Effectivement, je crois que je l'ai encore plus aimé à une deuxième lecture qu'à ma première. Tu sais ce que je veux dire ;-)

eeguab 20/02/2008 20:23

Rien à rajouter Neil...

Neil 20/02/2008 22:59

C'est un honneur, eeguab... :)

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