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There will be blood (2007) Paul Thomas Anderson

par Neil 2 Mars 2008, 23:32 En salles

therewillbeblood.jpgFiche technique
Film américain
Date de sortie : 27 février 2008
Genre : cupidité pétrolière
Durée : 2h38
Scénario : Paul Thomas Anderson, d’après l’œuvre de Upton Sainclair
Directeur de la photographie : Robert Elswit
Compositeur : Jonny Geenwood
Avec Daniel Day-Lewis (Daniel Plainview), Paul Dano (Eli Sunday), Dillon Freasier (H.W. Plainview), Ciaran Hinds (Fletcher Hamilton), Kevin J. O’Connor (Henry Brands)…

Synopsis : Lorsque Daniel Plainview entend parler d'une petite ville de Californie où l'on dit qu'un océan de pétrole coulerait littéralement du sol, il décide d'aller tenter sa chance et part avec son fils H.W. à Little Boston. Dans cet endroit perdu où chacun lutte pour survivre et où l'unique distraction est l'église animée par le charismatique prêtre Eli Sunday, Plainview et son fils voient le sort leur sourire. (allocine)

Mon avis : A l’aise dans la démesure

Le moins qu’on puisse dire c’est que Paul Thomas Anderson est un auteur rare et éclectique : en 10 ans, de Boogie nights à There will be blood, le metteur en scène californien réalise quatre films différents dans le fond et dans la forme. Et quasiment à chaque fois Anderson créé l’événement, fournissant à ses interprètes un terrain fertile pour exprimer leur jeu d’acteur. Mais quand Magnolia faisait la part belle à toute une brochette de comédiens, There will be blood offre à Daniel Day-Lewis un rôle magnifique que l’acteur exploite dans toutes sa complexité. Performance d’acteur donc, mais pas seulement : le film qui s’étale pourtant sur plus de deux heures trente développe avec une maestria impeccable un scénario sec et sans fioritures.

Californie, tout début du vingtième siècle. Daniel Planview est un travailleur acharné de l’industrie pétrolière qui monte de ses propres mains une entreprise qui commence à être florissante, profitant de ce nouvel Eldorado que l’on appelle l’or noir. Quand Paul Sunday vient lui parler d’un terrain inexploité recelant une fortune de pétrole, il se montre tout d’abord circonspect. En bon entrepreneur, il décide d’aller voir lui-même ce qu’il en est, et ne tarde pas à se rendre compte du potentiel du terrain. Il s’avise alors de racheter toutes les parcelles de terrain qu’il peut, toutes sauf une dont le propriétaire s’avère réticent. S’installant avec son jeune fils dans cette communauté fervente, il prospère alors bien vite et commence à se faire un nom dans la région.

Ce qu’on retient en sortant de There will be blood, sonné et K.O., c’est son incroyable densité. Paul Thomas Anderson ne laisse pas une seconde de répit au spectateur qui n’en demandait pas moins. C’est un film de chair et de sang, qui palpite et gronde comme les puits de pétrole qui en sont l’objet. Le réalisateur multiplie les scènes spectaculaires (l’incendie du derrick, cette formidable conclusion…) tout en ménageant les temps morts, tout ça avec un sens du contretemps tout à fait remarquable. La mise en scène d’Anderson est en cela parfaitement maîtrisée, alliant les travellings et les plans rapprochés, tantôt discrète tantôt flamboyante, toujours au service de la narration.

Et on ne peut pas parler de There will be blood sans évoquer la prestation de Daniel Day-Lewis. L’acteur prend à bras le corps ce personnage odieux, une des crapules les plus viles que l’on ai pu croiser dans les salles obscures ces dernières années, pour en faire un être humain complexe et fascinant. On n’a pas fini d’évoquer ce final grandiose qui fait penser à Citizen Kane mais tout du long Daniel Day-Lewis incarne avec un mélange de force et d’humilité ce self-made man orgueilleux et misanthrope. A ses côté ne démérite pas Paul Dano dans un rôle aux antipode de l’adolescent complexé de Little miss Sunshine.

La force du film réside également dans son sujet : à l’heure où les Etats-Unis se remettent en cause de film en film, cette plongée dans les origines du capitalisme interpelle forcément. En réalisant une fiction ancrée au début du vingtième siècle, Paul Thomas Anderson remet en cause habilement le mythe originel américain. There will be blood est un film qui possède des résonances lyriques et politiques, et dont la musique décalée de Jonny Greenwood – le guitariste de Radiohead – accompagne idéalement la narration. Paul Thomas Anderson est définitivement un artiste à suivre.

Ma note : 9/10

commentaires

Gautier 11/09/2008 00:12

Ce film a volé 2H48 de ma vie. Une bande son atroce pour achever un jeu d'acteur abominable, le tout dans un scénario plat et complètement dénué de continuité. Le seul point positif, c'est que le personnage le plus énervant que j'ai jamais vu se fait massacrer a la fin.

Elyette 11/06/2008 22:53

Pour le moment je trouve que c'est le film de l'année 2008, aucun autre parmi ceux que j'ai vu ne l'égale. Personnellement, j'ai adoré Magnolia revu récemment, qui est un de mes favoris sur les 10 dernières années. Je vais aller voir si j'en trouve la critique sur ton blog...

Neil 13/06/2008 23:49


Oui, moi aussi. J'ai revu aussi récemment Magnolia, qui m'a fait encore autant d'effet (sinon plus) que la première fois. Je n'ai pas eu le temps d'en parler sur ce blog celà dit.


alamissamoun 13/05/2008 22:03

Je m'attendais au chef d'oeuvre et bien Paul Thomas Anderson est allé au delà du Chef d'oeuvre. La prestation de Daniel Day Lewis dépasse de loin tout ce que j'ai pu voir ces dernière années, l'histoire est dense, captivante, quel bonheur !

Neil 14/05/2008 22:17


Un superbe film, je trouve aussi. Pour moi le film se détache de tous les autres films de cette année pour l'instant.


Benjamin F 12/04/2008 13:59

Très convaincu par ce PTA qui contrairement à des films comme Aviateurs ne mise pas sur son histoire de déchéance mais uniquement sur sa réalisation.

Neil 13/04/2008 11:38


Bienvenue Benjamin F, et je suis tout à fait d'accord avec toi :)


Moskau 16/03/2008 16:18

Pas un chef-d'oeuvre, mais un très bon film; excellentes prestations de DDL et de Paul Dano;

SysTooL 09/03/2008 20:15

Vu hier soir. J'adore le travail de PTA, mon réalisateur favori de ces dernières années! Comme tu le dis si bien, il parvient en quelque sorte à se réinventer à chaque fois. Les thèmes sont souvent les mêmes (la relation père-fils, l'hypnose des masses) mais la forme est très diversifiée. Enorme prestation de D Day-Lewis, également!

SysTooL

PS : ma chronique sera en ligne dans quelques jours... ;-)

Neil 10/03/2008 18:42

Oui c'est vrai que les thèmes sont récurrents chez PTA, cf aussi dans ce film le précheur qui rappelle Tom Cruise dans Magnolia

Wilyrah 08/03/2008 19:35

De toute façon, je compte aller le voir pour me faire ma propre opinion, mais toutes ces étiquettes de chef d'oeuvre annoncé ne peuvent que desservir un film que je n'ai pas encore vu et qu'on annonce si énorme. Je risque d'en attendre forcément mieux. Je crains également la bande son radioheadesque - j'insupporte le style de ce groupe - mais je serais au moins satisfait de la présence de DDL et d'une photographie qui a l'air superbe :)

Neil 09/03/2008 10:37

Je comprends tes appréhensions sur l'unanimité des critiques, et c'est pour ça que je ne les lis plus avant d'avoir vu le film généralement. Pour la bande son, je n'ai personnelement pas reconnu le son de Radiohead et j'ai été étonné d'apprendre qu'elle était de leur guitariste.

Wilyrah 08/03/2008 13:46

Heureusement il y a le commentaire de Shin pour nuancer les critiques dithyrambiques que je peux lire partout.

Neil 08/03/2008 16:39

Pour ma part je suis parti d'un ressenti très fort en sortant de la salle pour me forger mon opinion. Qui varie selon les spectateurs, comme tu le dis :)

Franka 06/03/2008 00:22

Rhalalala, vivement que la campagne municipale se termine, ma liste de films à voir s'allonge et celui-ci est en top de liste ^^
Bisous mon Neil !!!

Neil 08/03/2008 16:34

Oui j'imagine que tu dois être débordée en ce moment ! On se fait une toile quand tu seras plus dispo ? ;-)

Shin 05/03/2008 14:24

Bonjour,

Pour ma part, je suis plus partagé concernant ce film. Une chronique plus complète est d'ores et déjà visible sur mon blog. Mais, en attendant, voilà comment je la conclus.

J'avoue que j'ai du mal à recommander ou non ce film. Expressément à fuir pour celui qui recherche le divertissement, le film possède quelques atouts qui plairont à celui qui sait apprécier les films contemplatifs. Pas franchement agréable à suivre, le film laisse toutefois une impression assez bonne. On regrette toutefois, non pas la longueur mais les longueurs du film, qui desservent incontestablement le film. On regrette aussi que le traitement réservé à l'exploitation du pétrole soit si peu intéressante, le film se focalisant surtout sur le long chemin d’un misanthope vers la folie (incarné par un Daniel Day-Lewis impérial qui eclipse par son talent la majeure partie des autres acteurs, plutôt convaincants pourtant). Et justement, en matière de parcours hors du commun d'hommes sombrant dans la démence, des films comme "Aviator" et "Scarface" (similaires pour la progression vers la folie qu'ils narrent, leur mise en scène inspirée, leur longueur, leur performance d'acteurs et leur conclusion onirique) auront ma préférence s'il doit y avoir revisionnage. Car si j'ai globalement apprécié le film la première fois, sans vraiment l'aimé pour autant, il ne m'a pas complètement convaincu non plus. Je préfère donc m'en tenir à cette première impression.

Amicalement,

Shin.

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