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Les enfants du paradis (1945) Marcel Carné

par Neil 25 Juin 2008, 21:23 1940's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 15 mars 1945
Genre : amour sur les planches
Durée : 3h25
Scénario : Jacques Prévert
Directeur de la photographie : Roger Hubert
Musique : Maurice Thiriet, Joseph Kosma et Georges Mouqué
Avec Arletty (Garance), Jean-Louis Barrault (Baptiste Debureau), Pierre Brasseur (Frédérick Lemaitre), Maria Casarès (Nathalie), Louis Salou (Le comte Edouard de Montray), Marcel Herrand (Lacenaire)…

Synopsis : 1840, boulevard du crime. Les amours contrariés de Garance et du célèbre mime Deburau, tous deux séparés par d'autres amours : Lacenaire, Frédérick Lemaître et un richissime comte pour Garance, la fidèle, aimante et malheureuse Nathalie pour Baptiste... (allocine)

Mon avis : Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment d’un aussi grand amour

Au panthéon de la poésie française figure en bonne place Jacques Prévert, dont les Paroles ont fait les beaux jours de l’éducation nationale. En tant que scénariste, il officia pour le compte de Marcel Carné, participant à nombre de ses  réussites, de Drôle de drame à Quai des brumes en passant par ce sommet du cinéma national que demeure Les enfants du paradis. D’ailleurs on a souvent dit que Carné ne devait son succès qu’aux textes du poète ; en tout cas on ne peut pas nier qu’il a magnifiquement réussi à les mettre en images. 

Garance est une jeune actrice sous-exploitée qui prend la vie à la légère : toujours souriante, elle se laisse séduire tout en gardant toujours la tête froide. Un jour qu’elle se promène avec son ami, le bientôt célèbre voleur Lacenaire, elle fait la connaissance de Baptiste, un jeune mime au talent prometteur. C’est le coup de foudre immédiat, mais lui n’ose pas faire le premier pas. Entre temps, Frédérick Lemaitre, acteur débutant et coureur de jupons invétéré, fait une cour assidue à Garance, qui ne va pas tarder à tomber sous son charme. Tout ça sous les yeux de Nathalie, l’amoureuse transie de Baptiste, qui n’attend qu’une chose : se faire aimer de lui.

Ce monument du patrimoine qu’est Les enfants du paradis peut s’analyser de bien des manières. Tout d’abord on peut y voir une ode à l’amour : tous les personnages du film sont en quête d’amour. L’amour libertin pour Frédérick Lemaitre, légèrement et impeccablement interprété par Pierre Brasseur. L’amour absolu comme celui qu’éprouve Nathalie pour Baptiste, l’étouffant par ce trop-plein d’amour pourtant sincère. Le grand, le vrai, l’unique amour, qu’éprouve Baptiste pour sa Garance, et réciproquement. Est-ce vraiment un hasard d’ailleurs si ces deux là ne pourront consommer leur amour que lors d’une seule et unique nuit, et au bout de tant d’années, pour finir par se séparer, inévitablement ?

On peut aussi voir dans Les enfants du paradis un hommage aux rêveurs, un ultime baroud d’honneur face à la réalité qui l’emporte inexorablement. Le personnage principal lui-même, Baptiste, magnifique Jean-Louis Barrault, est un doux rêveur qui refuse de vivre dans la réalité, à l’inverse de son rival et néanmoins ami Frédérick. Et Baptiste n’est autre qu’un mime qui continue coûte que coûte à exercer son métier face à l’implacable succès des comédiens, ces vulgaires théâtreux. Marcel Carné aurait voulu glisser une allusion au passage au cinéma parlant qu’il ne s’y serait mieux pris : dans de nombreux plans, la poésie de Chaplin n’est pas bien loin.

Le charme d’un film comme Les enfants du paradis c’est celui d’Arletty et de sa gouille inénarrable, d’un Paris superbement reconstitué, c’est aussi un scénario et des dialogues à couper le souffle portés par un Jacques Prévert inspiré. C’est un cinéma français d’une qualité rare, surtout si l’on considère les conditions plus que difficiles dans lesquelles le film a été réalisé, en pleine occupation et avec des techniciens résistants. C’est aussi pour ça que Les enfants du paradis est souvent considéré comme une allégorie de cette période, que le film a eu un succès considérable à sa sortie, et qu’il conserve aujourd’hui toute sa splendeur.

Ma note : 10/10

commentaires

D&D 21/07/2008 03:03

Ben voilà... avec ma manie de ne pas vouloir découvrir les films en DVD, je ne l'ai pas encore vu celui-là...
Il va décidément falloir rattraper ça ;-)

Neil 22/07/2008 22:51


Ah je ne te savais pas ce vice là... oui, moi je me suis résigné, et j'ai pas regretté "_"


Edisdead 27/06/2008 15:11

Ouais, c'est vachement bien.

(Pardon pour la profondeur du commentaire, mais je ne l'ai pas revu depuis une quinzaine d'années)

Neil 28/06/2008 16:07


lol pas de souci. Je ne peux que t'engager à le revoir (mais bon en même temps on trouvera pas meilleur commentaire "_" )


Garance 27/06/2008 13:43

Ohhh...quelle belle analyse, Neil...L'Amour,oui...c'est un film d'amour...d'amour et de souffrances..mais, comme le dit Garance,"C'est pas si terrible que cela de souffrir, puisque tout le monde le fait"...A bientôt, Neil ;-)

Neil 28/06/2008 16:06


Oh, merci Garance :) Oui, en effet, y a vraiment de très belles répliques dans ce film d'ailleurs.


eeguab 26/06/2008 21:05

Paris est tout petit pour ceux...etc...Nous touchons là au sublime avec les quatre hommes de Garance.Et les seconds rôles.Et le Boulevard du Crime.Et les scènes de rue et Pierre Renoir et la musique et tout et tout...Je n'aime pas trop les classements mais il me semble que dans le cinéma français il y a peut-être aussi bien mais il n'y a pas mieux..

Neil 28/06/2008 16:05


D'ailleurs il avait été élu meilleur film français de tous les temps il y a de ça quelques années. Je peux comprendre.


dasola 26/06/2008 10:39

Bonjour Neil, 10/10 c'est le minimum. Les enfants du Paradis c'est de la magie pure. C'est Prévert, Carné, Arletty, Casarès, Brasseur, Barrault. C'est un cinéma disparu et dont on a oublié la recette. Dommage mais c'est comme ça. Merci d'avoir parlé de ce film.

Neil 28/06/2008 16:05


Bonjour Dasola. Oui, c'est un film magique, à voir et à revoir avec plaisir. :)


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