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La ballade de Narayama (1983) Shohei Imamura

par Neil 26 Décembre 2018, 00:02 1980's

Fiche Technique
Film japonais
Titre original : Narayama-Bushi ko
Genre : Traditions ancestrales
Durée : 2h01
Scénario : Fukazawa Shichiro et Shohei Imamura d'après l’œuvre de Fukazawa Shichiro
Musique : Shinichiro Ikebe
Directeur de la photographie : Masao Tochizawa
Avec Sumiko Sakamoto (Orin), Ken Ogata (Tatsuhei), Takejo Aki (Tamayan), Tonpei Hidari (Le frère de Tatsuhei)…

Synopsis : Orin, une vieille femme des montagnes du Shinshu, atteint l’âge fatidique de soixante-dix ans. Comme le veut la coutume, elle doit se rendre sur le sommet de Narayama pour être emportée par la mort. La sagesse de la vieille femme aura d'ici là l'occasion de se manifester. (Allociné)

Mon avis : Cruauté bien ordonnée commence par soi-même

C’est une légende locale qui fournit à Fukazawa Shichiro la trame de deux nouvelles dont s’est adapté très librement Keisuke Kinoshita pour réaliser en 1958 un film dont Shohei Imamura a fait ce remake en 1983. Puis La ballade de Narayama obtint la Palme d’or au Festival de Cannes, première des deux récompenses suprêmes qu’obtiendra le réalisateur (la deuxième sera pour L’anguille en 1997). Avec tout son talent, Shohei Imamura s’applique à dépeindre ici un village isolé au cœur des montagnes dans le Japon du XIXe siècle, sa violence et son sens de l’honneur.

La ballade de Narayama s’ouvre et se ferme par une tempête de neige sur le petit village ; entre temps, une année se sera écoulée, le temps pour Orin de régler les derniers détails avant sa mort prochaine. Le temps de trouver une deuxième épouse à son fils aîné et de lui donner de précieux conseils, mais aussi de se préparer à ce voyage sans retour et de convaincre ses proches que c’est la seule issue.
L'unité temporelle de La ballade de Narayama fait penser rétrospectivement au récent et très beau Printemps, été, automne, hiver... et printemps du coréen Kim Ki-duk, et ce n’est d’ailleurs pas le seul point commun que l’on peut trouver entre les deux films : la nature y est en effet omniprésente et semble nous rappeler que nous faisons tous partie d’un même cycle éternellement renouvelé.

C’est ce cycle qui conduit Orin, après tous ses ancêtres, à s’offrir au seuil de sa vie au dieu Narayama afin de ne plus être une charge pour la communauté et ainsi perpétrer l’honorable tradition à travers ce geste qui peut sembler cruel. Cette coutume nous semble en effet d’une violence inouïe (tout comme nombre des actions de cette communauté rurale), mais c’est justement sur ces différents systèmes de valeurs entre hier et aujourd’hui que l’on est amené à se questionner dans La ballade de Narayama.
Très critique sur la société moderne, Shohei Imamura avait d’ailleurs déclaré que « le Japon d'avant-guerre était certes plus pauvre, mais les gens du peuple y avaient plus de cœur, ils étaient moins motivés par l'abondance ». Cette époque qui nous semble si barbare fonctionne tout simplement avec ses propres codes, et si la société a depuis tellement évolué, on est en droit de se demander si c’est véritablement à tous les niveaux un bienfait. C'est en tout cas le message que semble si joliment nous transmettre La ballade de Narayama.

Ma note : ****
La ballade de Narayama (1983) Shohei Imamura
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commentaires

EdSissi 05/12/2007 13:46

J'aime tous les Imamura que j'ai vu (6 ou 7) et celui-ci en particulier. Le mélange de réalisme et d'onirisme, de trivialité et d'émotion est unique. Dans le même genre "Eijanaika", réalisé un peu avant est très bien aussi. "Pluie noire" est le plus beau film japonais que j'ai vu sur Hiroshima. Et "L'anguille" est une merveile.

Neil 05/12/2007 18:40

Ah oui j'avais bien aimé L'anguille (mais vu il y a fort longtemps). Le reste je n'ai pas vu mais ça me tente bien :)

dasola 17/11/2007 19:49

Vu à sa sortie, film émouvant et magnifique. A voir au moins une fois.

Melody 17/11/2007 13:30

ca me rappelle un conte de noël où le petit fils voit son père préparer un panier pour porter le grand père qu'il va abandonner. Le petit fils demande alors à son père de ramener le panier pour qu'il l'utilise à son tour quand le temps sera venu. Alors le père comprend l'horreur de son geste et renonce à l'abandon.

Neil 18/11/2007 10:57

Ah tiens je connais pas du tout ce conte. Oui, il colle exactement à l'histoire :-)

Franka 16/11/2007 23:42

J'avais aussi trouvé ce film magnifique !
Bises
F.

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