Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le ciel peut attendre (1943) Ernst Lubitsch

par Neil 20 Avril 2014, 05:50 1940's

Fiche Technique

Film américain
Genre : antidépresseur sur pellicule
Titre original : Heaven can wait
Scénario : Samson Raphaelson, d'après une pièce de Lazlo Bus-Fekete

Image : Edward Cronjager
Musique : Alfred Newman
Avec Don Ameche (Henry Van Cleeve), Gene Tierney (Martha), Charles Coburn (Hugo Van Cleeve),
Marjorie Main (Mme Strabel), Laird Cregar (« Son Excellence » le Diable), Spring Byington (Bertha Van Cleve)…

Synopsis : à sa mort, Henry Van Cleeve, un riche Américain, décide de se rendre en Enfer où il raconte son existence à Lucifer : sa passion pour les femmes malgré son mariage avec Martha, une épouse délicieuse qu'il rendra malheureuse.

Mon avis : dis moi que l’amour ne s’arrête pas…

Considéré comme le testament d'Ernst Lubitsch, ce Ciel peut attendre est comme un condensé de toute son œuvre, en tout cas la partie américaine, faite de délicieuses comédies de mœurs, à la fois légères et profondes. On y retrouve bien sûr la fameuse Lubitsch touch qui consiste grossièrement à donner de l’importance à des détails (ici des roses, statues ou parapluies) pour accentuer l’action ou les sentiments des protagonistes. Ça paraît très académique comme ça, mais ces éléments s’inscrivent tellement bien dans la narration qu’on n’y fait même plus attention et ils donnent un éclat non négligeable au film.

En tout cas un conseil : si vous êtes déprimé, que vous ne croyez plus en l’amour ou que vous avez envie de rire tout simplement, courez voir Le ciel peut attendre. La première moitié est savoureuse à souhait, on y suit par d’astucieux flash-back d’anniversaire en anniversaire l’éducation sentimentale du jeune Henry Van Cleeve jusqu’à sa rencontre avec la femme de sa vie. Ce bon petit diable nous est rendu sympathique en comparaison avec la rigidité outrancière du milieu dans lequel il évolue. Les scènes avec sa préceptrice française sont risibles sans que les personnages en soient ridicules. La seconde moitié du film, sur le ton de la comédie, est empreinte d’une nostalgie qui donne tout son sens au film et lui donne une autre dimension.

Alors bien sûr il faut bien être conscient que Le ciel peut attendre peut sacrément être interprété de toute autre manière (lire l'article de karamzin). J'ai pourtant la naïveté de croire en la sincérité de Lubitsch et de son personnage principal (qui en est effectivement sans aucun doute l'alter ego) : la mysoginie du film ne me choque pas ici. Il ne faut pas oublier que nous sommes en 1943 (autre temps, autre mœurs), et que même si des figures comme Katharine Hepburn ont bien eu raison d'émerger, et de bien belle façon, l'image de la femme à cette époque n'est que, certes, trop rarement mise en avant. Il est donc un peu facile de faire un procès d'intention a posteriori.  Et je trouve que dans le film, Martha a un aussi beau rôle, sinon plus beau, qu'Henry. Certes elle est méchamment trompée, mais elle sait à chaque fois ramener son coquin de mari par son charme et sa personnalité, et son amour (voir son adoration) pour son mari en fait que la rendre plus belle je trouve.

Côté casting, le jeu des acteurs du Ciel peut attendre est tout en finesse ; Don Ameche trouve là un de ces meilleurs rôles, évoluant avec son personnage à travers le temps et montrant toute une palette d’émotions. Gene Tierney, future inoubliable Laura d’Otto Preminger, est belle à se damner. C’est un régal de voir ces deux là jouer le jeu de la séduction et s’aimer malgré tout ce qui leur arrive. On décèle bien sûr derrière la comédie une critique à la fois des arrogants pédants de la haute société et des arrivistes sans éducation de la « middle class ». Et puis comment résister à un film qui nous dit en substance : la vie est trop courte, soyons désinvoltes et profitons en…

Ma note : ****
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Ygor Parizel 21/06/2014 12:48

Un des deux ou trois meilleurs Lubitsch.

neil 21/06/2014 13:19

Et c'est peu dire ! :)

ideyvonne 25/04/2014 20:09

J'aime beaucoup "GENRE : anti-dépresseur" :)
Gene Tierney tient là un rôle effectivement tout en finesse et j'ai beaucoup apprécié (pour une fois) que les personnages vieillissants soient crédibles avec leurs maquillages. D'ailleurs, il me semble que Gene n'en a plus du tout vers la fin du film.
Ce que j'ai adoré c'est le moment où ils vont la rechercher chez ses parents (la complicité du grand'père, rôle tenu par Charles Coburn)

neil 30/04/2014 17:53

Oui, les acteurs et les actrices assument le vieillissement de leurs personnages, ce qui est louable.
Le film joue en tout cas vraiment le rôle d'un anti-dépresseur à chaque fois que je le vois :)

Eeguab 20/04/2014 08:15

Tu as tout dit de ce bijou, et tu l'as fort bien dit. Bonnes Pâques.

neil 20/04/2014 15:36

Merci eeguab, joyeuses pâques à toi également.

Jonathan D. 29/10/2007 19:43

De Lubitsch, je en connais que "To Be Or Not To Be" que j'ai trouvé excellent. Je songerai à me procurer ce film-là (notamment parce que je ne crois plus en l'amour lol)

Neil 30/10/2007 17:31

Ah oui, To be or not to be est très bon en effet (je dois en parler quelque part par là d'ailleurs...) PS : C'est sans doute parce que tu n'as pas encore trouvé le bon... ;-)

Beno�t 29/09/2007 01:48

Après Bastien qui en avait fait l'éloge, tu la fais à ton tour. J'ai donc tout intérêt à m'y pencher dessus.

Neil 29/09/2007 10:24

Je ne peux que confirmer. Et c'est vrai que l'article de Bastien était aussi de qualité :)

eeguab 27/09/2007 20:33

En fait je ne connais pas très bien Lubitsch(cinq ou six films dont celui-là)Mais qu'est-ce que je l'aime!

Neil 28/09/2007 22:13

Je ne suis pas non plus un spécialiste de Lubitsch mais tous ceux que j'ai vu de lui m'ont ravi aussi :)

karamzin 27/09/2007 19:57

Hello Neil!Tout d'abord, un grand merci à toi pour ce lien pointant vers ALPV laissé dans ton billet. Ca m'a fait vraiment plaisir! Ensuite, eh bien comme tu connais mon opinion sur ce lubitsch-là, je ne vais étaler ici nos points de désaccord, mais seulement te demander pourquoi dans ton texte tu ne fais aucune allusion à Miss Peggy Nash? Apportait-elle trop d'eau à mon moulin? Je plaisante bien sûr, ton article est très bon et ton opinion sur ce film vaut bien 10x la mienne...

Neil 28/09/2007 22:10

Salut karamzin et merci de ton message. Au contraire, ton article m'a apporté un autre éclairage au film, et c'est pourquoi je voulais en parler. Pour ce qui est de Peggy Nash (petit filou), elle n'apparait que brièvement dans le film, tu me l'accorderas. Plus sérieusement, c'est drôle parce que j'avais justement à mes collègues de bureau une conversation passionnante sur la fidélité, ce qui nous a permis de confronter nos idées en la matière. Bref, vaste sujet lol

Haut de page