Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La ronde (1950) Max Ophuls

par Neil 24 Juillet 2011, 05:58 1950's


Fiche Technique
Film français
Genre : Fantaisie légère
Durée : 1h37
Scénario : Jacques Natanson et Max Ophuls d’après l’œuvre d’Arthur Schnitzler.
Musique : Oscar Strauss
Directeur de la photographie : Christian Matras
Avec Danielle Darrieux (Emma Breitkopf), Serge Reggiani (Franz), Simone Signoret (Léocadie), Daniel Gélin (Alfred) Odette Joyeux (Anna), Jean-Louis Barrault (Robert Kühlenkampf)…

Synopsis : Une histoire d'amour enchevêtrée entre onze personnages présentée sous forme de tableaux par un meneur de jeu qui apparaît sous les aspects les plus divers dans un décor irréel qui tient de la scène de théâtre et du plateau de cinéma. (allocine)

Mon avis : On badine avec l’amour

Cette adaptation de Schnitzler fleure bon la fraîcheur et l’espièglerie. Porté par un réalisateur amateur éclairé de littérature, La ronde nous conte une histoire éternelle, celle d’un homme et d’une femme qui s’aiment le temps d’une étreinte pour mieux rejoindre un(e) autre. Une galerie de personnages se croisent dans une Autriche de début de siècle autour d’un même personnage clé, le démiurge metteur en scène – auteur – spectateur. La critique de l’époque n’a sans doute pas bien compris cette œuvre d’Ophuls (comme nombre de films du cinéaste) pour mieux se rattraper plus tard (les auteurs de la nouvelle vague, notamment Truffaut, l’ont largement encensé). Peu qu’être était elle trop moderne dans son apparence très classique.

Le cadre de La ronde est en effet on ne peut plus classique : l’histoire se déroule à Vienne en 1900, les superbes costumes sont très travaillés, de même que les décors sont brillamment mis en valeur. C’est une histoire somme toute banale qui nous est raconté ici, l’amour est un des plus vieux poncifs du cinéma. On s’attend à voir un film qui se situe dans la lignée des grands films d’auteurs à la française. Et pourtant, dès le début du film le spectateur est dérouté : un personnage nous prend à parti directement pour nous raconter ce qui est en train de se passer devant nous. Il nous explique qu’il est à la fois tout le monde et personne et qu’il va faire tourner la ronde des destins, passant tour à tour d’une scène de théâtre à un plateau de cinéma, d’une impasse mal éclairée à un appartement cossu.

Et la modernité de l’œuvre d’Ophuls ne s’arrête pas là. Une mise en scène très fluide (les mouvements de caméra suivent l’action tout en légèreté) sert un discours finalement assez osé pour l’époque. La ronde nous dit que tous le monde trompe tout le monde, de la prostituée à la soubrette, du militaire au comte ; les hommes et les femmes sont cupides et menteurs à la seule fin de l’acte sexuel, et ce sur un ton tout à fait frivole : tout ça n’a pas grande importance finalement. La fine fleur du cinéma français se retrouve ici bien gaiement et chacun joue son rôle tel un artisan dans cette partition à plusieurs voix. On retiendra particulièrement Danielle Darrieux qui est étonnante, mystérieuse et passionnée en épouse déçue d’un mari ennuyeux. La morale de tout ça, c’est qu’avec finalement bien peu de choses on peut faire un grand film ; j’en connais quelques uns qui feraient bien de retenir la leçon.

Note : ****

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Thomas Grascoeur 25/07/2011 20:06



Effectivment, fluide et en même temps subtilement maîtrisé... avec une composition bizarroïde, pour une fois, de Gérard Philipe dans ce rôle d'officier ! Je me souviens aussi du passage avec
Daniel Gélin qui est très bon... A bientôt!



Neil 25/07/2011 23:12



Oui, un Gérard Philippe qu'il est toujours agréable de revoir de temps en temps. Le casting est habilement harmonieux.



dasola 25/07/2011 08:26



Bonjour Neil, comme eeguab, j'aime beaucoup Arthur Schnitzler dont on parle moins que Stefan Zweig sur les blogs et c'est dommage. Ses romans ou pièces de théâtre (La ronde ou Melle Else) sont
courts et facile à lire et quel merveille de psychologiie. Quant aux films de Max Ophüls, des chef d'oeuvre. Bonne journée.



Neil 25/07/2011 23:10



Moi-même je connais mieux Stefan Zweig, que j'aime particulièrement.Mais tout ça me donne envie de connaître l'oeuvre de Schnitzler.



Eeguab 24/07/2011 08:10



Sur le quadryptique La ronde,Le plaisir,Madame de...(+++++) et Lola Montès je bave d'admiration et l'ai déjà écrit.Je n'en rajouterai donc pas
plus.J'ai eu l'occasion de présenter ces quatre films la saison dernière à l'Université du Temps Libre.De plus j'aime énormément Schnitzler et tous ces écrivains d'Europe Centrale qui ont connu
et écrit sur la fin des empires.



Neil 24/07/2011 10:48



J'irai voir ce que tu avais écrit dessus. C'est drôle car de Schnitzler je n'ai rien lu, mais j'ai apprécié les adaptations qui en ont été faites pour le cinéma : il faudrait que je me plinge
d'un peu plus près sur les romans.



Haut de page