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Le charme discret de la bourgeoisie (1972) Luis Bunuel

par Neil 9 Octobre 2014, 05:46 1970's

Fiche Technique
Film français
Genre : dîners manqués
Durée : 1h40
Scénario : Jacques Natanson et Jean-Claude Carrière
Image : Edmond Richard
Avec Fernando Rey (Don Rafael), Delphine Seyrig (Mme Thevenot), Paul Frankeur (M. Thevenot), Stéphane Audran (Alice Sénéchal), Jean-Pierre Cassel (M. Sénéchal), Bulle Ogier (Florence)…

Synopsis : Les Thévenot viennent dîner chez les Sénéchal. Surprise : le repas était prévu pour le lendemain… (allocine)

Mon avis : petits rêves entres amis

Cinquième film de la "période française" de Luis Bunuel, Le charme discret de la bourgeoisie est inclassable. D’un premier abord accessible et futile, le film s’avère finalement bien plus subversif et iconoclaste qu’il ne laisse présager. Le point de départ a été inspiré au réalisateur par son producteur Serge Silberman à qui l’anecdote était arrivée : six amis, bourgeois et fiers de l’être, désirent se retrouver afin de partager un repas ensemble. Seulement le maître de maison n’est pas là et sa femme est en robe de chambre : le dîner était censé se dérouler le lendemain. Le hic c’est qu’il ne se fera finalement jamais, et c’est là le cœur de l’intrigue : divers incidents plus ou moins loufoques empêcheront nos protagonistes de se sustenter.

La nourriture est effectivement omniprésente dans Le charme discret de la bourgeoisie (un titre formidable, au passage) : on en parle, on la prépare, chaque scène est construite dans ce but unique qu’est la dégustation de mets élaborés. Le non-assouvissement de ce désir primaire agit donc comme un révélateur formidable de la frustration intrinsèque des personnages. On a affaire ici à des individus oisifs et prétentieux, qui parlent pour ne rien dire et sont finalement malgré leur notabilité très peu recommandables. Leur incapacité à venir à bout d’un événement tellement anodin qu’un repas entre amis apparaît donc comme le symbole de la fatuité de "ces gens là" comme dirait le grand Jacques.

Non content de s’attaquer aux bourgeois, Bunuel s’en donne à cœur joie dans cette farce ébouriffante qu'est Le charme discret de la bourgeoisie : le clergé, les militaires, la police, tout le monde en prend pour son grade. Et tout ça sans aucun esprit bêtement revanchard ni purement revendicatif. Les messages sont assénés avec un humour remarquable et la pilule passe à merveille même si le message est sévère. Les multiples passages surréalistes et oniriques du film sont insérés de façon tout à fait naturelle dans une narration à priori complètement déstructurée voire quasi inexistante, sorte d’ultime pied de nez d’un réalisateur se moquant effrontément des structures narratives conventionnelles.

La troupe de comédiens qui constituent les personnages centraux du Charme discret de la bourgeoisie est parfaitement homogène et chacun y joue son rôle avec une aisance parfaite (on sent qu’ils ont dû s’amuser en tournant). C’est toujours un réel plaisir d’entendre la voix suave et mélodieuse de Delphine Seyrig et de revoir la très "chabrolienne" Stéphane Audran (notons d'ailleurs que le film entier fait immanquablement penser à l'oeuvre de Claude Chabrol). Explosant les codes du théâtre de boulevard et du scénario traditionnel, le long-métrage est une critique des conventions, un manifeste du prolétariat… et tout son contraire à la fois.

Ma note : ****

Le charme discret de la bourgeoisie (1972) Luis Bunuel

commentaires

D&D 30/07/2008 01:56

Il a sans doute bien d'autres oeuvres importantes à son actif (car j'en ai encore vues fort peu) mais la période française, ah ça, oui... quel délice...
Très agréable venir lire sur ce film chez toi... Cela me ravive tout ça ;-)

Neil 04/08/2008 22:11


Oui, un délice que cette période française. Je partage ton enthousiasme :)


kfigaro 20/12/2006 16:26

ahh, Carrière et Bunuel !! on ne s'en lasse pas même si personnellement je lui préfère le "Fantôme de la liberté", sans parler de "Belle de jour", là il n'y a jamais de musique mais elle ne manque pas tellement les situations absurdes et souvent humoristiques abondent...

Neil 30/12/2006 16:11

Ah oui, Belle de jour est formidable c'est vrai... on ne s'en lasse pas !

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