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Trois couleurs - Rouge (1993) Krzysztof Kieslowski

par Neil 9 Novembre 2011, 06:32 1990's

Fiche technique
Film polonais, français, suisse
Date de sortie : 14 septembre 1994
Genre : Métaphore fraternelle
Durée : 1h36
Scénario : Krzysztof Kieslowski et Krzysztof Piesiewicz
Directeur de la photographie : Piotr Sobocinski
Musique : Zbigniew Preisner
Avec Jean-Louis Trintignant (Le juge), Irène Jacob (Valentine), Jean-Pierre Lorit (Auguste), Frédérique Feder (Karine), Samuel Le Bihan (Le photographe), Marion Stalens (Le chirurgien vétérinaire)…

Synopsis : Dans ce troisième volet qui conclut les trois couleurs, une jeune femme, Valentine, étudiante de l'université de Genève, modèle, écrase un chien. Le chien est juste blessé. Sur une plaque, attachée a son collier, Valentine trouve l'adresse du propriétaire. C'est un juge... (allocine)

Mon avis : Secrets et mensonges

Quand Krzysztof Kieslowski décide de réaliser sa trilogie Trois couleurs, c’est pour illustrer la devise de la république française. Chacun des trois films représentera une valeur, la liberté pour Bleu, l’égalité pour Blanc et la fraternité pour Rouge. Un an après la réalisation de cette saga, Kieslowski, épuisé, renonce au cinéma. Il mourra d’une crise cardiaque en mars 1994 laissant en quelque sorte Rouge comme son testament cinématographique. Le film, plein de messages, peut d’ailleurs se voir sous plusieurs niveaux de lecture.

Le premièr des niveaux de lectures de Rouge est narratif. On nous montre en effet une jeune mannequin (Irène Jacob, diaphane et fragile) pour qui tout semble aller plutôt bien en apparence : amoureuse et épanouie, elle décroche un gros contrat et gagne même aux machines à sous. Un jour, elle écrase un chien et le ramène à son propriétaire. Elle rencontre alors un homme insensible et cynique (Jean-Louis Trintignant, impeccable comme toujours), un ancien juge qui épie les secrets et les mensonges de ses voisins peut-être pour mieux enfouir les siens et refuse de s’occuper de son chien comme de sa propre vie. Cette rencontre va remettre en cause toutes les certitudes de la jeune femme : elle va peu à peu ressentir une certaine empathie envers cet homme qui va lui faire se rendre compte que sa vie idyllique en apparence n’est pas si rose qu’elle en a l’air.

Une seconde approche de Rouge est plus analytique. On peut en effet voir en ce juge (qui n’est jamais nommé) comme un double du réalisateur : Kieslowski, qui a commencé sa carrière en réalisant des documentaires à vocation politique, s’est vite rendu compte des limites pour lui du genre, à savoir ce sentiment d’épier la vie des personnes et d’influer sur leur existence. Le juge serait donc comme un démiurge qui, las de son existence, vivrait par procuration celle de ses voisins. Au fait, le mot démiurge ne désignait-il pas dans l’Antiquité un magistrat… ?

Par hasard (tiens donc…), le juge va transformer la vie d’un autre jeune magistrat (Jean-Pierre Lorit, sobre et attachant) qui a de nombreuses correspondances avec la propre vie de notre juge. On retrouve donc dans Rouge le thème des destins croisés cher à Kieslowski, qui clôt d’ailleurs sur une pirouette sa trilogie en réunissant en un même lieu les protagonistes des trois films. Ici Valentine, en choisissant de vivre sa vie, va permettre au juge de s’apaiser avec sa propre histoire. Une certaine idée de la fraternité, vue dans le sens d’aller vers les autres pour pouvoir se développer personnellement, comme valeur moins illusoire et plus concrète que ses deux consœurs qui sont la liberté et l’égalité.

Ma note : ***

commentaires

Chris 11/11/2011 23:37



Kieslowski est un de mes maîtres et le Décalogue est peut-être l'oeuvre que j'admire le plus. Ton article me donne envie de revoir la trilogie.


http://chris666blogsallocinefr.over-blog.com/article-decalogue-82274355.html


http://chris666blogsallocinefr.over-blog.com/article-decalogue-82274351.html



Neil 12/11/2011 23:34



Je ne pense pas avoir vu tous les films du Décalogue, loin de là. Sans doute ais-je vu Tu ne tueras point en version longue mais pour le reste...



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