Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Senso (1954) Luchino Visconti

par Neil 9 Mars 2011, 06:44 1950's

senso.jpg
Fiche technique
Film italien
Genre :  femme (é)perdue
Durée : 2h05
Scénario : Luchino Visconti, Giorgio Prosperi, Suso Cecchi d’Amico, Giorgio Bassani et Carlo Alianello d’après l’œuvre de Camillo Boito
Musique : Anton Bruckner et Giuseppe Verdi
Directeur de la photographie : Aldo Graziati et Robert Krasker
Avec Alida Valli (Comtesse Livia Serpieri), Farley Granger (Lieutenant Franz Mahler), Massimo Girotti (Le marquis Roberto Ussoni), Rina Morelli (Laura), Marcella Mariani (Clara), Heinz Moog (Le comte Serpieri)…


Synopsis : En 1866, la Vénétie est sous le joug de l'occupant autrichien. La comtesse Livia Serpieri est de ceux qui s'opposent avec vigueur à cette mainmise étrangère. Jusqu'au jour où elle s'éprend violemment d'un jeune lieutenant autrichien… (allociné)

Mon avis : Affres passionnels dans la tourmente de l’Histoire

L’idée première de Luchino Visconti lorsqu’on lui commande un film à grand spectacle est de relater une période essentielle de l’Histoire italienne, juste avant son unification. Ce fils d’une grande famille aristocratique ne resta donc pas sensible à Senso, roman de Camillo Boito narrant l’histoire d’une passion dans cette époque tourmentée. Le film devait s’appeler Custozza du nom d’une célèbre bataille, la seule qui fut perdue par les italiens au profit des autrichiens. La censure s’en émut et obligea le réalisateur à couper de nombreuses scènes trop peu patriotiques et à modifier la fin du film.

Le film débute en 1866. Les provinces italiennes sont en pleine rébellion contre l’occupant autrichien, et la Vénétie aussi. Symbole d’une importance capitale, Visconti choisit d’ancrer la première scène de son film à la Fenice où se joue une représentation du Trouvère de Verdi, qui fut le porte-parole de l’unité italienne. Lorsqu’une manifestation éclate, le comte Roberto Ussoni défie en duel le lieutenant autrichien Franz Mahler. La cousine d’Ussoni va trouver le lieutenant pour essayer d’empêcher ce duel. Cette rencontre va changer son existence.

La période abordée ici par Visconti est donc située juste avant le retour de Garibaldi, trame de fond d’un autre chef d'œuvre du réalisateur, Le guépard. Il choisit d’ancrer son histoire dans une aristocratie en fin de règne partagée entre des idéaux patriotique (incarnés par la comtesse Ussoni et son cousin Roberto, le Massimo Girotti des Amants diaboliques) et une alliance avec les autrichiens qui s’avérait très profitable (incarnée par le comte Ussoni). Il semble que tous les personnages sont partagés et perdus dans leurs convictions. Le film est d’ailleurs tout du long construit sur l’attirance et la répulsion : répulsion inspirée par la guerre à cet officier qui la sait pourtant nécessaire au maintien (ou au renversement) d’un régime, attirance pour une classe aristocratique et ses fastes mais distanciation formelle dans la mise en scène et la peinture à froid de ces personnages somme toute lâches et peu maîtres de leurs sentiments.

Chaque plan de Senso est d’une beauté à couper le souffle : splendeur des costumes et des décors, lyrisme et opulence dignes des plus grands opéras, direction d’acteur impeccable… la touche Visconti n’a décidément pas d’égal en la matière. Dans ce contexte la belle Alida Valli et le surprenant Farley Granger se montrent à la hauteur pour exprimer ce débordement de sentiments que leurs personnages ne savent contenir. Car c’est là le cœur même du film, l’histoire d’une femme qui essaye de lutter contre une passion débordante qui bouleverse toutes ces certitudes. Elle qui se croyait une épouse exemplaire et fervente activiste de la cause italienne se voit petit à petit irrémédiablement emportée dans cet amour sans bornes pour un bel autrichien. Les élans effrénés de la passion qui amènent ses victimes à accomplir des actions qu’ils réprouvent et qui les conduit vers leur perte, voilà un sujet de mélodrame par excellence qui ravira tous les amateurs.

Ma note : ****

commentaires

D&D 17/05/2011 00:21



Il y a trop longtemps déjà que j'ai vu pour la première fois différents films de Visconti à l'occasion d'une rétrospective. Senso ne faisait pas partie des films qui m'avaient le plus
marqué, mais je suis à peu près sûr que j'étais trop jeune pour en apprécier "l'artificialité". A revoir, donc !



Neil 17/05/2011 22:51



J'avais vraiment été scotché par les images quand j'avais vu le film. Visconti ne cesse de me fasciner.



pierreAfeu 12/03/2011 16:44


Voilà sans doute le seul Visconti que je n'aime pas... moi qui suis un grand fan. Et cela en grande partie à cause des acteurs que je trouve très mauvais. A la base, il voulait faire le film avec
Brando et Bergman (Ingrid, par Ingmar). Ça aurait été autre chose !


Neil 12/03/2011 22:43



J'ai tellement été emporté par l'histoire et le romanesque que je n'ai pas été choqué par le jeu des acteur-trice-s. Par contre je ne savais pas qu'ils/elles avaient été présenti-e-s pour les
rôles principaux. C'est clair, ça l'aurait fait !



Eeguab 09/03/2011 19:57


Visconti ou la tentation de l'opéra,a-t-on souvent lu dans les études sur Visconti.C'est vrai que le Duc de Modrone a su comme personne faire de ses films des opéras souvent
funèbres.Grandioses.Certain les trouvent un peu trop grandioses d'ailleurs.Moi je considère Visconti et ses multiples contradictions comme un cinéaste absolument majeur qu'on a tendance à
"rétrograder" un peu me semble-t-il.


Neil 10/03/2011 10:06



Pour moi aussi Visconti est un des plus grands du cinéma. Son côté volontairement grandiose, esthétique et perfectionniste est au contraire une des choses que j'apprécie
énormément chez lui.



Christophe 09/03/2011 11:25


Du grand et beau cinéma...


Neil 09/03/2011 12:02



Je dirais même que c'est la crème de la crème



Haut de page