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La porte du paradis (1980) Michael Cimino

par Neil 13 Janvier 2019, 03:43 1980's

Fiche technique
Film américain
Titre original : Heaven’s gate
Date de sortie : 22 mai 1981
Genre : western lyrique
Durée : 3h39
Scénario : Michael Cimino
Musique : David Mansfield
Directeur de la photographie : Vilmos Zsigmond
Avec Kris Kristofferson (James Averill), Christopher Walken (Nate Champion), Isabelle Huppert (Ella Watson), John Hurt (Billy Irvine), Sam Waterston (Frank Canton), Joseph Cotten (Le révérend Gordon Sutton)…

Synopsis : Deux anciens élèves de Harvard se retrouvent en 1890 dans le Wyoming. Averill est shérif fédéral tandis que Billy Irvine, rongé par l'alcool, est membre d'une association de gros éleveurs en lutte contre les petits immigrants venus pour la plupart d'Europe centrale. Averill s'oppose à l'intervention de l'association sur le district et tente de convaincre son amie Ella, une prostituée d'origine française, de quitter le pays. (allocine)

Mon avis : On achève bien les chevaux

En 1978, Michael Cimino prenait l’Amérique à rebrousse poil avec un Voyage au bout de l'enfer qui démythifie la guerre du Vietman. Il récidive trois ans plus tard en prenant cette fois ci comme thème les fondations de la nation américaine dans La porte du paradis. Le film coûta quelques 35 millions de dollars et n’en rapporta qu’1,5 : échec cuisant pour le studio United Artists qui ne s’en remettra pas, malgré la coupe de près d’une heure de film. Autant aux États-Unis qu’en Europe le film est incompris et mettra des années à être réhabilité. Cimino n’en démordra pas et signe en 1985 le très bon L’année du dragon ; cependant, la mise à l’écart progressive de ses pairs aura peu à peu raison de sa volonté : il ne signe après ça que trois films, de moindre importance.

Ce qui a heurté l’opinion publique dans La porte du paradis c’est sa vision noire et sa relecture d’une histoire américaine qu’on nous montre la plupart du temps que de façon positive. Nous sommes en 1870, une promotion de Harvard fête sa « graduation ». Ils sont jeunes, beaux, pleins de rêves de justice et ont l’ambition de contribuer activement au développement de la nation. On retrouve vingt ans plus tard James Averill (Kris Kristofferson à son apogée), devenu Shérif du comté de Johnston. Venu à la ville pour faire un cadeau à la femme qu’il aime, Ella, il rencontre Billy Irvine, un de ses anciens camarade de promotion. Celui-ci lui apprend qu’une liste noire d’immigrants de son comté a été établie : accusés de vol de bétail, ces 125 individus vont être pourchassés par des mercenaires. James va tout faire pour contrecarrer leurs plans.
C’est donc une autre histoire que la sempiternelle chasse aux indiens que nous raconte Michael Cimino. Dans La porte du paradis, les immigrants pourchassés sont nouvellement venus majoritairement d’Europe centrale, et c’est une lutte purement capitaliste sur la possession de la terre qui est en jeu. L’opposition se joue aussi entre une certaine vision humaniste incarnée par Kris Kristofferson et le repli sur soi des conservateurs, symbolisé par un John Hurt tout en demi-mesure. Quand à Christopher Walken, immense comme toujours, il n’a pas d’idée préconçue au départ : il est là pour exécuter un contrat et ne se pose pas de question. Voilà encore un point qui en dérouta plus d’un, l’absence de réflexion psychologique sur les personnages. Leurs motivations ne sont pratiquement jamais explicitées, leurs sentiments très peu développés.

Même dans la confrontation intime livrée entre James et Nate au sujet d’Ella (Isabelle Huppert tout à fait convaincante en maîtresse femme qui ne s’en laisse pas conter) les sentiments sont pudiquement évoqués, nul n’est besoin d’en rajouter. Car La porte du paradis n’est pas qu’un western sur la naissance d’une nation : le film englobe à la fois une dimension universelle et personnelle dans un souffle épique impressionnant. Les scènes de toute beauté se font écho l’une à l’autre, comme cette magnifique scène d’ouverture avec le bal de fin d’études qui est rappelée au milieu du film par les danses folkloriques. Les mouvements de caméra circulaires qui englobent tout l’environnement apportent un lyrisme indéniable, comme dans cette scène où les immigrants évoluent sur la glace avec leurs patins. Impressionnant de maîtrise sur toute la longueur du film, Michael Cimino apporte ici un éclairage nécessaire sur la genèse douloureuse d’un pays qui porte pourtant le melting-pot comme étendard.

Ma note : ****
La porte du paradis (1980) Michael Cimino
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commentaires

icham 28/11/2010 15:01


Les portes du paradis se sont transformés en cauchemar pour Cimino; le film a couté très cher et a été démoli par la critique et a été un échec qui a ruiné United Artists et la carrière de Cimino.
C'est bien injuste car c'est un beau film, même si Cimino n'a jamais réussi à refaire un film aussi sublime que The Deer Hunter!
Venez financer un film très peu couteux sur Kiss Kiss Bank Bank l'Appartement d'Icham! Merci!


Neil 28/11/2010 18:39



Oui, un très beau film qui a eu une histoire tourmentée. Peut-être pas aussi fort que The deer hunter mais magnifique tout de même.



Hartigan 11/04/2008 12:54

(Changement de blog => retour sur les blogs + critiques !)

Je ne suis pas aussi enthousiaste mais j'avais bien aimé. Je l'avais découvert dans un coffret Cimino justement, et j'avoue que je préfére de loin son "Voyage au bout de l'enfer" voire "L'Année du dragon". "Le Canardeur" est très bon aussi si tu as eu l'occasion de le voir. "La Maison des otages" par contre...

+++ ;-)

Neil 12/04/2008 10:27


Je n'ai vu ni Le canardeur, ni La maison des otages, mais je le note... :)


mlmp 03/04/2008 22:55

Alors moi, une fois (pour ne pas mourir idiot et de plus faire un truc que je ne fais jamais) j'ai vu la version courte dudit film. Et j'ai bien fait de voir la courte avant la longue même si à l'heure actuelle je n'ai pas grand souvenir.
Mais le vrai film, celui que voulait Cimino, la versiion longue, quel grand moment de cinéma! Des images sublimes (les personnes sur le train, la "danse" sur patins à roulettes et la petite musique qui va avec, le "Danube Bleu" du début du film, etc etc) et l'un de mes 3 western préférés.

J'adore ce film, tout simplement.

Neil 04/04/2008 18:03


Coucou mlmp :)
Oui, superbe film en effet. Et ton message ne me donne pas vraiment envie de voir la version courte, je pense que je préfère garder sur cette très bonne impression !


Evelyn Dead 31/03/2008 13:54

Hello à tous ! Je voudrais juste revenir sur le livre de Biskind, "Le Nouvel Hollywood". La lecture en est passionnante, et à mon avis, c'est quand même un bouquin essentiel pour qui veut appréhender le cinéma américain des années 70. D'autres livres offrent des analyses très pertinentes, mais celui de Biskind nous met le nez dedans, si vous me permettez, en nous contant la façon dont certains films parmi les plus importants du cinéma occidental ont été envisagés dans leur production, parfois à un niveau très pragmatique. Bouder ce truc, c'est être un petit peu trop flemmard... ;-)

Bastien 28/03/2008 22:36

Ce qui me gêne dans L'année du dragon, c'est montrer que le personnage de Rourke est un sale type, alcoolique, colérique, patati patata et surtout polonais (donc non-américain). Or, quand il a un doute sur son boulot, il regarde le drapeau américain flotter, et il reprend confiance. Je trouve ça très vicieux...

Pour rejoindre eeguab, il est vrai que le livre de Biskind est très "people", avec des anecdotes sympas.

En revanche, il faut savoir que Les portes du Paradis a non seulement flingué United Artists, mais aussi la carrière de Raging Bull, les distributeurs de UA ayant tout misé sur le film de Cimino et sorti le Scorsese en catimini...

Neil 29/03/2008 00:29


Ah tiens je n'avais jamais fait attention à ça dans L'année du dragon. Quand je le reverrai, je verrai ça d'un autre oeil alors. Merci :)


Beno�t 27/03/2008 17:46

Ce film est, si je me souviens bien, l'un des plus gros flops de l'histoire du ciné et pourtant, beaucoup de cinéphiles lui reconnaissent énormément de qualités comme tu l'as fait :)
J'essayerai donc de le voir :)

eeguab 26/03/2008 20:37

J'ai un problème avec Heaven's Gate.J'ai trouvé ce film assez déconcertant et presque abstrait,même si cet adjectif sonne mal.Je ne me prononcerai pas davantage et prendrai le temps de le revoir.Mais peut-être n'ai je pas la bonne version car mon exemplaire ne dure que 2h23.Je sais qu'il y a eu bien des problèmes de final cut.
Pour répondre à D&D j'ai effectivement lu Le Nouvel Hollywood et ne l'ai guère apprécié.Les films de tous ces réalisateurs m'intéressent beaucoup mais leur trip sous acide,comme les rockers,finit par me gêner par cette banalisation sex,drugs,rock'n roll,and movies.Ils finissent par tous se ressembler, soldats de l'anticonformisme rattrappés très vite par une certaine uniformité.
Rien à voir mais j'apprends à la minute la mort de ce vieux Richard Widamark.So long Dick!

Neil 28/03/2008 10:18


Ah oui j'ai vu ça. 93 ans, bel âge pour un cowboy tout de même. "_"


D&D 26/03/2008 14:36

Il faut que je le revois. Très grand souvenir mais lointain déjà, quoique bien ravivé par ton article...
Question pour un champion : as-tu "Le Nouvel Hollywood" de Peter Biskind ?

Neil 26/03/2008 18:36


Non, je ne l'ai pas. En fait je ne lis quasiment pas de livres sur le cinéma. Tu devrais demander à eeguab, il l'a peut-être lu...


Bastien 25/03/2008 23:42

Très bon film en effet, à peine un cran en-dessous de Deer Hunter.

En revanche, tu es sincère pour L'année du dragon ? Si je lui trouve une puissance narrative dans la veine du Parrain, le côté propagandiste (USA, USA !) finit par me répugner de la part d'un cinéaste si éveillé aux dysfonctionnements de son pays...

Neil 26/03/2008 18:35


C'est marrant moi au contraire je trouve L'année du dragon d'un cynisme absolu envers les Etats-Unis. Pour moi il est pas propagandiste du tout, au contraire.


EdSissi 24/03/2008 15:16

Tout à fait d'accord : excellence des quatre interprètes principaux, beauté de ces séquences "circulaires", réflexion politique passionnante, défi à la narration classique... Si le film n'est pas aussi solidement charpenté que "Voyage au bout de l'enfer", un point de plus n'aurait pas été volé, comme le dit Dasola.

Neil 25/03/2008 22:06


Voui, vraiment magnifique. A voir et à revoir ! :)


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