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Mamma Roma (1962) Pier Paolo Pasolini

par Neil 29 Juillet 2006, 10:12 1960's

Fiche technique
Film italien
Genre : mère courage
Durée : 1h50
Scénario : Pier Paolo Pasolini
Musique : Luigi Cherubini et Cesare A. Bixio
Directeur de la photographie : Tonino Delli Colli
Avec Anna Magnani (Mamma Roma), Ettore Garofalo (Ettore), Franco Citti (Carmine), Luisa Loiano (Biancofiore), Silvana Corsini (Bruna), Paolo Volponi (Le prêtre)…

Synopsis : Lorsque son souteneur se marie, Mamma Roma, prostituée vieillissante, abandonne son métier. Elle décide alors de récupérer son fils, Ettore, qu'elle avait laissé en pension pendant seize ans, et tente de reprendre une vie stable et de s'insérer dans une société plus conventionnelle. (allocine)

Mon avis : Laisse tomber les filles

Dès les premiers films de Pier Paolo Pasolini se dégage une volonté d’ancrer ses personnages dans le milieu prolétaire des villes italiennes. Accatone puis Mamma Roma ont pour héros des hommes et des femmes du peuple qui luttent au quotidien. On pense au courant néoréaliste dans cette façon de décrire une certaine réalité populaire mais Pasolini se distingue par son traitement narratif. Si comme ses prédécesseurs il fait jouer des acteurs non professionnels dans des décors naturels, il s’éloigne de la forme documentaire en adoptant une forme poétique pour raconter des trajectoires humaines parfois tragiques.

Ainsi dans Mamma Roma Anna Magnani est une ancienne prostituée qui veut à tout prix sortir de son milieu pour offrir à son fils un avenir meilleur. La première scène, d’inspiration très picturale, pose le cadre : Mamma Roma assiste au mariage de son souteneur, Carmine. Elle profite de l’occasion pour mettre fin à son activité de prostituée et compte bien le dire haut et fort. C’est qu’elle a le verbe haut, Mamma Roma, et c’est une femme forte qui ne se laisse pas faire. Elle part plus tard chercher son fils de 16 ans dans la pension à la campagne où elle l’avait laissé quelques années plus tôt. Bien décidée à quitter sa condition, elle place ses espoirs dans cet adolescent qu’elle aime plus que tout au monde. Et qui n’aura de cesse de décevoir ses attentes.

C’est avant tout un très beau portrait de femme que ce Mamma Roma, un portrait aux accents quasi-bibliques. Mamma Roma est une madone des temps modernes qui souffre et endure les passions de son adolescent de fils. Le banquet du début rappelle fortement la Cène tandis que de subtiles références à la liturgie catholique émaillent tout le film. Mais Pasolini ne s’encombre pas d’un discours moralisateur : Mamma Roma dépeint surtout impeccablement l’environnement prolétaire de Rome et de sa proche banlieue. L’univers dans lequel évolue l’ancienne prostituée est triste et morne, on comprend aisément pourquoi celle-ci est tellement déterminée à vouloir éviter que son fils recommence les mêmes schémas qui l’ont amenée ici. Seulement à 16 ans on est plus attiré par les voyous et les belles jeunes filles, et Ettore n’a aucune envie d’aller à l’école ou de travailler. Sa mère ne sait pas qu’en l’éloignant de la campagne, symbole pour elle d’une absence de possibilité d’élévation sociale, elle ne fera qu’accélérer sa déchéance.

Pour incarner Mamma Roma une actrice d’envergure s’imposait, et ce sera Anna Magnani. Débordante de sensualité et de générosité, elle symbolise la femme italienne dans toute sa splendeur. Pedro Almodovar lui rendra d’ailleurs hommage dans Volver en passant subrepticement un extrait du film sur un écran de télévision. Sans doute l’un des plus beaux rôles de la Magnani, Mamma Roma est une mère courage qui en essayant de sortir de sa condition ne fait pas forcément les bons choix. Car l’idéal qu’elle s’efforce d’atteindre est forcément en ces débuts d’années soixante un idéal petit-bourgeois que dénonce en filigrane Pasolini. Un propos mêlant une dénonciation politique et une vision christique qu’il réitérera tout au long de sa filmographie et qui amènera ses œuvres, et Mamma Roma la première, à être taxé de sulfureuses voire pornographiques.

Ma note : 8/10

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