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Persona (1966) Ingmar Bergman

par Neil 30 Janvier 2014, 06:14 1960's

Persona.jpgFiche technique
Film suédois
Genre : huis-clos féminin
Durée : 1h24
Scénario : Ingmar Bergman
Musique : Lars Johan Werle
Directeur de la photographie : Sven Nykvist
Avec Bibi Andersson (Alma), Liv Ullmann (Elisabeth Vogler), Gunnar Björnstrand (M. Vogler), Margaretha Krook (Le médecin), Jorgen Lindstrom (Le fils d’Elisabeth)…

Synopsis : les relations d'une actrice soudain frappée de mutisme et de son infirmière bavarde. (allocine)

Mon avis : toi toi mon moi

À propos de Persona, Ingmar Bergman a dit que ce film l’avait sauvé, que s’il ne l’avait pas fait il aurait été un homme fini. D’un point de vue psychanalytique cet aveu du réalisateur éclaire un peu plus le spectateur sur ce film qu’on peut trouver opaque à une première lecture. Le film est aussi la première rencontre entre le cinéaste et une de ses muses les plus emblématiques, Liv Ullmann. L’actrice ne quittera plus son pygmalion, de ruptures en retrouvailles. Le film est aussi une nouvelle approche de l’art cinématographique qui inspirera nombre de réalisateurs, de David Lynch à Woody Allen{C} entre autres. Aboutissement visuel d’une théorie analytique, illustration violente d’un conflit intérieur, tout a été dit ou presque pour décortiquer la sève du long-métrage.

Les premières images de Persona nous plongent directement dans le bain : une série d’images entrechoqués qui rappellent Un chien andalou de Luis Bunuel nous font entrer de plein fouet dans un univers étrange. Le générique passé, on découvre une infirmière, Alma, qui doit s’occuper d’une patente bien particulière, Elisabeth Vogler. Cette actrice de théâtre a été subitement frappée de mutisme sur scène et n’a depuis pas prononcé une seule personne. Les deux femmes vont se retrouver seules sur une île, l’infirmière volubile se confiant peu à peu à l’actrice. Une relation étrange d’attirance et de répulsion mêlées va se nouer entre ces deux êtres isolés et complémentaires.

Avant tout, Persona est un film visuel. La construction du film, les multiples champ-contrechamp, les innovations visuelles envoûtent le spectateur. Le travail d’orfèvre sur la photographie effectué par Sven Nykvist atteint ici son apogée : sur un noir et blanc léché, les visages des deux actrices sont admirablement sublimés. Les nombreux gros plans sur ces deux visages torturés nous laissent imaginer les tourments dont sont victimes les deux protagonistes, obligées à une introspection forcée dans ce huis-clos oppressant.

Une intimité qui va forcer les personnages de Persona à se révéler l'une à l’autre, mais également à elles-mêmes. C’est là que l’interprétation psychologique se montre utile : d’un premier abord évident on se rend compte que Bergman a voulu ici faire référence au psychanalyste suisse Carl Gustav Jung. Celui-ci a développé le concept de persona (littéralement « parler à travers »  en latin, c'était le masque que portaient les acteurs romains) pour désigner le rapport de l’individu à la société qui l’entoure. À l’opposé, l’Alma serait le symbole du subconscient dont vient une bonne partie de la souffrance humaine. Le raccourci n’en est que plus frappant avec le film où le personnage incarné par la diaphane Bibi Andersson se prénomme… Alma.

Mais ne portons pas tout de suite de conclusion trop hâtive. La complexité de Persona ne saurait se réduire à une seule explication, toute justifiée fût-elle. Ce film d’une durée plutôt courte n’en est pas moins d’une richesse insoupçonnée. Il permet encore une fois à Bergman de régler certains comptes (frontalement ou pas) avec la psychanalyse, la religion ou la morale. C’est aussi un film subtile et sensuel sur la féminité, la maternité, le rapport à l’autre et à soi-même. Au final qu’importe si l’infirmière est un double schizophrénique de la malade, son sombre inconscient qui vient la tarauder ou tout simplement son âme sœur, à la fois complémentaire et opposée, l’important est surtout de savoir de quelle façon ces deux entités peuvent cohabiter, voire coexister pour essayer de vivre plus sereinement, d’apaiser certaines souffrances quitte à en raviver d’autres, afin de pouvoir un peu mieux accepter l’existence et tout simplement s’accepter soi-même.

Ma note : ****

commentaires

D&D 22/02/2014


Tiens, je suis en train de lire (lentement mais avec délices) Ma vie de Jung. J'en profiterai peut-être pour revoir Persona après. Cela commence à faire trop longtemps alors que c'était
mon Bergman préféré. Quelle tuerie les deux actrices dans ce film ! (Enfin, bon, comme souvent les actrices chez Bergman...)

Ygor Parizel 21/06/2014

Un des plus grands chefs-d'oeuvre de l'Histoire du cinéma

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